Arts premiers autour du globe

Le 29 avril 2021, par Caroline Legrand

Des artefacts provenant du monde entier nous inviteront au voyage à Lille.

Nouvelle-Zélande, peuple maori. Pendentif hei tiki, en néphrite, les yeux incrustés de fragments d’haliotis, perforation au sommet pour permettre la suspension, h. 9,5 cm.
Estimation : 4 000/8 000 

Pour les Occidentaux, les arts des contrées lointaines découverts lors des explorations parurent déconcertants, notamment pour le capitaine Cook lors de sa rencontre avec des Maoris parés d’un bijou, appelé hei tiki. Le plus souvent réalisé en néphrite (pounamu en maori), il figure un être humain (tiki) au repos, les jambes repliées sous lui, les bras appuyés sur ses cuisses et la tête penchée. Un sculpteur de jade le décrit ainsi : « Les épaules sont larges pour montrer qu’émotionnellement il peut porter beaucoup de choses. Les mains sur les hanches symbolisent le moment où l’on s’étire après le travail en observant tout ce que nous avons pu accomplir, satisfait et heureux ; c’est souvent le sens de cette position. » Concernant le continent africain, depuis la conquête du plateau de Bandiagara en 1893, en pays dogon, par le commandant Archinard, l’intérêt pour cet art ne s’est jamais démenti. Les styles correspondent à des zones géographiques, comme celle de Bombou-Toro, au centre de la falaise sud. Une statue féminine assise et portant un enfant sur le dos, en bois, haute de 64 cm, y a été acquise dans les années 1950 : elle est aujourd’hui prisée autour de 5 000 €. En traversant l’Atlantique, les conquistadors rencontrent des civilisations amérindiennes, comme celle de la culture Verguas, établie aux frontières du Costa Rica et du Panama (700-1500 apr. J.-C.), dont témoigne un pendentif en or d’un aigle-harpie (1 800 €). Traversant cette fois l’océan Pacifique, on aborde les côtes de la Chine ; de l’époque Sui (581-618), on retient un bouddha en calcaire attendu autour de 10 000 €.

Storck, peintre amstellodamois du siècle d’or

Le 29 avril 2021, par Caroline Legrand

Toute l’animation du port d’Amsterdam en plein essor est ici parfaitement restituée, l’artiste du XVIIe ne négligeant pas pour autant le rendu de l’atmosphère ouatée du ciel et de l’eau.

Jacobus Storck (1641-vers 1692), Vue du port d’Amsterdam : l’Ij près du Pont Neuf, huile sur toile, 81 108 cm.
Estimation : 45 000/50 000 €

À la signature du traité d’Utrecht en 1579, les provinces du Nord se fédèrent en république des Provinces-Unies ; c’est le début d’une période connue sous l’expression d’« âge d’or ». Amsterdam prend le pas sur Anvers ; son port attire le commerce du monde entier, apportant une richesse considérable. Les bourgeois décorent leurs demeures d’œuvres d’art, se font portraiturer et commandent aux artistes des tableaux de conception nouvelle : des marines, des paysages et ce que l’on appellera la peinture de genre. Jacobus Storck est né – et mort – à Amsterdam. Selon le registre artistique, il est le deuxième fils d’un peintre de marines, Jan Jansz Sturck ou Johannes Storck (1603-1673), et le frère aîné d’Abraham Storck. L’activité du port lui offre de multiples sujets de tableaux, et il brosse souvent plusieurs vues d’un même quartier ou d’un bâtiment central. Cette toile illustre parfaitement l’art de son époque qui privilégie des cieux nuageux, laissant transparaître une lumière dorée. Tout en respectant une vérité topographique, Storck représente l’activité navale et commerciale près du nouveau pont ; à gauche, on voit le Paalhuis, bureau des impôts construit à mi-chemin dans l’Ij afin que les skippers puissent facilement payer les frais de port dus. Au fond, à droite, se détache la Haringpakkerstoren, tour dans laquelle étaient préparés les harengs, construite au début du XVIIe siècle et démolie en 1829. Plusieurs péniches, une barque et le bateau de l’Amirauté affichant le pavillon néerlandais voguent sur ce lac d’eau douce inscrit dans la ville. Le panorama actuel n’est plus le même. Le quai longeant la Damrak évoque le paysage tel que les passants se pressant sur le Pont Neuf pouvaient le voir alors. L’estuaire de l’Amstel a été réaménagé au cours des siècles suivants, avec de nouvelles écluses et des quais pour les docks et les entrepôts. Cette œuvre nous plonge en plein dans l’âge d’or, tant en peinture qu’en témoignage de la puissance commerciale, mais aussi morale avec la tolérance religieuse de la nouvelle république, épicentre d’un monde nouveau ouvert à tous les horizons.

Agenda
En première partie, on s'intéresse aux arts des contrées lointaines. Réalisée en Inde à l'époque Pala, XIIe siècle, un fragment de stèle en pierre noire représente Vishnou debout à quatre bras, tenant ses attributs (la massue, le disque, la conque et le lotus), flanqué de deux apsaras près de la mandorle (8 000/10 000 €). On remarque aussi un pendentif hei tiki maori, celui-ci en néphrite et aux yeux incrustés de fragments d'haliotis (4 000/8 000 € - Voir Gazette n° 17, page 96). Lors de la seconde, honneur aux objets d'art comme une pendule squelette début XIXe en bronze doré et émail, au cadran signé « Galle rue Vivienne à Paris » (8 000/12 000 €), ou un autel miniature à âme en bois orné de glaces et verre polychrome, Venise, fin XVIIIe (6 000/10 000 €). On admirera ensuite, grâce au peintre hollandais du XVIIe Jacobus Storck, une Vue du port d'Amsterdam : l'Ij près du Pont Neuf (45 000/50 000 € - Voir Gazette n° 17, page 98). Une huile sur panneau attribuée à Louis de Caullery (vers 1565-1622), Feu d’artifice lors de l’entrée de l’Isabella Clara Eugenia d’Espagne et de l’archiduc Albrecht VII d’Autriche à Anvers en 1595 (75 x 107 cm), pourrait nécessiter 15 000/20 000 €. Le trajet d’Albert et Isabelle atteint les trois kilomètres et demi. La joyeuse entrée commença en début d'après-midi pour n'arriver au palais qu’à la nuit tombée ou dans la nuit avancée, ce qui permit aux témoins de l'événement d’admirer les illuminations des artificiers.
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