Bilan 2020 des ventes aux enchères en France par Henri Paul, président du Conseil des ventes volontaires

Le 17 juin 2021, par Vincent Noce

Président du Conseil des ventes volontaires Henri Paul dévoile un bilan des ventes publiques 2020 affichant une baisse contenue et esquisse les chantiers en cours.

Henri Paul

Votre bilan des ventes publiques fait ressortir une baisse mitigée en France en 2020. Peut-on parler de soulagement ?
Disons que la France reste dans la moyenne et que la baisse est contenue. Notre pays représente 8 % du marché mondial et je suis convaincu qu’il a tous les atouts pour un redémarrage. Nous avons, cette année, décidé de publier à l’intention d’un plus large public ce rapport sur l’état du marché, le seul document exhaustif qui existe en la matière, fondé sur une méthodologie sérieuse, et qui sera édité en septembre avec Beaux Arts éditions. Il sera aussi publié en version anglaise. La grande tendance est évidemment l’essor des opérations sur Internet, qui ont représenté 68 % des ventes, alors qu’elles en occupaient un tiers l’année précédente. Ce phénomène a manifestement favorisé l’arrivée d’une nouvelle clientèle. Le Conseil des ventes a jugé bon de s’adresser à ces nouveaux acheteurs, pour mieux leur faire connaître le marché et les fidéliser. Ce numéro se veut ainsi très pédagogique. Le Conseil joue ainsi son rôle de promotion et d’accompagnement de la profession.
Mais vous n’avez pas dans ces statistiques la part réalisée par les marchands…
Les marchands ne sont pas du ressort du Conseil des ventes. Le ministère de la Culture a fait il y a un certain temps un bilan de ce secteur, qui doit représenter un milliard, un milliard et demi d’euros peut-être ?
Concrètement, comment avez-vous procédé ?
Nous avons envoyé un questionnaire aux 435 maisons de ventes avant de travailler avec l’Institut Harris Interactive sur le dépouillement des résultats et leur interprétation.
Peut-on savoir combien ont répondu ?
Plus de 70 %. Pour le reste, composé de petites maisons, nous avons pu opérer des redressements. Ce qui rend ce document particulièrement utile, c’est l’homogénéité des données recueillies par le Conseil depuis dix ans, permettant des comparaisons extrêmement fiables.
Et comment fondez-vous alors la comparaison avec le marché mondial ?
Cette partie a été prise en charge par l’Institut Harris à notre demande. Elle confirme la résistance du marché français. Vous noterez que, à la faveur de la crise du Covid-19, la Chine est passée devant les États-Unis sur le marché des objets d’art et de collection. Sotheby’s et Christie’s ont perdu plus de trois milliards d’euros de leur chiffre d’affaires sur le même marché… Avec cette publication, le Conseil des ventes sort de son cercle.
Cela signifie-t-il qu’il estompe son rôle de régulation du secteur pour en devenir un observatoire ?
L’observation du marché fait partie des missions légales et statutaires du Conseil. Pour mettre en œuvre une régulation, il faut savoir ce qui se passe, pouvoir ajuster le tir pour orienter les évolutions. La fonction de régulateur, elle s’exerce d’abord par la pédagogie…

 

Les chiffres clés de 2020
Les chiffres clés de 2020


Quand une vente phare comme celle du Van Gogh est perturbée par une série notable d’incidents, le Conseil n’aurait-il pas autorité à rappeler les règles à la profession ?
Une enquête a été ouverte à ce sujet par le commissaire du gouvernement, qui vient d’arriver à son poste. Elle est en cours. Le Conseil des ventes tirera les conséquences de ces investigations, s’il y a lieu. La répartition des rôles est claire.
Un rapport que vous avez commandé à Frédéric Castaing s’inquiète justement d’un risque plus élevé pour le consommateur dans les ventes virtuelles…
Plutôt que les dangers, il insiste en fait sur le besoin de maintenir une expertise. Clairement, quand les clients ne peuvent se déplacer voir les objets, cela peut causer des problèmes si les descriptions ne sont pas complètes. D’où l’intérêt de la présence des experts sur les plateformes. Nous avons bien conscience que les ventes numériques appellent des ajustements. Nous réfléchissons globalement à une harmonisation des conditions générales de ventes ou à des points comme le droit de rétractation.
Mais les ventes Internet ne favorisent-elles pas la prolifération des faux ou des antiquités pillées ?
Je n’ai pas l’impression qu’il y ait une montée des trafics. Je parle pour la France bien sûr, où le marché est heureusement régulé et surveillé. Au Conseil, nous constatons plutôt des dysfonctionnements techniques ou matériels, les plaintes concernant des cas isolés : un commissaire-priseur qui ne rend pas l’argent dans les temps, ne répond pas aux demandes des clients ou se trompe sur le bordereau… Les affaires plus graves, elles, sont portées devant la Justice. Nous nous concentrons sur des règlements amiables, et il y en a de plus en plus. Nous avons aussi travaillé à l’élaboration d’un nouveau recueil des obligations déontologiques, qui doit être remis à la chancellerie, pour publication d’un règlement sans doute d’ici la fin de l’année.
Vendre des NFT reste-t-il hors de portée des commissaires-priseurs ?
J’avoue avoir été surpris de lire dans la presse que le Conseil des ventes aurait interdit une vente de NFT à un commissaire-priseur. Nous avons simplement dit à Alexandre Millon que la loi n’autorise pas pour le moment la vente de biens incorporels par un commissaire-priseur volontaire en France et il a fait le choix de tenir sa vente à Bruxelles. Ce que j’ai vu dans ces ventes en général, je vous avoue, ne m’a pas ébloui. Le rapport à l’art suggère une émotion. Avec les NFT, nous sommes plutôt dans la performance… Mais je ne veux pas faire vieux jeu ! Ce sont des nouveautés, on en est aux balbutiements. Peut-être est-ce une idée créative, mon sujet c’est de savoir si le droit peut s’appliquer à ce genre de transaction, ce qui soulève des questions très techniques. Nous avons demandé un rapport à Cyril Barthalois, le secrétaire général de l’Académie des beaux-arts, et peut-être tiendrons-nous un colloque à la rentrée.

 

Évolution du montant des ventes dans les 3 secteurs d’activité entre 2016 et 2020 (montant d’adjudication en M€)
Évolution du montant des ventes dans les 3 secteurs d’activité entre 2016 et 2020 (montant d’adjudication en M€)


Mais une étude d’huissiers de justice en Lorraine a pu, elle, tenir sa vente…
Le Conseil des ventes n’a pas autorité sur les huissiers… Je constate que le résultat de la vente n’est pas connu. Les bénéfices ne sont pas toujours à la hauteur des espérances, manifestement. Il y a un côté aventureux, il peut y avoir de beaux flops.
La formation était aussi l’un de vos axes forts à votre arrivée au Conseil des ventes…
Nous avons en effet un projet de référence pour la formation des jeunes commissaires-priseurs. Sylvie Maunand est en passe de nous rendre (le 17 juin) un rapport sur le sujet. Nous avons l’intention de créer un conseil scientifique pour orienter les études en fonction des nouvelles tendances. Nous proposerons certainement de moderniser l’examen de commissaire-priseur, pour le rendre plus pratique, moins universitaire. Nous nous sommes rendu compte que les connaissances en histoire de l’art, ou même en droit, pouvaient être un peu lacunaires. L’examen est déjà difficile, mais il pourrait être plus complet. Nous pourrions améliorer le suivi des deux années de stage des jeunes commissaires-priseurs, pour qu’ils soient moins des élèves disciplinés que de futurs bons commissaires-priseurs. Nous avons beaucoup discuté avec les élèves à ce sujet…
La profession attire-t-elle toujours autant de candidats ?
À peu près, autour de cent trente. Il faudrait peut-être se préoccuper d’élargir le vivier, accentuer la part de la province, pourquoi pas créer des bourses du Conseil des ventes ? Pour la parité hommes-femmes, la profession n’a pas trop à se reprocher, mais en matière de diversité, elle aurait un effort à accomplir.
Après la crise qui a affecté les entreprises, les cotisations dues par les professionnels au Conseil des ventes seront-elles maintenues ?
Nous avons trouvé des aménagements l’année dernière. Un texte doit renouveler le tarif des cotisations, elles restent les mêmes en 2021, à 0,17 %, ce qui demeure très raisonnable, avant d’augmenter un peu en 2022-2023. Comme vous le savez, le Conseil est en déficit pour éponger une trésorerie excessive, ce qui ne peut pas durer éternellement. Nous avons déjà pris des mesures d’économie, notamment dans la masse salariale, ce qui nous permettra de limiter la baisse de notre trésorerie. Les frais généraux ont aussi baissé l’année dernière.
On a le sentiment que le projet d’une refonte du Conseil, prévoyant de donner la majorité à des élus de la profession, est désormais abandonné. Qu’en est-il à votre connaissance ?
Disons que ce n’est pas ma préoccupation.

à savoir
À paraître en septembre : Les nouvelles tendances du marché de l’art. Les ventes aux enchères en France et à l’international en 2020 Coédition Conseil des ventes volontaires et Beaux Arts éditions, 2021. Prix : 19 €.
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