Le portrait dessiné à la cour des Valois

Le 21 novembre 2019, par Agathe Albi-Gervy
Ce délicat portrait aux deux crayons a appartenu, au XIXe siècle, à Henry Danby Seymour, membre du Parlement britannique. Longtemps attribué à François Quesnel, il est aujourd’hui rendu à Étienne Dumonstier, un artiste très estimé par Catherine de Médicis.
Étienne Dumonstier (1540-1603), Portrait d’homme portant une collerette, 1573, pierre noire, sanguine, crayons de couleur, 30,7 20,5 cm.
Estimation : 60 000/80 000 

Si Frits Lugt précise, dans ses Marques de collections de dessins & d’estampes, que les feuilles d’Henry Danby Seymour (1820-1877) n’étaient « pas très nombreuses, mais choisies », ce dernier possédait en revanche un certain nombre de tableaux de maîtres anciens de première importance, à l’image du Portrait de paysanne d’Albrecht Dürer, aujourd’hui au British Museum, ou du triptyque attribué à Goossen Van der Weyden (le petit-fils de Rogier), conservé à la National Gallery de Londres. Gentleman anglais, le juge Seymour est membre du Parlement britannique de 1850 à 1868. Mort sans descendance, sa collection de dessins revient à son frère Alfred Seymour, lui aussi parlementaire. On retrouve la trace de ce portrait d’homme anonyme en 1927 seulement, lorsque Sotheby’s le cède au grand banquier et collectionneur de maîtres anciens Franz Koenigs (1881-1941), avec une attribution à François Quesnel. C’est toujours avec cette même attribution que Sotheby’s le vend en 2001 à son actuel propriétaire. Aujourd’hui pourtant, après l’avoir étudié à la demande de l’Hôtel des Ventes de Monte-Carlo, l’historienne de l’art et autrice Alexandra Zvereva  chercheuse associée au CNRS spécialiste des portraits au crayon à la cour des Valois , le rend au corpus d’Étienne Dumonstier. Élève probable de François Clouet, dont il maîtrise parfaitement la technique et réemploie fréquemment certains de ses modèles, Dumonstier sert, pendant plus de cinquante ans, les rois de France Henri II, François II, Charles IX, Henri III et Henri IV. C’est au service de Catherine de Médicis, férue de portraits dessinés, qu’il intègre la cour vers 1565, en tant que valet de chambre et peintre. Véritable courtisan et homme de confiance de la reine mère, il reçoit, sur sa demande, une rente à vie, et mène pour elle différentes missions diplomatiques. Dessinateur remarquable, Dumonstier se distingue notamment par son goût pour les jeux accentués d’ombres et de lumière, les iris translucides de ses sujets, et l’arête de leur nez soulignée par une ombre estompée.

Agenda
Environ quatre-vingts tableaux, pièces de mobilier et objets d'art de style classique, provenant de l'ancienne demeure du roi des Belges, Léopold II, à Saint-Jean-Cap-Ferrat, constituent le premier des deux catalogues ouverts ce 27 novembre. Cinq colonnes torsadées en bois polychrome du XVIIIe siècle, dont trois sont surmontées d'un Amour (8 000/12 000 € l'ensemble), s'accommoderont d'une suite de cinq scènes bibliques, peintes sur toile par un artiste français anonyme du XVIIIe siècle (20 000/30 000 € la suite), tandis qu'une suite de trois huiles sur toile en triptyque de la main d'Henri Cayon, déroulant sur 8,15 mètres des danses folkloriques ariégeoises (5 000/8 000 €), fera face à un groupe en marbre d'Amours musiciens, travail italien du XIXe siècle (3 000/5 000 €). L'après-midi, une autre vente généraliste déroulera un rare portrait d'homme aux deux crayons d'Étienne Dumonstier (60 000/80 000 €), une vue de la place Saint-Marc de Venise par Grancesco Guardi (50 000/70 000 €) et un Amateur d'art observant un tableau dans une toile de Giovanni Boldini (30 000/40 000 €).
mercredi 27 novembre 2019 - 11:00
Hôtel des Ventes de Monte-Carlo - 10/12, quai Antoine 1er - 98000
Hôtel des ventes de Monte-Carlo
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