Chu Teh-chun dans la lumière

Le 15 octobre 2020, par Agathe Albi-Gervy

Dans les années 1970, le peintre étudie l’utilisation de la lumière par ses modèles européens, au premier rang desquels figure Rembrandt. Ainsi enrichit-il encore davantage son dialogue entre tradition poétique chinoise et abstraction occidentale.

Chu Teh-chun (1920-2014), Le 23.9.1978, 1978, huile sur toile, 100 81 cm.
Estimation : 150 000/200 000 

Quel point commun peut bien lier le Greco, Rembrandt, Goya, Roestenburg et Chu Teh-chun ? La lumière. Dans La Fable du peintre crétois (musée du Prado), Le Philosophe en méditation du maître néerlandais (musée du Louvre), le Tres de mayo du génie aragonais (Prado) et le Paysage près d’Amsterdam de l’expressionniste allemand, celle-ci est à la fois le sujet et le moyen. C’est ce qui a fasciné Chu Teh-chun face aux toiles de ces grandes signatures, rencontrées à différents moments de sa carrière et notamment en 1970, à la rétrospective célébrant les 300 ans de la naissance de Rembrandt : il en sort subjugué par son utilisation du clair-obscur et son maniement des noirs, blancs, ors, bruns et rouges sombres. La réflexion du peintre le porte alors à théoriser la virtuosité de son aîné sous le prisme de la tradition : Rembrandt mettrait en action les principes fondamentaux de la cosmologie chinoise, rythmée par la lumière et la chaleur du yang et l’obscurité et l’humilité du yin. Ainsi Chu Teh-chun met-il en place, au cours des années suivantes, un nouveau langage fondé sur la lumière, ce dont la présente toile, exécutée en 1978, témoigne. «La couleur et les lignes de mes peintures ne sont jamais des résultats aléatoires, mais sont assemblées harmonieusement dans un but commun : activer les sources de lumière et faire apparaître des images et des rythmes», explique l’artiste lui-même. Ici, il plonge le spectateur dans un «paysage abstrait» automnal. Une claire lueur déchire l’obscurité sourde et inquiétante, phénomène dont le mouvement est traduit avec finesse et puissance par un pinceau léger et une agilité du trait. La mise en vente de ce tableau flamboyant s’inscrit dans un contexte particulier : les 100 ans de la naissance de Chu Teh-chun, ce 24 octobre. À cette occasion, la fondation genevoise qui porte son nom dévoile un film documentaire inédit consacré à sa vie et à son œuvre (production Les Films de L’Odyssée). Le réalisateur, Christophe Fonseca, a recueilli les témoignages d’experts et de descendants du peintre et fait parler les archives familiales. Projeté le 5 novembre à Genève et en décembre à Shanghai, il sera peut-être diffusé par la suite dans des institutions, festivals ou lieux culturels, notamment à Paris. Les célébrations de ce centenaire s’accompagnent d’une grande exposition itinérante en Asie, au Moyen-Orient, en Europe et aux États-Unis, avec un coup d’envoi au printemps prochain au Musée national de Chine à Pékin. Enfin, la présentation de cette œuvre suivra de deux jours la fermeture des portes d’Asia Now, salon parisien d’art contemporain asiatique prenant place du 21 au 24 octobre au 9 avenue Hoche, à quelques pas notamment du musée Cernuschi.

mardi 27 octobre 2020 - 14:00 - Live
Salle 5-6 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Magnin Wedry
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