Cachet musical et porcelaine de Sèvres impérial

Le 18 mars 2021, par Sophie Reyssat

Un cachet dissimulant une boîte à musique partage la vedette avec un présent impérial, un« cabaret des femmes célèbres » en porcelaine de Sèvre inédit sur le marché.

Époque Empire, années 1811-1812, Sèvres, cabaret en porcelaine nommé «cabaret des femmes célèbres» à décor polychrome de portraits de femmes en buste dans des  médaillons encadrés d’or portant le nom de la femme inscrit, fond vert de chrome orné de guirlandes de fleurs et fruits, rubans, papillons et cygnes en or, le centre des soucoupes est décoré d’un trophée antique en or, marque «M. Imple de Sevres 1811 et 1812,  Jaquotot pinxit».
Estimation : 80 000/100 000 

En 1806, Brongniart, directeur de la manufacture de Sèvres, est chargé de rééditer pour Napoléon Ier une sélection des biscuits des Grands Hommes, fabriqués sous l’Ancien Régime à partir des modèles de marbre du comte d’Angiviller. Il choisit également de mettre les femmes célèbres sur le devant de la scène, en réalisant un cabaret à leurs effigies, et élargit sa sélection de vingt personnalités à toute l’Europe. Les souveraines et les femmes de haute noblesse tiennent le haut du pavé, mais d’autres sont mises en avant pour leur action politique, leur talent littéraire, artistique, ou scientifique. Si quelques femmes s’illustraient par leur pinceau ou leur bel esprit dans les salons du XVIIIsiècle, la Révolution a vu s’ouvrir des clubs politiques où elles se sont réunies comme les hommes. Elles ont commencé à prendre leur destin en main, et les mentalités vont lentement évoluer. Christine de Suède, Anne d’Autriche, Marie Stuart, Élisabeth d’Angleterre, Marie Thérèse d’Autriche, Catherine II de Russie, Blanche de Castille, Jeanne d’Arc, Anne Martinozi princesse de Conti, Hortense Mancini, la princesse Palatine, mesdames Deshoulières et de Sévigné, la duchesse de Montmouth, madame de Fontange et madame de Grignan s’affichent ainsi sur les pièces de ce service, dont les huit tasses s’accompagnent d’une théière, un pot à sucre, un pot à lait et une jatte à fruits. Ancienne élève de Le Guay, peintre du roi à la Manufacture de Sèvres, Marie-Victoire Jaquotot était toute désignée pour peindre leurs délicats visages, elle qui s’était illustrée avec le portrait de Marie-Antoinette à Saint-Cloud. Son talent lui permit d’ouvrir à Paris une école de peinture sur porcelaine, qui forma une trentaine de femmes pendant une vingtaine d’années. À partir de 1807, l’artiste livra trois cabarets. Celui-ci, le dernier, fut offert par l’impératrice Marie-Louise à la comtesse de Ségur en 1813, après que Joséphine eut renvoyé à la manufacture ce présent que voulait lui faire l’Empereur l’année précédente.
 

Surmonté de la couronne impériale, le chiffre de Marie-Louise orne cette montre de col de présent, dont l’avers, à fond émaillé bleu, accu
Surmonté de la couronne impériale, le chiffre de Marie-Louise orne cette montre de col de présent, dont l’avers, à fond émaillé bleu, accueille une abeille. Des perles illuminent ce monogramme et bordent chaque face de cette pièce rare, fabriquée vers 1813 et attribuée à Nitot (diam. 3,4 cm, 10 000/12 000 €). Les archives de ses commandes mentionnent en effet vingt-six créations horlogères du même type, à rapprocher de différents modèles connus. Des variantes existent dans les couleurs de l’émail, mais aussi dans le chiffre. Celui de l’Empereur orne ainsi une montre similaire, conservée au château de  Fontainebleau, et qui avait elle aussi servi de cadeau.
Signée par Jean Baptiste Isabey (1767-1855), qui l’a réalisée vers 1807-1808, cette miniature représente la duchesse de Bassano, vêtue à l
Signée par Jean Baptiste Isabey (1767-1855), qui l’a réalisée vers 1807-1808, cette miniature représente la duchesse de Bassano, vêtue à la mode de la Renaissance sur fond d’architecture gothique, sous la devise «Vive dieu, l’honneur et les dames». Cette esthétique troubadour a déjà été choisie par l’artiste pour représenter l’impératrice  Joséphine à la même époque. Le haut col de dentelle met en valeur le visage des deux femmes, tout en faisant écho à leur délicatesse. Orfèvre du couple impérial, Étienne Lucien Blerzy a serti le portrait de la duchesse dans une boîte en or dont il est le  spécialiste, ciselée de rinceaux fleuris et de coquilles, et quadrillée de vanneries sur fond amati (9 x 5,5 x 1,8 cm, poids brut151 g). Briquet, joaillier et bijoutier du Palais-Royal, il a créé son écrin vers 1830 (20 000/30 000 €).
Fils d’un médecin dijonnais, Hugues-Bernard Maret, qui a débuté sa carrière comme avocat au parlement de Bourgogne, a gravi les échelons d
Fils d’un médecin dijonnais, Hugues-Bernard Maret, qui a débuté sa carrière comme avocat au parlement de Bourgogne, a gravi les échelons du pouvoir jusqu’au statut de pair de France. Tour à tour ambassadeur, secrétaire d’État et ministre des Affaires étrangères, il doit à Napoléon d’avoir été fait comte, puis duc de Bassano, en 1809. Ses armoiries s’affichent sur ce cachet à suspendre en forme de toque, surmontée de sept plumes  ciselées à jours. Cinq décorations y sont également gravées, dont la Légion d’honneur, le Soleil de Perse, et probablement l’ordre de Saint-Hubert de Bavière et la Couronne de Saxe. L’anneau sert à remonter le mécanisme d’une boîte à musique dissimulée dans ce précieux objet (3 x 2,4 x 3 cm, poids 30 g, 8 000/12 000 €).
 
Cette sélection d’objets précieux serait incomplète sans cette tabatière, réputée avoir été offerte par Napoléon à Joachim Murat à l’occas
Cette sélection d’objets précieux serait incomplète sans cette tabatière, réputée avoir été offerte par Napoléon à Joachim Murat à l’occasion de son mariage. La tradition familiale relate en outre que l’agate dont elle est ornée, superbement marbrée et translucide à la fois, aurait été trouvée en Égypte, après la célèbre bataille des pyramides, en 1798, où Murat gagna ses galons de général de division. Il est justement représenté en uniforme sur son portrait de profil sculpté dans la calcédoine. Ce camée cerclé d’or est attribué à Saveria de Simoni. Entre 10 000 et 15 000 € seront nécessaires pour s’emparer de ce souvenir historique, portant un numéro d’inventaire des collections des Princes Murat (8,1 x 5 x 2,5 cm).


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Agenda
Le lundi 22 est placé sous l’empire des femmes célèbres, dont les visages sont l’ornement d’un cabaret en porcelaine de Sèvres, complet et inédit. Peint par Marie-Victoire Jaquotot, il a été offert à la comtesse de Ségur par l’impératrice Marie-Louise, en 1812 (autour de 90 000 €). Le sacre de Napoléon Ier a été immortalisé à l’encre, à l’aquarelle et à la gouache par Georges Rouget, assistant principal de David au début de sa carrière (20 000/30 000 €). Les amateurs de Théodore Géricault chercheront à trouver dans sa main droite le secret de son talent. Moulée d’après nature en 1824, elle a été fondue par Quesnel avant 1847. Seuls deux exemplaires sont connus (même estimation). Du portefeuille des « Gazettes étrangères » ayant appartenu au duc de Bassano (autour de 17 500 €), au nécessaire de voyage en forme d’œuf de Martin Lejéas-Carpentier, nommé maire de Dijon en 1800 (environ 5 000 €), en passant par une paire de bas de l’Empereur (8 000/10 000 €), les objets feront entrer dans le quotidien de l’Empire.
lundi 22 mars 2021 - 10:30 - Live
Fontainebleau - 9-11, rue Royale - 77300
Osenat
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