Un jeu de (dé)construction par Ettore Sottsass

Le 25 mars 2021, par Sophie Reyssat

D’Ettore Sottsass à Vincent Dubourg, l’avant-garde du design réinvente le mobilier.

Ettore Sottsass (1917-2007), cabinet n° 50, huit caissons géométriques en bois laqué ou placage de bouleau naturel et teinté, formant composition architecturale en porte-à-faux et reposant sur une base en bois laqué noir, éditeur Mourmans Gallery, vers 2003, 169 x 160 x 40 cm.
Estimation : 40 000/50 000 €

«Un processus intellectuel créatif, pluridisciplinaire et humaniste, dont le but est de traiter et d’apporter des solutions aux problématiques de tous les jours, petites et grandes, liées aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux», telle est la définition du design selon l’Agence française des designers (AFD). Ettore Sottsass coche à coup sûr la plupart de ces cases. De 1947 à sa mort, ses créations ont en effet pris des formes multiples, à la fois novatrices et iconoclastes. En témoigne ce meuble bibliothèque, emblématique de sa liberté d’esprit, qui n’a été édité qu’à six exemplaires, en 2003. Architecte de formation, Sottsass s’est plu à le déconstruire, pour recombiner des rectangles colorés servant de rangements. Le fonctionnalisme du meuble n’a pas disparu, mais il a été revu et corrigé avec humour par ce cofondateur du groupe Memphis, créé en 1981 pour renouveler l’esthétique contemporaine. Tel est alors son credo provocateur : «Le futur ne commence que lorsque le passé a été complètement démantelé, quand sa logique a été réduite en poussière et qu’il n’en reste plus que la nostalgie.» Sur cette base, il entend apporter de la joie avec ses créations insolites et son esprit impertinent, qu’il a déployé dans toutes ses activités d’architecte, de designer industriel, de céramiste, de photographe, d’essayiste et de théoricien. Entre architecture et sculpture, nature et culture, Vincent Dubourg se place lui aussi à l’avant-garde du design avec sa commode titrée Souffle d’un désert. Son impérieuse puissance parvient à déstructurer le meuble, dont les plaques de bronze poli semblent prendre leur envol. Il faudra prévoir quelque 25 000 € pour cette pièce inventive, éditée à huit exemplaires assortis de quatre épreuves d’artiste, illustrant l’univers atypique d’un créateur rarement représenté en ventes publiques.

Agenda

Plus de 180 pièces de design sont au programme le mardi 30. Les années 1900 mettront la nature et la femme à l’honneur, avec un vase cornet d’Émile Gallé orné de fleurs jaunes poétiquement appelées cœurs de Marie (12 000/15 000 €), et un surtout de table en marbre de René Lalique, agrémenté de corps entrelacés en argent (15 000/20 000 €). À l’opposé d’une telle exubérance, un fauteuil de Pierre Guariche, édité vers 1959 et dont on ne connaît qu’un seul exemple à ce jour, proposera son « calice » de drap de laine, porté par un piétement tubulaire en métal (autour de 12 500 €). Ses lignes trouveront leur écho dans le dessin abstrait d’une tapisserie tissée à Aubusson par l'Atelier Pierre Legoueix, vers 1965, et titrée Vent debout (autour de 10 000 €). La couleur s’invitera également sur les caissons du cabinet n° 50 créé par Ettore Sottsass vers 2003 (40 000/50 000 €).

mardi 30 mars 2021 - 02:30 - Live
Neuilly-sur-Seine - Hôtel des ventes, 164 bis, avenue Charles-de-Gaulle - 92200
Aguttes
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