Immuable Chu Teh-chun

Le 03 septembre 2020, par Caroline Legrand

Conservée dans la même famille depuis 1989, cette toile donne vie aux paysages chers au peintre franco-chinois : une immersion en mode couleur et émotion.

Chu Teh-chun (1920-2014), Composition, novembre, 1989, huile sur toile, 100 81 cm (détail).
Estimation : 150 000/200 000 

On lit souvent que Chu Teh-chun fut particulièrement influencé par le travail de Nicolas de Staël ; la découverte en 1956 de ses œuvres abstraites, au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, fut de toute évidence un moment crucial dans l’évolution stylistique du peintre chinois, arrivé depuis une année seulement en France. Mais on oublie parfois ses autres sources d’inspiration, notamment la peinture ancienne européenne. Ainsi, Rembrandt fut pour lui l’autre grande révélation. En 1970, il se rend à Amsterdam pour assister à la rétrospective des 300 ans de la naissance du peintre hollandais. Un événement pour Chu, subjugué par l’utilisation chez ce dernier de l’ombre et de la lumière, des noirs et leurs indissociables blancs. Cette composition de 1989 — achetée par ses actuels propriétaires le 15 décembre de cette année-là lors d’une exposition organisée à la galerie Sylvie Lanel à Honfleur — en propose un écho tout particulier avec cette atmosphère changeante, parfaitement captée grâce à une peinture translucide entourant des masses sombres, et aux coups de pinceau éthérés, aux traces de poils visibles telle la marque d’un peintre démiurge créant son propre monde. Outre la symphonie céleste de couleurs, l’on ressent devant cette œuvre l’impression d’une inexorable déferlante, d’une chute des éléments favorisée par le format vertical de la toile. Comme son titre le suggère, Chu Teh-chun dépeint la nature au rythme des saisons. Nous sommes donc en novembre 1989. Les ocres de l’automne se mêlent aux tons plus sombres de l’hiver approchant. L’artiste restitue la plénitude de ses émotions face à ce spectacle primordial. « Nous pouvons lire ses gestes avec le pinceau comme des montagnes ou des nuages, comme des vagues, comme le tourbillon cosmique du Chaos au commencement du monde – des formes visionnaires, apparaissant et se dissolvant à jamais devant nos yeux », écrit le critique d’art et professeur à Oxford Michael Sullivan, l’un des premiers à promouvoir la peinture moderne chinoise. La nature est omniprésente dans l’œuvre de Chu, les montagnes millénaires et l’eau qui coule de ses flancs sont des motifs gravés dans sa mémoire. Il s'évertuera toute sa carrière à retranscrire ces images remontant à ses années de formation, lorsqu’il dut traverser durant deux ans la Chine avec ses camarades de l’école des beaux-arts de Hangzhou, chassés par la guerre sino-japonaise — et avec lesquels il renouera en 1983, retrouvant son pays grâce à une invitation de l’université chinoise de Hong Kong et de l’Union des artistes de Chine. Il marche alors, accompagné de son ami Kijno, au cœur des monts Jaunes de la province d’Anhui, dont il revisitera les versants escarpés animés de pins et de ruisseaux dans les grands formats des années suivantes, livrant des retranscriptions d’une émotion et d’une vie palpitantes. Des images désormais fixées à jamais, et incontournables dans les salles des ventes.

à savoir
Art moderne et contemporain
Samedi 12 septembre, Rouen.
Sequana OVV. Cabinet Perazzone-Brun.
samedi 12 septembre 2020 - 14:30 - Live
Sequana - 81 ter, boulevard des Belges - 76000
Sequana
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