Au Bourget, embarquement immédiat

Le 19 décembre 2019, par Annick Colonna-Césari

Le musée de l’Air et de l’Espace, au Bourget, célèbre son centenaire avec la réouverture de sa Grande Galerie. Plus de 400 objets, pour certains inédits, y sont désormais présentés dans une scénographie totalement repensée.

La salle des Huit colonnes (détail).
© Musée de l’Air et de l’Espace/Axel Ruhomaully

Dès la porte franchie, on aperçoit les comptoirs « Arrivée » et « Départ ». Puis, en levant la tête, on découvre une horloge monumentale, encadrée de douze petites pendules sur lesquelles s’affichent les fuseaux horaires du monde entier. Nous sommes au cœur de l’aérogare historique du Bourget, dans la salle des Colonnes. Dessiné par Georges Labro, le bâtiment, qui s’étire sur 230 mètres, fut inauguré en 1937 à l’occasion de l’Exposition universelle. Entre ses murs ont transité des millions de passagers jusqu’aux années 1970, avant d’être affecté au musée de l’Air et de devenir son fleuron sous le nom de « Grande Galerie ». Le voici qui rouvre aujourd’hui après cinq années de travaux. L’accès des visiteurs s’effectue dorénavant par la salle des Colonnes. De chaque côté se déploient les collections. L’aile nord est dédiée aux pionniers de l’air, l’aile sud à la guerre de 1914-1918, deux moments essentiels de la grande épopée. Le parcours se poursuit à travers les huit autres halls thématiques  restés ouverts durant le chantier  consacrés à l’entre-deux-guerres, à la guerre de 1939-1945 ou à la conquête de l’espace… Et s’achève sur le tarmac, où stationnent une centaine d’avions. Régulièrement, des vrombissements retentissent. Car, telle est bien l’une des originalités du musée, comme le souligne Anne-Catherine Robert-Hauglustaine, sa directrice : « Il est logé sur un site toujours en fonctionnement, en prise directe avec l’aéronautique contemporaine. » Le Bourget est en effet le premier aéroport d’affaires européen.
Le lieu des exploits
Retour en arrière. Tout est né en 1914, d’un terrain d’aviation aménagé pour les besoins de la guerre. Quelques années plus tard, le modeste aéroport entre dans la légende. C’est ici qu’en 1927 atterrit Charles Lindbergh, venu de New York après trente-trois heures de vol. C’est d’ici que Dieudonné Costes et Maurice Bellonte décollent en 1930 pour réaliser un exploit identique, en sens inverse. Puis le site s’agrandit, se structure. Quant au musée, il voit le jour en 1919 sur une idée de l’ingénieur Albert Caquot, qui avait proposé de créer un « conservatoire de l’aéronautique ». Après un passage par Issy-les-Moulineaux et Meudon, les collections ont été installées à partir de 1973 à l’aéroport du Bourget, alors qu’il abandonnait progressivement son activité commerciale au profit des nouvelles plateformes d’Orly et de Roissy.« La réouverture de la Grande Galerie marque une nouvelle étape dans l’histoire du musée », s’enthousiasme Anne-Catherine Robert-Hauglustaine. De fait, tout a été rénové pour un budget de 25 millions d’euros, financé en majeure partie par le ministère des Armées. Redonner sa dimension architecturale au bâtiment, inscrit à l’Inventaire des monuments historiques depuis 1994, était prioritaire. L’imposante verrière de la salle des Colonnes, jusqu’alors masquée par un vélum, a été dévoilée, permettant de retrouver les volumes originels de l’espace et son esthétique art déco. Les passerelles qui obstruaient la perspective ont, elles, été démontées, tandis que le sol a été recarrelé en damier noir et blanc selon sa configuration de 1937. Parallèlement a été menée une campagne de restauration des collections, à laquelle ont participé une soixantaine de personnes, toutes disciplines confondues. Ainsi la Grande Galerie peut-elle désormais accueillir, dans une scénographie entièrement repensée, plus de quatre cents objets, dont près de la moitié tirée des réserves  donc rarement vus, voire inédits. Les engins volants tiennent bien sûr la vedette, soit une vingtaine d’aéroplanes et neuf nacelles de ballons, cerfs-volants ou dirigeables. Formant une sorte de ballet aérien, certains sont suspendus au plafond, d’autres posés au sol ou juchés sur des pylônes à 2,5 mètres de hauteur. En fonction des problématiques abordées, tableaux, photos, vaisselles, affiches, bijoux et jouets s’ajoutent à ces aéronefs. « Au-delà des aspects techniques, nous voulons montrer la manière dont le fait aérien s’est inscrit dans la société », explique la directrice. C’est là une nouveauté.

 

Frédéric Auguste Bartholdi, maquette du monument aux aéronautes du siège de Paris, vers 1904, bronze peint et patiné. © Musée de l’Air et
Frédéric Auguste Bartholdi, maquette du monument aux aéronautes du siège de Paris, vers 1904, bronze peint et patiné.
© Musée de l’Air et de l’Espace/Axel Ruhomaully

Ingéniosité et extravagance
Le parcours dédié aux premiers engins volants s’ouvre par une statue représentant Icare. Une façon de rappeler que ce rêve fou de s’affranchir de la condition terrestre a nourri les espoirs des pionniers. Constitués de bois, de toile et d’osier, les aéronefs, dont les plus anciens remontent aux années 1780, nous semblent aujourd’hui bien extravagants. On mesure à la fois l’ingéniosité de leurs concepteurs et l’ampleur de leurs recherches. En 1870, durant le siège de Paris, des ballons sont utilisés pour fuir la capitale, alors qu’on ne sait pas maîtriser leur trajectoire. Le premier aérostat contrôlable sera le dirigeable La France, mis au point par Charles Renard et Arthur Krebs. En 1884, il réalise une navigation en circuit fermé, revenant à son point de départ. Dans la Grande Galerie, sa nacelle, longue de 33 mètres, est présentée avec son gouvernail et son hélice. C’est l’objet le plus monumental de l’exposition permanente. Une chose est sûre : dès leurs premières ascensions, les montgolfières ont suscité l’engouement. Au point qu’une « ballomanie » s’est emparée de la société. Le motif du ballon n’envahit pas seulement les arts, il s’accroche à toutes sortes d’objets  bagues, éventails, tabatières ou épingles de cravate… De la même façon, s’est développée une « blériotmanie », après 1909, une fois que le pilote a réussi la première traversée de la Manche. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale change en revanche le regard porté sur l’aviation, jusqu’alors considérée comme un sport ou une attraction. Et pour cause. Les avions sont désormais des armes de guerre, ainsi que le rappellent les chasseurs et bombardiers, Breguet et autres Fokker, figurant dans le parcours. Un Spad VII, dernier exemplaire des nombreux chasseurs à bord desquels a combattu Georges Guynemer, « l’as des as » avec ses 53 victoires homologuées, devrait être présenté en 2020. Le « Vieux Charles », selon le surnom que lui donnait le capitaine, sera restauré sous l’œil des visiteurs.
2024 en ligne de mire
La rénovation de la Grande Galerie préfigure en effet l’avenir du musée. « Il va poursuivre sa mue jusqu’en 2024 », assure la directrice du musée. Une seconde campagne de travaux, d’un montant de 50 millions d’euros, sera lancée prochainement. Les halls ouverts au public seront rafraîchis. Deux autres, actuellement inaccessibles, seront transformés en réserves. Et l’un d’eux hébergera un planétarium numérique, plus vaste et plus performant que l’actuel, ce dernier étant lui-même destiné à devenir un espace multimédia interactif. Ces équipements permettront notamment de traiter de sujets scientifiques contemporains, tels que les drones, les satellites ou la conquête spatiale. « Notre développement n’a de sens que si nous étendons notre réflexion aux problématiques du XXIe siècle », estime la directrice. Par un hasard de calendrier, ces travaux coïncident avec le chantier du Grand Paris Express : en 2024, le métro arrivera aux portes du musée. Et, au même moment, déferleront des milliers de journalistes venus couvrir les jeux Olympiques. C’est en effet dans le parc des expositions du Bourget que sera installé le centre des médias. Au musée, on prévoit d’ores et déjà un afflux de visiteurs. Ces dernières années, la fréquentation annuelle a oscillé entre 250 000 et 300 000 personnes. Après 2025, elle pourrait atteindre les 500 000. Un nouvel envol en perspective.

Avion Breguet XIV A2, constructeur : Louis Breguet, France, 1917. © Musée de l’Air et de l’Espace/Axel Ruhomaully
Avion Breguet XIV A2, constructeur : Louis Breguet, France, 1917.
© Musée de l’Air et de l’Espace/Axel Ruhomaully


à voir
Musée de l’Air et de l’espace, aéroport de Paris-Le Bourget,
3, esplanade de l’Air et de l’Espace, Le Bourget, tél. : 01 49 92 70 00
www.museeairespace.fr
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