Yun Gee, peintre entre Paris et New York

Le 05 juin 2019, par Claire Papon et Anne Foster

Comptant parmi les artistes chinois les plus prometteurs des premières décennies du XXe siècle, Yun Gee fit carrière entre San Francisco, New York et Paris. Voici son Rêve.

Yun Gee, Zhu Yuanzhi dit (1906-1963), Rêve, 1927, huile sur toile, 40,5 31 cm.
Estimation : 200 000/300 000 

Dans cette peinture aux coloris vifs, à la composition presque cubiste rappelant Robert Delaunay, l’artiste s’est représenté moustachu, fumant la pipe ; la volute de fumée épouse le corps d’une femme, le visage d’une autre  ou peut-être de la même  dominant sa chevelure. Cette œuvre d’un artiste sino-américain figure dans la vente aux côtés de tableaux de peintres vietnamiens (voir l'article D’Hanoï à Paris, le parcours de Mai-Thu de la Gazette n° 21, page 6). Zhu Yuanzhi a occidentalisé son nom en Yun Gee (prénom suivi du nom). Son père, naturalisé Américain après le tremblement de terre qui ravagea la ville en 1906, avait réussi à le faire venir ; il s’inscrit à la California School of Fine Arts à San Francisco, fréquente les artistes d’avant-garde exposant à la Modern Gallery de Montgomery Street, et fonde le Chinese Revolutionary Artist’s Club, dont le haut fait fut d’avoir invité Diego Rivera, fin 1930 ou début 1931. La discrimination envers la communauté chinoise le renvoie à un anonymat, où il n’est qu’un autre «Charlie». Nul doute que sa rencontre avec Marie de Rohan-Chabot, princesse Murat, n’ait pansé ses plaies d’amour-propre et marqué un tournant. «Sur les bords du Pacifique, à San Francisco, où l’Orient et l’Occident se rencontrent, je fis la connaissance de Yun, évoque la princesse. Le tableau subtil de ce jeune Chinois s’est révélé entre une pagode et un gratte-ciel.» Ainsi encouragé, Yun Gee décide de venir s’installer à Paris en 1927, sa nouvelle amie se fait mécène, l’intégrant dans son cercle d’intellectuels, peintres et poètes. Yun Gee fait la connaissance de la princesse Paule de Reuss. Celle-ci a écrit et signé le poème à l’encre rouge qui se trouve au dos de Rêve. Ils se marient en 1929, bravant toutes les convenances ; il divorceront deux ans plus tard. C’est cependant une période heureuse pour le peintre, admis dans les cercles artistiques et littéraires, dans la meilleure société parisienne. La galerie Bernheim Jeune lui offre sa première exposition personnelle. «Paris saura apprécier son imagination, sa sensibilité de poète, sa profonde psychologie et la sincérité émouvante de son œuvre» : la prédiction de la princesse Murat ne fut pas démentie.

Agenda

Pham Hau (1903-1995) ouvre ce programme de peintures, en particulier vietnamiennes, avec un pastel d’une grande délicatesse, La Fille de l’artiste, 1946, (30.5 x 23 cm) pour lequel il faut compter 8 000/12 000 €. Une œuvre de Mai-Thu (voir En couverture Gazette n° 21, page 6) côtoie une huile sur toile de Luong Xuan Nhi (1913-2006), Village du Haut Tonkin, mars 1939 (274 x 327 cm), évaluée 150 000/200 000 €. En fin de session, on retient, pour la peinture chinoise, un lavis d’encre sur papier de riz de Chu Teh-chun (1920-2014), Metz 05 N°1, 2005 , mesurant 74,7 x 72,7 cm et estimé 45 000/65 000 €. Plus rare en ventes publiques, Ye Xing Qian (né en 1963) est représenté par une aquarelle, Composition (42 x 33 cm), réalisée entre 2000 et 2009 (800/1 200 €).

mardi 11 juin 2019 - 03:00 - Live
Salle 9 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
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