Les Landes dans le cœur

Le , par Caroline Legrand

Au sein d’un programme entièrement consacré aux peintres bordelais, Alex Lizal se distinguera avec cette scène de plage. Un rare témoignage de l’œuvre de cet artiste longtemps considéré comme maudit.

Alex Lizal (1878-1915), La Plage de Capbreton, huile sur toile, signée. 27 41 cm.
Estimation : 2 500/3 000 

Une toile de la Belle Époque, où le bonheur était à portée de plage... landaise. Et pourtant, la courte carrière de cet artiste originaire de Dax a été marquée par l’infortune. Détruit par l’alcool et la tuberculose, Lizal a peint durant quinze années «dans l’indifférence générale», écrit Jean-Roger Soubiran dans son ouvrage Alex Lizal, peintre singulier du pays landais, paru en 2015 (éditions Passiflore). La bourgeoisie dacquoise le considérait comme un marginal peu fréquentable. Sa carrière avait cependant commencé sous de meilleurs auspices. Son professeur, Dupuy, le recommande auprès des Beaux-Arts de Paris et sa ville natale finance même sa formation dans la capitale. Il travaille dans l’atelier de Gérôme en 1899. Il partage son temps entre l’effervescence parisienne et la douceur de sa région. Sa peinture, placée alors sous l’influence du naturalisme va bientôt se tourner vers l’expressionnisme. Mais si son style évoluera au fil de sa carrière, le voyant consacrer la plus grande partie de son œuvre à la mise en valeur du pays landais. Le peintre Albert Maignan tentera de l’introduire auprès des édiles dacquois. Avec un langage proche de l’imagerie populaire, il se livre sans réserve dans des œuvres colorées et expressives qui illustrent l’identité régionale. Cette scène de plage, l’une des premières du genre réalisée au Capbreton, rappelle que le peintre a séjourné dès 1902 dans cette station en compagnie de Georges Bergès dans une villa située non loin de la plage, prêtée par Étienne Darricau (propriétaire du château de La Roque à Rivière et nouveau mécène de l’artiste après la mort du docteur Castets). Ils y rencontreront plusieurs artistes dont Jean-Roger Sourgen en 1905 qui s’initiera à la peinture à leurs côtés. Inédite, cette toile provient d’une grande collection régionale, tout comme deux autres tableaux présents à cette vente : Soir de fête, environs de Paris, 1905 (27 41 cm 1 500/2 000 €) et Notre Dame de Paris, 1908 (16 24 cm. 1 500/2 000 €).

Agenda
Il s’agit de la quatrième édition de la vente sur les peintres bordelais organisée par la maison Briscadieu. Tout au long des onze chapitres de ce sommaire défileront des artistes de même origine, mais d’époques et de styles différents. Les prémices de l’école bordelaise seront ainsi évoquées au travers de l’artiste René-Pierre Princeteau, avec notamment son huile sur panneau Veneur à cheval (8 000/10 000 €). Suivra l’école naturaliste bordelaise avec Basse mer à Saint Georges 1899, de Louis-Alexandre Cabié (3 000/4 000 €) et le Paysage girondin de Gaston Anglade (400/700 €). L’école expansionniste, ensuite, avec une Vue du bassin d’Arcachon de Willem Van Hasselt (3 000/4 000 €). Alex Lizal représentera la ville de Dax et les Landes avec plusieurs œuvres inédites dont La Plage de Capbreton (attendue à 2 500/3 000 €, voir Gazette 34 page 150), et Willem Van Hasselt le Pays basque avec A. Ainhoa, Louise debout (à 3 000/5 000 €). Un superbe fusain de Pierre Gigaux de Grandpré nous racontera l’Incendie de la rade de Bordeaux dans la nuit du 28 au 29 septembre 1869 (6 000/8 000 €). Les époques art nouveau et art déco seront ensuite illustrées par des dessins de costumes ou décors, notamment pour le casino des Quinconces de Bordeaux dans les années 1920-1930, mais aussi par des œuvres du célèbre décorateur Jean Dupas dont L’Arcade pourpre de 1922, une image d’une Arcadie rêvée par cet artiste prônant le retour à l’ordre et au beau (6 000/8 000 €).
samedi 19 octobre 2019 - 14:30
Bordeaux - 12-14, rue Peyronnet - 33800
Briscadieu
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