Les ventes publiques à l’heure du bilan

Le 19 avril 2018, par Claire Papon

Le 10 avril dernier, le Conseil des ventes volontaires présentait, dans le cadre de sa mission d’observatoire économique du secteur, le bilan d’activité des ventes aux enchères en France et dans le monde en 2017. Une synthèse toujours attendue.

Évolution du montant des ventes aux enchères volontaires en France (en M€, hors frais)

Si le rendez-vous avec la presse est désormais un classique, il affichait cette fois quelques innovations, puisque, à la différence des années précédentes, c’est en avril, et non plus en juin, que sont donnés les chiffres des ventes aux enchères dans le monde. L’ensemble du rapport annuel sur l’activité économique et juridique du Conseil des ventes volontaires (CVV) demeure, quant à lui, publié aux éditions de la Documentation française dans deux mois.
Des chiffres, plus que des lettres…
Côté France, le premier à retenir est celui de 3 milliards d’euros. Il représente le montant total adjugé, hors frais de vente, soit une progression soutenue (5,2 %) par rapport à 2016, qui touche tous les secteurs, mais dans une ampleur inégale. Si celui de l’art et des objets de collection atteint 1,47 Md€ (+ 5,4 %, contre 4,7 % en 2016), celui des véhicules d’occasion et du matériel industriel, seulement, 1,45 Md€ (+ 4,5 %), côté augmentation, le marché des chevaux caracole en tête. Il s’est en effet adjugé pour 170 M€ de quadrupèdes, soit une hausse de 8,3 %. Ceux-ci ne représentent néanmoins que 5 % du volume français des ventes. Déjà observée au cours des cinq dernières années, la tendance à la concentration du marché se confirme, les vingt opérateurs de ventes les plus importants réalisant 2,2 Md€ d’adjudications (soit 72,2 % du montant total, contre 70 % l’année précédente). Une fois encore, deux opérateurs spécialisés dans les ventes de véhicules, l’un en Bretagne, VP Auto, l’autre en Ile-de-France, BC Auto Enchères, occupent la pole position. Au chapitre «Art et antiquités» (946 M€), on saluera la bonne voie prise par la France dans le secteur des œuvres d’après-guerre et contemporaines (239 M€, + 31 %). L’art impressionniste et moderne affiche sa bonne santé (208 M€, + 22 %), tout comme le design (161 M€, + 45 %). Moins glorieux en revanche sont les résultats des secteurs «Objets d’art et mobilier anciens» et «Archéologie, arts premiers et Asie», enregistrant respectivement - 26 et - 24 %. Certains évoquent une raréfaction des objets… Précisons enfin que le montant total adjugé pour les vingt premières OVV du secteur s’élève à 942 M€, contre 854 M€ en 2016, soit une hausse de 10,3 %. De fait, la croissance est inégalement répartie, un opérateur sur deux déclarant en 2017 un montant de produit vendu en baisse par rapport à 2016. Confortant une tendance observée depuis plusieurs années, les ventes électroniques progressent de nouveau fortement (+ 18 %), 81 % des opérateurs déclarant une activité de ce type. Les montants adjugés s’y sont élevés à 1,158 Md€, la part principale revenant aux véhicules d’occasion (et matériel industriel), soit 979 M€.
Les États-Unis au coude-à-coude avec la Chine
Si la progression de 2017 contraste avec la baisse de l’année précédente (- 12,6 %), elle ne permet pas de retrouver le score de 2015, qui était de 30 Md€. Le marché mondial en «art et objets de collection» affichait ainsi l’an dernier un produit frais compris de 28 Md€  soit une hausse de 6,1 % par rapport à 2016 , réalisé par 3 032 opérateurs de ventes. Un chiffre stable, tout comme le classement des dix premiers pays : la Chine dont le taux d’impayés avoisinerait les 40 %  conforte sa première place (9,96 Md€, soit 36 % de parts de marché), malgré une forte progression des États-Unis. Ces derniers bénéficient en effet de la plus forte progression de l’année, soit + 10,3 %, passant de 8,5 Md€ en 2016 à 9,35 Md€ (34 % de parts de marché). Côté européen, le marché se stabilise (+ 0,4 %), avec toutefois des évolutions divergentes. Le Royaume-Uni (3,2 Md€) demeure au troisième rang mondial, devant la France (1,8 Md€, + 5,4 %), la Suisse (- 16,2 % par rapport à 2016), l’Allemagne dont le niveau reste stable malgré la faillite l’an dernier de l’opérateur de ventes en ligne Auctionata , et l’Autriche, cette dernière accusant une baisse de 9,6 %. Toujours très concentré (les dix premières sociétés réalisent 53 % du montant total), le marché 2017 s’inscrit dans un contexte de retour en force des ventes du segment du très haut de gamme (133 œuvres ont été vendues 10 M€ ou plus en 2017, contre 82 en 2016 et 160 en 2015). À eux seuls, les géants Christie’s et Sotheby’s engrangent 34 % (9,4 Md€) du montant total des vacations et devancent les chinois Poly International Auction (1,2 Md€ adjugé) et China Guardian Auctions (953 M€), la France avec Artcurial décrochant la 14e place.
Un heureux mélange des genres
Concurrence oblige, force est de constater l’évolution du marketing des opérateurs de ventes, qui n’hésitent plus pour capter des clients plus volatiles très sollicités par différents médias  à réinventer la manière de les séduire. Voire à scénariser leurs ventes, tant dans l’exposition des objets que dans le travail sur le catalogue  qui va alors au-delà de la simple compilation des lots présentés, ou dans l’événement autour de celles-ci. Ainsi Christie’s n’hésitait pas à proposer le Salvator Mundi de Léonard de Vinci dans sa vente d’art contemporain à New York (le 15 novembre). Un coup de marteau record à 450,3 M$ (382,3 M€) pour le tableau du génie de la Renaissance. Beaucoup n’imaginaient pas que 450 000 internautes suivraient l’événement sur la page Facebook de la maison de ventes… Les réseaux sociaux, source croissante de trafic et de visibilité ?

 

LE MARCHÉ 
EN 3 CHIFFRES

403
Le nombre d’OVV actifs en France en 2017 (dont 140 à Paris et en Ile-de-France)

26 
Enchères millionnaires en art contemporain en France (contre 19 en 2016)

15
En milliards d’euros, c’est le montant total adjugé par les dix premiers opérateurs mondiaux en «Art et objets de collection» (soit 53 %).

Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne