Émile Jourdan en son dernier refuge

Le 08 octobre 2020, par Caroline Legrand

Avec sa palette attrayante, cette œuvre décrivant le port de Brigneau n’a pas laissé insensibles la belle Angèle et son époux, qui en furent les premiers propriétaires.

Émile Jourdan (1860-1931), Bateau de pêche dans le port de Brigneau, 1920, huile sur toile signée et datée, 54 65 cm.
Estimation : 30 000/50 000 

Si certaines toiles de la fin de la vie d’Émile Jourdan présentent des couleurs sombres, ce n’est pas le cas de celle-ci, aux tons vibrants de rose, de bleu et de vert. Elle a appartenu à Frédéric Satre, maire de Pont-Aven et aubergiste – à qui les peintres donnaient des toiles en échange de repas –, et à son épouse Angèle, la fameuse « belle Angèle » du tableau de Paul Gauguin conservé au musée d’Orsay. De 1911 à 1920, Émile Jourdan est installé à Brigneau, dans le Finistère : ce petit port situé sur la commune de Moëlan-sur-Mer est authentique et d’une grande quiétude. Le peintre le connaît depuis 1884 et y vient régulièrement. Membre majeur de l’école de Pont-Aven depuis 1888, et sa rencontre à l’auberge Gloanec de Gauguin, Moret, Maufra et Sérusier, Jourdan a fait évoluer son style de l’académisme au synthétisme, sans jamais abandonner la touche en pointillé inspirée de l’impressionnisme. Breton d’origine – il est né à Vannes –, il restera toujours très attaché à sa région, ne se séparant que très peu de son gilet traditionnel. Dans les premières années du XXe siècle, tous les artistes du groupe de Pont-Aven retournent à Paris. Tous, sauf Émile Jourdan. Lui qui a toujours dépensé sans compter a des soucis d’argent, vendant peu et détruisant les œuvres qu’il n’aime pas. Sa mère, qui l’aidait beaucoup, décède en 1907, et son héritage est vite englouti. Il erre alors dans la région du Finistère et finit par demeurer à Brigneau, où il peut s’installer gratuitement à l’auberge de la mère Bacon. Il y côtoiera Maurice Asselin, Jacques Vaillant et Pierre Mac Orlan. Talentueux et original, bohème et entier, le personnage inspirera à André Salmon son poème « L’oublié de Moëlan », et à Mac Orlan le personnage de Désiré Pointe, dans Le Chant de l’équipage.

Agenda
L'éclectisme sera de mise dans un programme s'enorgueillissant de compter une toile du peintre de l'école de Pont-Aven Émile Jourdan, Bateau de pêche dans le port de Brigneau, de 1920 (30 000/50 000 €), et une moto Ducati 900 SS Desmo de 1980 (9 000/10 000 €). Défileront encore des bijoux, des accessoires de mode dont un sac Kelly d'Hermès en crocodile noir (5 000/6 000 €), des livres, du vin ainsi que des objets d'art variés… Ainsi une sellette au héron, réalisée par Delphin Massier vers 1890 en céramique polychrome en haut relief de 158 cm de hauteur, pourrait s'envoler à 5 000/7 000 €. 
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne