Bienvenue chez Léonard !

Le 30 septembre 2016, par Valère-Marie Marchand

Jusqu’en 2019, on fête le cinq-centième anniversaire de l’arrivée de Vinci à Amboise. L’occasion rêvée pour visiter le Clos Lucé, suivre à la trace la genèse de la Joconde et découvrir in situ trois de ses chefs-d’œuvre…

Les ateliers vivants de Léonard de Vinci.
© Léonard de Serres

Toute arrivée au Clos Lucé relève du conte de fées. On est tout de suite intrigué par la poésie de cet écrin de verdure qui servit jadis de résidence secondaire à la fine fleur de l’aristocratie. Louis XI, Charles VIII, Anne de Bretagne, Louise de Savoie, Marguerite de Navarre et le bouillant duc d’Angoulême, futur François Ier, ont tous séjourné ici… Situé à cinq cents mètres du château royal d’Amboise, ce joyau de l’architecture gothique est vite devenu le rendez-vous d’été préféré des rois de France. Étienne Le Loup, son premier propriétaire, y édifia un vaste colombier. Charles VIII y fit construire un oratoire en pierre de tuffeau pour Anne de Bretagne. Marguerite de Navarre y écrivit son recueil de nouvelles L’Heptaméron, Clément Marot, son secrétaire, y taquina les muses et François Ier y passa sa prime jeunesse. Mais le Clos Lucé ne serait pas ce qu’il est, sans un invité de la dernière heure : Léonard de Vinci. C’est en effet en 1516 que l’artiste est convié par le jeune monarque François Ier à résider en France. À l’automne 1516, Léonard entreprend donc ce qui sera son ultime voyage et traverse les Alpes, à dos de mulet, avec ses disciples. Il a pour tout bagage trois de ses œuvres (la Joconde, Saint Jean-Baptiste et Sainte Anne), ses carnets et ses notes manuscrites rédigées tout au long de sa vie. À son arrivée, il est accueilli à bras ouverts par Louise de Savoie et François Ier, qui le nomme «Premier peintre, ingénieur et architecte du roi», met à sa disposition le château du Clos et lui verse une rente princière de mille écus par an. Du jamais vu à la cour d’Amboise…
 

Château du Clos Lucé.
Château du Clos Lucé.© Léonard de Serres

Lieu singulier et créations plurielles
Au Clos Lucé, Léonard se sent immédiatement chez lui. C’est là qu’il finalise certaines de ses toiles (dont le Saint-Jean Baptiste aujourd’hui conservé au Louvre) ainsi que le Codex Atlanticus. Entre deux escapades à cheval, il poursuit ses recherches en urbanisme, en hydrographie et en aménagements architecturaux. Son métier d’ingénieur et d’architecte en fait une tête chercheuse particulièrement appréciée. Pour son nouveau mécène, il songe à aménager le cours de la Loire, à drainer les marais insalubres de la Sologne, à creuser deux grands canaux d’irrigation et à relier les châteaux royaux par voie d’eau. Il dresse également les plans d’une route reliant Orléans à Romorantin, imagine un gigantesque château sur l’eau, une sorte de cité idéale ancêtre du château de Chambord, une fontaine royale dotée de mécanismes d’avant-garde et organise de mémorables fêtes royales. Au Clos Lucé, l’ambiance n’a jamais été aussi euphorique. Aussi, est-ce avec un réel chagrin que François Ier apprend, le 2 mai 1519, la mort de son protégé. «Pour chacun de nous, dit-il, la mort de cet homme est un deuil car il est impossible que la vie en produise un semblable.» Mais les génies ne meurent pas et le Clos Lucé n’a pas encore dit son dernier mot.

Regarde la lumière et admire sa beauté. Ferme l’œil et observe, ce que tu as vu n’est plus et ce que tu verras n’est pas encore. Léonard de Vinci.

Les chemins d’une nouvelle Renaissance
Il faudra attendre 1954 pour que le Clos Lucé soit ouvert au grand public. Soixante ans plus tard, en 2016, les travaux de restauration sont enfin terminés. Sous l’initiative d’Hubert et d’Agnès Saint-Bris, la réhabilitation de ce site se fera pierre par pierre. Deux ans de recherches et de travaux et quinze corps de métiers seront nécessaires pour restituer à l’identique la bibliothèque, les ateliers et le cabinet de travail de Léonard de Vinci. «Devenir un haut lieu de l’humanisme et de la pensée internationale, dans un monde qui cherche, à travers ses troubles, le chemin d’une nouvelle Renaissance.» Tel est d’emblée l’objectif d’Hubert Saint-Bris qui, avec ses descendants, fera du lieu la terre d’accueil d’un «Institut culturel et scientifique Leonardo da Vinci» et renouera ainsi avec la vocation initiale des lieux. S’ensuit un vaste chantier. On décaisse les planchers et l’on dégage les faux plafonds du XXe siècle. On restaure les peintures murales du XVIe siècle, on met au jour les briques et les enduits d’époque, on donne un coup de jeune aux vitraux sertis de plomb et l’on met en place des terres cuites Renaissance. «Pour nous tous, explique François Saint-Bris, ce fut une passionnante aventure humaine, un jeu de piste exaltant. Il s’agissait pour nous de retrouver la part d’ADN architecturale et historique du vieux Lucé. Nous nous sommes appuyés sur la nouvelle lecture de la pierre nue, sur une recherche historique et documentée du Traité de peinture de Léonard de Vinci et sur ses recherches pendant la période française. Comme un puzzle que l’on remonte à l’envers, nous avons, brique par brique, retrouvé et restitué le plus fidèlement et le plus justement possible une part de l’esprit des lieux. «Mission parfaitement accomplie si l’on en juge par l’impressionnant travail de restauration réalisé dans les appartements et les ateliers de l’artiste. Chemin faisant, on peut aussi flâner dans le parc et les jardins environnants, s’immerger dans ce parcours culturel inspiré des tableaux de Léonard, ou bien encore s’imprégner, dans l’atelier du maître, de l’ambiance des Bottegas, typique de la Renaissance. Dans ce laboratoire d’idées, palettes, lutrins et chevalets semblent toujours à pied d’œuvre. Idem dans la bibliothèque et le cabinet de curiosités où les fac-similés de l’Institut de France, les herbiers et les collections de coquillages ou d’animaux empaillés nous invitent à la réflexion. Autre surprise de taille : le cabinet de travail où l’on assiste à la projection d’un film utilisant la technologie ghost, dite «théâtre optique» pour visionner une rencontre plus vraie que nature entre Léonard de Vinci et le cardinal d’Aragon. N’oubliez surtout pas de visiter la salle des maquettes, dotée de six animations 3D réalisées par IBM et de bifurquer vers le pont de la corne d’Or, un pont à double niveau, imaginé par Léonard pour relier l’Europe à l’Asie…

 

Parc Leonardo da Vinci
Parc Leonardo da Vinci© Léonard de Serres

Il était une fois Mona Lisa…
Mais le point d’orgue de cette année 2016 est sans nul doute l’exposition concoctée par Alessandro Vezzosi «Du Clos Lucé au Louvre, les trois chefs-d’œuvre de Léonard de Vinci», un éclairage transversal et totalement inédit sur ces pièces majeures que sont La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne, Saint Jean-Baptiste et l’incontournable Joconde. Cette relecture contemporaine du mythe de la Joconde nous montre que Léonard de Vinci fut, bien avant l’heure, l’un des pionniers de l’art conceptuel. On y découvre le témoignage exceptionnel d’Antonio de Beatis, secrétaire du cardinal d’Aragon, sur la vie de Léonard au Clos Lucé et une œuvre exposée pour la toute première fois en France  La Joconde nue , une toile attribuée à Salai qui soulève maintes polémiques. «Léonard va toujours au-delà du visible. Son art consiste à nous faire traverser les apparences et à ne pas se fier au premier regard», nous dit un Alessandro Vezzosi plus que jamais conquis par le fameux sourire léonardien. Un chef-d’œuvre en soi qui pourrait bien résumer à lui seul l’énigme de la vie…

À VOIR
«Du Clos Lucé au Louvre, les trois chefs-d’œuvre de Léonard de Vinci», château du Clos Lucé,
2, rue du Clos-Lucé, 37400 Amboise, tél. : 02 47 57 00 73.

Jusqu’au 15 novembre 2016.
www.vinci-closluce.com
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