Un poids plume pour le quai Branly

Le 30 mai 2019, par Anne Doridou-Heim

Ce tableau en mosaïque de plumes du Mexique est spectaculaire autant par sa rareté que la fraicheur de ses coloris multicolores. Il faisait mouche auprès du musée du quai Branly - Jacques Chirac.

Mexique, seconde moitié du XVIe siècle. Le Christ bon pasteur et deux scènes de la vie de saint Jean-Baptiste dans un paysage, plumes polychromes sur panneau, 20,4 30,2 cm, cadre en ébène incrusté de filets d’os et agrémenté de fleurons en argent doré, celui-ci probablement d’Allemagne, dernier tiers du XVIe siècle.
Adjugé : 283 360 


En février 2018, le plus ancien tableau d’art chrétien d’Amérique latine connu entièrement exécuté en plumes, évoquant La Messe de saint Grégoire, était prêté par le musée des Jacobins d’Auch au Metropolitan Museum de New York. Il a été réalisé en 1539 à Mexico par des Aztèques, pour les moines franciscains en mission d’évangélisation sur place. Un an après le musée du quai Branly - Jacques Chirac, concepteur de «Plumes. Visions de l’Amérique précolombienne» (hiver 2016-2017), l’institution américaine consacrait donc à son tour une exposition à ces témoignages des tout débuts de l’évangélisation des Amériques : des œuvres profondément métissées, unissant des techniques précolombiennes à des sujets catholiques. Jusqu’à présent, sur la quarantaine conservées dans le monde, six l’étaient dans des musées en France, dont trois à Auch on songe à la Sainte Trinité et la Sainte famille, acquise 272 624 € chez Rouillac en 2013. En préemptant à 283 630 € celle-ci, représentant Le Christ bon pasteur et deux scènes de la vie de saint Jean-Baptiste dans un paysage, l’institution parisienne accroche un joli trophée «poids plume» ! De toutes les richesses rapportées du Mexique, les œuvres en plumes ont été parmi les plus appréciées en Europe, de la reine Isabelle la Catholique à Charles-Quint, en passant par le pape Sixte V, dont on dit qu’il se serait levé de son trône pour toucher celle lui étant offerte afin de se convaincre de son matériau. L’article Symbiose artistique au Mexique de la page 55 de la Gazette no 19 du 17 mai dernier racontait leur parcours. Leur puissance évocatrice, à la fois symbole religieux, culturel et historique, est immense. L’art de la plume était déjà considéré comme l’un des plus raffinés du Mexique et ce, avant même l’installation des Aztèques. Les missionnaires ne s’y trompèrent donc pas en s’appropriant ce savoir-faire unique et en le mettant au service de leur très sainte religion catholique. Le Codex de Florence, conservé à la bibliothèque Laurentienne des Médicis et compilé par frère Bernardino de Sahagún (1499-1590), contient plusieurs dessins décrivant la chasse aux volatiles, la préparation des pigments et la coloration des plumes dans un atelier d’amantecas. Une manière de rendre cet art appartenant au monde d’hier plus vivant encore.

Succès d’une tapisserie de Saint-Pétersbourg

Le 19 juin 2019, par Anne Doridou-Heim

Provenance impériale russe, sujet exotique, manufacture pétersbourgeoise rare sur le marché français, trois atouts pour un résultat de poids.

Manufacture impériale de Saint-Pétersbourg, vers 1741-1746. Le Roi porté par deux Maures, tapisserie en laine et soie de la tenture des «Anciennes Indes», d’après des œuvres d’Albert Eckhout et de Frans Post, 320 320 cm.
Adjugé : 231 840 

Si l’histoire des manufactures françaises et flamandes nous est bien connue, celle des ateliers russes de Saint-Pétersbourg l’est beaucoup moins. La fiche du catalogue, rédigée par Emmanuel Ducamp, apprenait que c’est à la suite de sa visite à la manufacture des Gobelins à Paris en mai 1717 que Pierre le Grand (1682-1725), ébloui par la qualité du travail des ouvriers, décida d’intensifier ses efforts pour développer l’art de la lice dans son pays. Le tsar ne repartit pas de ce voyage les mains vides, recevant en présent deux tentures dont celle dite des «Anciennes Indes», réalisée d’après des œuvres des Néerlandais Albert Eckhout (vers 1610-1666) et Frans Post (1612-1680). Il fallut encore quelques années pour que les métiers à tisser impériaux relèvent le défi et réussissent à sortir des œuvres de belle tenue. Les archives conservées dans la cité de la Baltique permettent de savoir que la «Tenture des Indes» fut copiée entre 1732 et 1746. Le chiffre «EP» brodé dans la partie supérieure de cette tapisserie, représentant Le Roi porté par deux Maures, étant celui d’Élisabeth Ire (montée sur le trône en 1741), il est juste de situer sa date d’exécution entre 1741 et 1746. 231 840 € honoraient sa réalisation. Visiblement, les ateliers russes avaient surmonté leurs difficultés premières et étaient en mesure des produire des pièces de haute volée !

Record pour un dessin de Carmontelle

Le 19 juin 2019, par Anne Doridou-Heim

La rencontre entre Vivant Denon et le chevalier de Cossé, fixée par Carmontelle, a retenu tous les regards et enlevé un record mondial pour une feuille de l’artiste.

Louis Carrogis, dit Carmontelle (1717-1806), Vivant Denon faisant le portrait du chevalier de Cossé, aquarelle, crayon noir et sanguine, 33,5 21,5 cm.
Adjugé : 173 880 


Fraîcheur des coloris, élégance et notoriété des modèles, finesse de l’exécution et délicatesse de la composition d’ensemble… Autant de qualités ayant permis à ce dessin à l’aquarelle, crayon noir et sanguine de Louis Carrogis, dit Carmontelle (1717-1806), de décrocher un record mondial de 173 880 € pour l’une de ses œuvres sur papier (source : Artnet). Vivant Denon faisant le portrait du chevalier de Cossé visiblement avec beaucoup de plaisir devançait donc Monsieur de Mornay, gouverneur de Saint-Cloud, vendu 141 000 € chez Sotheby’s le 29 septembre 2015. La rencontre entre le futur directeur du musée Napoléon et le gouverneur de Paris était racontée en page 6 de la Gazette no 15 du 19 avril (voir l'article Carmontelle, portraits de la société au XVIIIe siècle), qui avait choisi ses deux nobles figures  illustrant tout le brio des dernières années de l’Ancien Régime  pour sa couverture. À juste titre puisque leur allure séduisait bien au-delà de l’estimation ! Carmontelle a traversé quasiment tout le XVIIIe siècle. Il laisse une œuvre immense de dessinateur son jeune Mozart aux côtés de sa sœur et de son père (musée Carnavalet) orne bien des manuels scolaires , mais aussi d’auteur dramatique, de romancier et de critique d’art. On le sait moins, mais il succèda à Diderot dans la critique des Salons après 1779. Un trio d’esprit donc pour un siècle qui n’en manquait pas, et un record des plus mérités.

Panorama (après-vente)

Éclats chinoisants à Meissen

Le décor de chinoiserie de cette paire de terrine de Meissen vers 1725/1730 était plébiscité.

Le programme de la vente de Coutau-Bégarie à Drouot du vendredi 24 mai était particulièrement riche et a été récompensé en conséquence (voir pages 114, 116 et 118). Des porcelaines de Meissen vers 1725/1730 lui apportaient une touche exotique, avec leurs décors de chinoiseries traités dans des cartouches polylobés relevés d’or. La paire de terrines de forme japonaise (l’une reproduite) s’ouvrait pour recueillir 70 840 €, un plat creux recevant 38 640 € et deux plateaux, 18 032 €.

vendredi 24 mai 2019 - 11:00, 14:00 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
Coutau-Bégarie
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne