Ce petit supplément d’âme

Le 23 janvier 2019, par Caroline Legrand

Une toile inédite sur le marché devrait porter aux nues Chu Teh-chun. L’artiste met une nouvelle fois en lumière la nature explosive de la peinture abstraite chinoise.

Chu Teh-chun (1920-2014), Le 30 mars, 1982 (détail), huile sur toile signée, 146 x 113 cm.
Estimation : 800 000/1 000 000 €


Il «sait mêler le bonheur de voir à l’intelligence du concevoir, la pensée pactise avec le plaisir», écrit Pierre Cabanne dans Chu Teh-chun, les chemins de l’abstraction. Publié à l’occasion de la rétrospective consacrée au peintre par la Pinacothèque de Paris en 2013-2014, ce catalogue présente en page 90 ce tableau, l’une des œuvres emblématiques de sa création du début des années 1980. Elle illustre en effet cette alliance harmonieuse de la puissance gestuelle de l’abstraction à une recherche constante d’esthétique, cette beauté du trait liée à la pratique ancestrale de la calligraphie. Cette toile, acquise en 1983 par son actuel propriétaire directement auprès de l’artiste, devrait donc faire du bruit dans le monde tonitruant des paysages de Chu Teh-Chun.
Le Big Bang sous nos yeux
Quand la lumière se fait sonore, quand les effets les plus fugitifs se matérialisent, quand le big bang semble se dérouler sous nos yeux, on entre de plain-pied dans la peinture de l’artiste d’origine chinoise. Fasciné dans son enfance par la calligraphie, que lui enseigne l’un de ses oncles, il s’intéresse rapidement à la peinture et sa quête incessante du geste parfait. S’il est inscrit en peinture moderne à l’école des beaux-arts de Hangzhou, il s’initie en autodidacte au paysage traditionnel, en copiant les maîtres de l’époque Song et par l’observation de la nature, notamment lors d’une longue marche avec l’école suite à l’invasion japonaise vers l’intérieur de la Chine. Grâce à des professeurs ayant voyagé en France, comme Lin Fengmian, il découvre l’œuvre de Cézanne, Renoir ou Monet, mais aussi les techniques modernes de peinture à l’huile. De nouveaux horizons s’ouvrent alors, qui le pousseront à partir vers la France, en 1955. Entre deux visites au Louvre, Chu Teh-chun peint à la Grande Chaumière des œuvres encore figuratives, des paysages libres et colorés évoquant sa nouvelle vie parisienne. C’est un an plus tard, lors d’une exposition consacrée à Nicolas de Staël, qu’il se tourne vers l’abstraction. Dès lors, c’est l’évidence : «De Staël fut pour moi une grande révélation. Auparavant, j’étais un peintre objectif, mais à présent je ne m’intéresse plus à cette façon de peindre, parce qu’après avoir commencé à étudier la peinture abstraite, j’ai ressenti profondément et avec évidence la liberté d’expression dont elle témoigne.» Cette nouvelle manière se révèle aussi en accord parfait avec le sens même de la peinture chinoise. L’artiste doit porter son sujet en lui-même avant de lui donner vie sur la toile. Il ne décrit pas, mais crée une image permettant d’entrer en contact direct avec la nature. Grâce à cette nouvelle perception, Chu Teh-chun a su donner une seconde vie à la peinture de paysages, une nouvelle interprétation plus proche de sa réalité. Il peut désormais représenter l’invisible, avec ses nuages aux couleurs estompées, matérialiser les effets naturels les plus fugitifs, de leur origine à leurs dernières manifestations les plus violentes, à grands coups de brosses noires. Une véritable révolution picturale.

dimanche 16 décembre 2018 - 14:00 - Live
Doullens - Hôtel des ventes, 19, rue André-Tempez - 80600
Herbette
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne