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Art-O-Rama : pointu, estival et marseillais

Le 19 juillet 2018, par Pierre Naquin

C’est la foire d’été qui «marche» ! Art-O-Rama revient pour une onzième édition dans un lieu tout nouveau tout beau, au bord de l’eau. Une nouvelle fois, l’art contemporain le plus avant-gardiste se retrouvera sous le soleil de la Canebière.

Art-O-Rama : pointu, estival et marseillais
Ana Mazzei (née en 1980), Hands, Spells and Papers (2018). Galerie Emmanuel Hervé.
Photo Gustavo Riviera. Courtesy Ana Mazzei et Galerie Emmanuel Hervé


Rares sont les salons estivaux qui se couronnent de succès. Souvent, il est très difficile de faire se déplacer les collectionneurs importants, qui préfèrent – on l’imagine – siroter leur cocktail bien frais sur leur yacht au mouillage dans un port minuscule au nom paradisiaque. Seuls les bijoux ou les accessoires vintage rencontrent quelque fortune, et bien souvent ce sont les enchères sur la Riviera qui en profitent. Mais depuis une bonne décennie, une foire à la taille relativement modeste a su s’implanter et faire fructifier son modèle particulier en terre bucco-rhodanienne.
De la friche à la mer
Fondée en 2007 par Jérôme Pantalacci, Art-O-Rama a en effet toujours joué sur ses particularités pour se construire une identité forte : un format réduit, une scénographie à la fois libre et ambitieuse – chaque exposant est libre de construire l’espace qui correspond à son projet –, un moment commercial  trois jours  qui se prolonge par une exposition ouverte durant sept jours au public local, une volonté de faire participer les artistes et l’écosystème artistique local. «Le public fait désormais face à énormément d’événements ;
en tant qu’organisateur, cela nous force à marquer une identité qui soit clairement reconnaissable», explique le directeur du salon. Jusqu’à cette année, une autre spécificité marquait l’événement : son lieu d’implantation, la Friche la Belle de Mai, dite «La Friche», rendez-vous historique de la culture et de l’art dans la capitale phocéenne. Cette fois  pour cause de travaux , la mairie de Marseille a mis à disposition le J1, rouvert en toute fin d’année dernière et entièrement rénové. Un lieu d’exposition qui promet d’être incroyable, avec la mer Méditerranée sur trois des quatre faces du bâtiment. Cette «infidélité» n’est que temporaire et Art-O-Rama devrait être de retour à La Friche dès 2019, dans un espace encore plus adapté et accueillant. Art+, l’association qui organise la foire, s’occupe d’ailleurs de la programmation artistique du lieu à l’année, où elle propose une grande exposition au minimum par saison. Elle édite également de nombreux ouvrages  principalement les monographies d’artistes locaux  et a surtout développé une importante activité de médiation, qui mobilise beaucoup : elle supervise ainsi celles de la Fondation Carmignac et des scolaires pour la Fondation Luma. Comme le dit Jérôme Pantalacci, «chaque activité enrichit les autres : le programme de résidence entreprise donne lieu à une création sur la foire ; même chose pour les éditions, ce moment nous permet des rencontres avec des acteurs qui vont peut-être déboucher sur d’autres propositions, la Fondation Carmignac en est un exemple.» Un modèle de croissance organique et de pragmatisme à saluer.

Une taille plus que respectable
Tout comme à l’intérieur de l’association, les passerelles sont également nombreuses avec son tissu artistique plus global ; Art-O-Rama n’hésite pas à mettre en avant la richesse de l’art contemporain du Sud-Est. Les VIPs sont ainsi invités à venir un peu plus tôt pour profiter de tous les lieux de création ayant fleuri récemment dans la région : fondations Carmignac ou Venet, Collection Lambert, villa Noailles, domaine du Muy, château La Coste, etc. Cette année, trente et une galeries font le déplacement ; c’est cinq de plus qu’en 2017, qui marquait ses dix ans. Si l’on ajoute les six éditeurs participant à la section idoine ainsi que l’artiste invité bénéficiant d’un espace et d’un catalogue monographique, on atteint une taille plus que respectable. Édition après édition, le nombre d’exposants internationaux s’est renforcé, Art-O-Rama allant chasser de plus en plus loin. 75 % des galeries sont aujourd’hui étrangères : de Lambdalambdalambda à Pristina (Albanie) jusqu’à Night Gallery ou Ghebaly à Los Angeles, en passant par les roumaines Sabot et :Baril… Le directeur est d’ailleurs fier de ces marchands – comme Madragoa ou Antoine Levi – qui, découverts sur Art-O-Rama, caracolent maintenant dans les allées d’Art Basel. Dans les faits, la foire a un aïeul. Elle s’est construite sur les bases écrites par le marchand historique marseillais Roger Pailhas. Celui-ci créa Art Dealers, un «petit salon» présentant une poignée de galeristes sélectionnés sur invitation, qui cherchait déjà à faire venir la pointe de l’avant-garde à Marseille. Suite à son décès en 2005, la galerie ferma, tout comme Art dealers. C’est là que le natif de Rennes intervint. Travaillant alors pour le marchand et ayant pu expérimenter l’organisation du salon de l’intérieur, il décide avec son équipe de reprendre le flambeau. C’est ainsi qu’Art-O-Rama verra le jour deux ans plus tard. «Nous n’avons que peu transformé l’esprit général de l’événement, le format – nombre d’exposants, modalités de participation – ayant nécessairement évolué pour suivre notre ambition», précise le fondateur. Quand on interroge Jérôme Pantalacci sur ses velléités futures, il précise : «Je suis à l’écoute et l’on me sollicite parfois pour adapter le modèle à d’autres métropoles, mais pour l’instant rien ne s’est concrétisé. Nous allons continuer à développer Art-O-Rama, travailler à sa reconnaissance à l’extérieur des frontières régionales et nationales». Si l’on demande au patron son secret pour faire réussir une foire d’été, il invite… à ne pas l’organiser en été ! « Disons que dans notre cas, l’on est une foire de “presque-rentrée” ! Une certaine manière d’attaquer la saison en étant encore un peu en vacances, au bord de l’eau, détendu.» Art-O-Rama, c’est exactement cela !

2 500
C’est le prix demandé en euros pour un stand d’environ 50 m2 sur Art-O-Rama. Les espaces étant conçus sur mesure, les organisateurs facturent dans les faits le mètre linéaire.

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