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Catalogue : l’égyptomanie art déco

Publié le , par Stéphanie Pioda

Les années 1920-1930 constituent ce que l’on pourrait appeler un nouvel âge d’or pour l’égyptomanie, née au lendemain de l’expédition militaire de Bonaparte en 1798. L’art déco va en effet « offrir dans tous les domaines des exemples frappants de fusion de ces deux arts si différents, qui au lieu de s’étouffer mutuellement...

  Catalogue : l’égyptomanie art déco
 

Les années 1920-1930 constituent ce que l’on pourrait appeler un nouvel âge d’or pour l’égyptomanie, née au lendemain de l’expédition militaire de Bonaparte en 1798. L’art déco va en effet « offrir dans tous les domaines des exemples frappants de fusion de ces deux arts si différents, qui au lieu de s’étouffer mutuellement se mettent l’un l’autre en valeur, l’art égyptien apportant à un style quelque peu austère les éléments décoratifs qui peuvent manquer, et l’art déco valorisant, en les modernisant, les composantes majeures de l’art égyptien antique », écrit l’égyptologue Jean-Marcel Humbert, sous la direction duquel l’ouvrage est publié, à l’occasion de l’exposition « Égyptomania. La collection de Jean-Marcel Humbert » au Musée dauphinois de Grenoble (jusqu’au 27 novembre 2023). Au fil des 272 pages de cet ouvrage richement illustré — qui réunit les contributions d’universitaires et de spécialistes –, on déroule le sujet de façon kaléidoscopique et on se plaît à découvrir combien l’égyptomanie infuse dans tous les champs de la création : l’art et les arts décoratifs, l’architecture, le cinéma, le théâtre, la littérature, les fêtes et les déguisements, la publicité, les cosmétiques, la mode, la BD et la caricature, la typographie… On comprend également à quel point l’imaginaire de l’époque a été marqué par la découverte des trésors de la tombe de Toutankhamon en 1922, et par la présentation du buste de Néfertiti à Berlin en 1924, qui devint l’archétype de la beauté féminine. L’Égypte, rêvée et fantasmée (jusque dans l’exacerbation de la sensualité féminine), réinventée et de carton-pâte, fut une source d’inspiration et un prétexte à la création autour de motifs clés : le némès, le sphinx, les hiéroglyphes décoratifs, le disque ailé, les fleurs de lotus, la corniche à gorge et surtout le chevron. Comme l’écrit l’architecte Maurice Culot : « La ligne brisée en zigzag a supplanté la courbe de l’art nouveau, elle se veut plus franche, plus dynamique, évoque l’éclair et l’électricité. »
Le catalogue démontre avec pertinence et précision combien l’art déco s’est appuyé sur un imaginaire et un vocabulaire de formes pour traduire une époque, une idée du progrès et de la grandeur de la civilisation occidentale, mais aussi de la modernité.

Égyptomanie. Art déco, Éditions Norma, 272 pages, environ 320 illustrations, 49 €.
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