La laque art déco selon Gaston Suisse

Le 09 octobre 2019, par Caroline Legrand

L’exotisme est au rendez-vous avec ce panneau de laque signé Gaston Suisse. Le décorateur, l’un des plus grands noms de la période art déco, démontre une nouvelle fois sa maîtrise de cette technique très ancienne.

Gaston Suisse (1896-1988), Amazone à l’arc et gazelles, panneau de laque polychrome, fond de laque écaille enrichie de poudre de bronze, 119 160 cm.
Estimation : 18 000/20 000 

Daté 1922 par Dominique Suisse, d’après des photos d’atelier de son père, ce panneau constitue un bel exemple de son travail, entre inspiration orientale et esthétique art déco, technique asiatique et dessin antiquisant, le tout sur ce fond de poudre de bronze qui offre l’intemporalité à cet objet qui devait faire merveille dans un ameublement signé Ruhlmann. L’attrait pour les arts d’Extrême-Orient est au cœur de la carrière de Gaston Suisse. Cette passion, il l’acquit très jeune grâce à son père. Celui-ci était un collectionneur et un bibliophile, ami de Samuel Bing, le célèbre marchand parisien à l’origine notamment de l’émergence du japonisme à la fin du XIXe siècle. Le jeune Gaston découvrit ainsi les arts asiatiques dans les ouvrages de la bibliothèque paternelle. En parallèle, il s’intéressa très tôt au dessin. Aimant représenter les animaux, il se rendait au Jardin des Plantes, où il rencontra Paul Jouve, qui devint son ami. Encouragé par son père, il entra à l’École supérieure des arts décoratifs et y apprit la technique de la laque, qu’il n’abandonna jamais et qu’il perfectionna au fil du temps. Après la guerre, passée dans les tranchées puis sur le front de Salonique, Gaston Suisse reprit ses travaux aux Arts décoratifs puis à l’École des arts appliqués. Grâce à de nouveaux procédés, notamment l’utilisation de vernis synthétiques, auxquels on peut ajouter des pigments colorés et qui peuvent être disposés avec un pistolet (et non plus par ponçages successifs), il élargit considérablement la gamme chromatique et les effets décoratifs. Nommé sociétaire du Salon d’automne dès sa première participation en 1926, l’artiste connut rapidement le succès, couronné également par l’obtention d’une médaille d’or à l’Exposition internationale de Paris en 1937. Commandés notamment par de grands ensembliers comme Jansen, Brandt ou Ruhlmann ou par de grandes marques comme les Galeries Lafayette ou Hermès, ses meubles laqués à motifs géométriques ou ses panneaux à décor d’inspiration asiatique figurent parmi les œuvres les plus belles et significatives de cette époque.

Agenda
L'exotisme sera au rendez-vous de cette vente marquée par un panneau de laque polychrome signé Gaston Suisse, Amazone à l'arc et gazelles (18 000/25 000 €. Voir Gazette 34 page 149), mais aussi par une sélection d'objets d'art asiatique. L'occasion d'admirer par exemple une estampe en couleurs japonaise, intitulée Le Fuji rouge dans une embellie (Gaifî Kaisei), faisant partie des trente-six vues du mont Fuji signées Hokusai (3 000/4 000 €). Nous attirerons encore votre attention sur un carnet de quatorze dessins de Louis Valtat, dont l'un réalisé au revers du faire-part de mariage de Gabrielle, sœur du peintre (6 000/8 000 €), et un Tigre marchant en bronze d'Antoine-Lous Barye (2 500/3 000 €).  
samedi 19 octobre 2019 - 10:00
Bourges - 11, rue Fulton - 18000
Michel Darmancier et Olivier Clair
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