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Collection James Bismuth, de Carlevarijs à Dubuffet

Le 19 mai 2021, par Claire Papon

S’il est une dispersion à ne manquer sous aucun prétexte, c’est celle réunie il y a plusieurs décennies par ce courtier en matières premières agricoles, décédé en décembre dernier à l’âge de 89 ans.

Collection James Bismuth, de Carlevarijs à Dubuffet
Lucas Carlevarijs (1663-1730), Vue de la place Saint-Marc et de la Piazetta, huile sur toile, 84 146 cm.
Estimation : 250 000/35
0 000 €, Adjugé : 635 000 €

Tableaux anciens, tableaux modernes et d’après-guerre, design, mobilier et objets d’art XVIIIe, arts d’Afrique et de l’Amérique précolombienne, la diversité de cet ensemble frôle le grand écart ! Dans l’appartement du 7e arrondissement de James Bismuth, homme de goût et de culture, les abstractions de Jean Dubuffet (Petit paysage baroque, couleur de hareng grillé, 1952, 180 000/200 000 €) et Asger Jorn (Hanky-Panky, 1966, 100 000/150 000 €), Roberto Matta et Wifredo Lam côtoyaient natures mortes de l’âge d’or hollandais, sceptre yombe en ivoire (République démocratique du Congo, 2 000/3 000 €), sièges du designer danois Poul Kjærholm, paire de chenets Louis XV signés de leur doreur – et non du bronzier – Jean-Baptiste Blerzy (6 000/10 000 €). 120 lots, tous en parfait état, prennent le chemin des enchères. Le plus convoité est une Vue de la place Saint-Marc et de la Piazzetta de Lucas Carlevarijs (voir ci-dessus). Originaire d’Udine, dans le Frioul, il fait de la Sérénissime, de ses bâtiments et de grands événements, l’un de ses motifs de prédilection, allant même jusqu’à publier en 1703 un recueil d’une centaine d’estampes dans lequel puiseront ses confrères. Il n’hésite pas à peindre des sortes de séries autour de mêmes lieux. Deux autres versions avec variantes proches de notre toile sont conservées au pavillon de chasse de Grünewald, à Berlin, et au château de Fontainebleau. Installant le spectateur dans la tour de l’Horloge, il nous donne une image vivante de la place vénitienne. Une multitude de petites figures l'anime : marchands vendant leurs produits à l’ombre de la basilique, visiteurs étrangers, gentilshommes échangeant devant la régulière façade méridionale ou au pied de celle, tronquée, de l’imposant campanile… La trouée vers la Piazzetta et ses deux colonnes, porte ouverte sur le bassin de Saint-Marc, laisse deviner la façade du palais des Doges. L’exactitude architecturale fait écho à un ciel balayé de nuages et à une brume rosée. Un bel hommage à la cité lagunaire…
 

Rythme simple, importance de la ligne, construction savante et rigoureuse par de tous petits éléments, touche légère, gris et blancs, harm
Rythme simple, importance de la ligne, construction savante et rigoureuse par de tous petits éléments, touche légère, gris et blancs, harmonies délicates… les constantes de l’œuvre de Maria Helena Vieira da Silva (1908-1992) demeurent dans cette toile de 1960, Bleu et jaune ou Les Villages, 1960 (72,5 116 cm), espérée à 200 000/250 000 €. «La rigueur ne me suffit pas. Il faut que je puisse faire l’école buissonnière. J’ai besoin de liberté, de fantaisie, d’impromptu», expliquait cette artiste née à Lisbonne venue à Paris en 1928, et dont les œuvres mêlent monde intérieur, cités imaginaires et carreaux d’azulejos, où l’œil se perd comme dans un labyrinthe.
Quelle virtuosité dans ce bouquet, Iris, tulipes, œillets, roses et autres fleurs dans un vase sculpté avec coquillages et lézards sur un
Quelle virtuosité dans ce bouquet, Iris, tulipes, œillets, roses et autres fleurs dans un vase sculpté avec coquillages et lézards sur un entablement, estimé 100 000/150 000 € ! Cette toile (74,5 64 cm), exécutée vers 1630, est l’œuvre de Balthasar Van der Ast (1593/1594-1657), élève et beau-frère d’Ambrosius Bosschaert le Vieux. Né à Middelburg, installé à Utrecht puis, en 1632, à Delft, où il reste actif jusqu’à sa mort, Van der Ast ajoute aux traditionnels fleurs et fruits des insectes, lézards et surtout coquillages – allusion aux grandes collections constituées à l’époque –, se montrant curieux de perspective et sensible à l’éclat des tons.

Comptez 40 000/60 000 € pour repartir avec ce bureau de pente en laque rouge et or  à décor chinois au vernis Martin ouvrant à un abattant
Comptez 40 000/60 000 € pour repartir avec ce bureau de pente en laque rouge et or  à décor chinois au vernis Martin ouvrant à un abattant découvrant un casier, trois tiroirs et un secret, rehaussé de bronzes dorés ciselés (91 59 36 cm). Création de l’époque Louis XV, le bureau de pente, dérivé du bureau à gradin, permettait de mettre papiers et documents à l’abri des indiscrets. Si la découpe et la disposition des bronzes sont l’œuvre de Bernard Van Risen Burgh – dont les initiales B.V.R.B. sont identifiées en 1957 –, c’est à René Dubois qu’est donné ce meuble anciennement laqué de bleu orné de pittoresques éléments chinois.
Reflet de la diversité de cette collection, cette porteuse de coupe yoruba en bois dur à patine brillante devrait être la plus disputée du
Reflet de la diversité de cette collection,
cette porteuse de coupe yoruba en bois dur à patine brillante devrait être la plus disputée du chapitre des arts premiers. Elle est estimée entre 5 000 et 10 000 €. La jeune femme se tient assise sur un siège court, dans une attitude hiératique. Ses épaules larges contrastent avec ses bras graciles ornés de bracelets, et ses seins petits et sculptés hauts comme des ornements de buste. Le visage soigné est marqué de quatre scarifications aux joues, leur nombre attestant le haut rang de l’effigie. Le thème de la porteuse de coupe est l’un des sujets majeurs de l’art yoruba (Nigéria) et illustre la présentation d’offrandes par une orante à l’un des dieux du panthéon (ou orisha).

Agenda

Cette première partie d'après-midi est consacrée à la dispersion des tableaux, objets d'art et meubles dépendant de la succession James Bismuth (1931-2020), collectionneur passionné aux choix éclectiques. Pour preuves, des natures mortes de l'âge d'or hollandais et flamand (Isaac Soreau, Balthasar Van der Ast, Ambrosius Bosschaert père et fils, Osias Bert, etc.), une vue de La Place Saint-Marc et de la Piazzetta par Lucas Carlevarijs (250 000/350 000 €), du mobilier Régence et Louis XV, mais aussi des œuvres de Vieira da Silva, Jean Dubuffet, Asger Jorn, Mimmo Rotella, Hans Reichel, Roberto Matta, André Masson, ainsi que des objets d'arts africain et précolombien. La seonde partie d'après-midi devrait elle aussi être ponctuée de belles batailles d'enchères. Qu'il s'agisse des portraits d'Olga Boznanska et des dessins et toiles d'Odilon Redon ayant appartenu à Louis Libaude (voir Gazette n° 18, page 12), d'une huile sur panneau de Georges Seurat, Le Pêcheur pour lequel 400 000/500 000 € sont annoncés (voir Gazette n° 19, page 14), ou d'une Étude pour la Tasse de thé bleue ou L'Heure du thé signée des initiales de Mary Cassatt (voir Gazette n° 17, page 6), estimée 60 000/80 000 €. Si les toiles de Pierre Soulages ne manquent pas sous le marteau, beaucoup plus rares sont ses bronzes. L'un d'eux, Bronze n° 2 de 1976 à patine dorée (3/5), requerra 22 000/25 000 €. Le mot de la fin revient toutefois à une grande toile (150 x 301 cm) de Luigi Loir, Paris, port de mer, 1885 de laquelle 80 000/120 000 € sont demandés.

Tableaux anciens, tableaux modernes, mobiliers anciens
vendredi 28 mai 2021 - 14:00 (CEST) - Live
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