Félix Bonfils, photographe pionnier au Proche-Orient

Le 01 avril 2021, par Caroline Legrand

Photographe, voyageur et grand commercial, Félix Bonfils fut tout cela à la fois et bien plus encore. Découverte de ce personnage d’exception au travers de 83 négatifs vendus prochainement à Marseille. 

Félix Bonfils (1831-1885), Acropole et arc d'Hadrien. Athènes, 1867-1875, négatif au collodion sur plaque de verre, signé «Bonfils», numéroté «255» à l’encre dans l’émulsion 30 40 cm (détail). 
Estimation : 3 000/4 000 

À l’occasion de la réception, à Paris, en 1871, d’une médaille de la Société française de photographie pour son travail au Proche-Orient, Félix Bonfils réalise un catalogue dans lequel il recense pas moins de 15 000 tirages, 9 000 vues stéréoscopiques et 591 négatifs. De ces derniers, 83 seront présentés en vente, avec des estimations comprises entre 300 et 6 000 €. Un ensemble rare, découvert par hasard dans les années 2000, à Alès, dans des caisses, en bel état de conservation malgré la fragilité des plaques de verre. Ces négatifs furent alors vendus à un collectionneur du sud de la France. Une seconde chance de les acquérir sera donc offerte aux amateurs de photographies, mais pas seulement. Car le travail de Bonfils intéresse également les historiens et les archéologues. Il fut en effet l’un des premiers à photographier les monuments d’Égypte, de même Liban, la Palestine, la Syrie, la Turquie et la Grèce. On admirera aussi bien un Groupe de cèdres dans la forêt du Liban, prisé 3 000/4 000 €, qu’une vue de Jérusalem. Réservoir d’Ézéchias (3 000/3 500 €). L’étude de cet ensemble de négatifs, datés entre 1867 et 1875, permet également de préciser la carrière de cet homme, pionnier de la prise de vue mais aussi voyageur passionné. C’est à l’occasion d’une expédition militaire, en 1860, qu’il découvre le Liban. Ce natif du Gard, relieur et imprimeur de métier, tombe amoureux de ce pays. Durant les années suivantes, il apprend la photographie et l’héliogravure auprès de Niepce de Saint-Victor, neveu de Nicéphore Niepce, et ouvre un atelier à Alès, réalisant surtout des portraits et des clichés d’architecture. En 1867, il décide de s’installer au Liban avec sa femme Lydie et ses enfants Adrien et Félicie. La quête d’exotisme s’est muée, au cours du XIXe siècle, en goût du voyage, et Bonfils comprend très vite que les touristes qui font leur apparition seront désireux de rapporter des souvenirs. Quoi de mieux qu’une photographie ? D’autant que la récente technique du collodion humide offre de plus grandes possibilités que le daguerréotype : réduction du temps de pose et multiplication des tirages. Il installe donc son studio à Beyrouth, rue de la Chancellerie-Française, circulant dans tous les pays méditerranéens jusqu’en 1875, date à laquelle il retourne à Alès afin de vendre ses clichés à une clientèle de plus en plus importante. Il sous-traite également à des entreprises spécialisées, qui lui permettent de toucher un plus grand nombre de pays et d’acheteurs. Sa femme et son fils sont restés au Liban pour maintenir l’activité, toujours aidés d’autres photographes tels Tancrède Dumas ou Jean-Baptiste Charlier mais aussi de locaux, et continueront même après la mort de Félix Bonfils, en 1885. À la disparition de Lydie en 1918, Abraham Guiragossian reprendra le studio. Durant des décennies, le nom de Félix Bonfils fut associé au Proche-Orient grâce à ces vues, notamment ses photographies d’architecture aux compositions étudiées dans lesquelles il porte son attention sur les contrastes, les perspectives et les cadrages. Le regard d’une époque sur des vestiges millénaires.

jeudi 15 avril 2021 - 02:30 - Live
Marseille - 5, rue Vincent Courdouan - 13006
De Baecque et Associés
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