Une peinture sculpturale par Noël Coypel

Le 12 mai 2021, par Caroline Legrand

Premier membre de la célèbre dynastie Coypel, Noël fut un artiste majeur de l’époque Louis XIV. Tobie et l’ange met en lumière son art, important chaînon entre Poussin et Le Brun.

Noël Coypel (1628-1707), Tobie et l’ange, huile sur toile, 113,5 152 cm.
Estimation : 15 000/20 000 

L’archange Raphaël indique à son ami Tobie la présence d’un étrange et menaçant poisson. Ce moment est crucial dans l’histoire de ce pieux israélite, rapportée dans l’Ancien Testament. En effet, après l’avoir tué, il tirera des entrailles de l'animal un remède qui guérira son père Tobit de la cécité, et libérera Sara – sa future femme voyant chacun de ses prétendants mourir – de la malédiction. Devoir et épreuve imposés par Dieu, ce voyage de Tobie et de l’ange est un épisode très apprécié des artistes du XVIIe siècle, qu’ils soient italiens ou français. Noël Coypel développe cette scène sur une largeur de 152 cm ; les deux protagonistes accaparent le premier plan, tournés vers le poisson, un paysage réaliste occupant le fond de la toile. Raphaël, tout de blanc vêtu, déploie ses ailes et semble porté vers l’avant par un mouvement divin afin d’apporter son aide à Tobie. Ce dernier, accroupi au sol, exprime son émoi – un mélange de peur et de surprise – tant par l’attitude de son corps que par l’expression de son visage. Noël Coypel offre une composition parfaitement maîtrisée, très vivante et juste. Non seulement il démontre tout son savoir dans la manière classique, mais il innove aussi en choisissant de traiter de manière très sculpturale ses personnages. Rien d’étonnant quand on connaît la carrière prestigieuse de Noël Coypel… Passé par l’atelier de Noël Quillerier, il est employé dès ses 18 ans dans des chantiers de décoration, notamment auprès de Charles Errard pour l’oratoire et la chambre du roi au Louvre. Durant des décennies, il participera aux commandes royales, notamment aux Tuileries et à Fontainebleau. Nommé en 1672 directeur de l’Académie de France à Rome, il devient celui de l’Académie royale de peinture en 1695, tout en poursuivant les grandes commandes, comme le maître-autel de l’église des Invalides. Il meurt en 1707, la veille de Noël, date de son anniversaire, et est enterré à Saint-Germain-l’Auxerrois.

Agenda
Les collectionneurs de tableaux anciens se retrouveront à Tours pour se disputer à hauteur de 15 000/20 000 € une grande huile sur toile de Noël Coypel (1628-1707), Tobie et l'ange, belle composition mettant en avant le style classique de l'artiste, mais aussi son talent dans la création de figures sculpturales et expressives (voir Gazette n° 19, page 100). À ses côtés aux cimaises se déroulera La Bataille des Amazones sous le pinceau d'un artiste de l'école flamande du XVIIe, suiveur de Rubens (4 000/6 000 €), non loin de Navires sur une mer agitée de Théodore Gudin (même estimation). Notons par ailleurs la présence d'une plaque chinoise rectangulaire du XVIIIe ou XIXe siècle en porcelaine polychrome, à décor de dix-huit luohans au bord d'une rivière tumultueuse et d'un paysage rocailleux arboré de grands pins, un dragon en haut à droite. Provenant de la succession de M. Arnold-Jacques-Antoine Vissière (1858-1930), sinologue et consul général à Shanghaï puis ministre plénipotentiaire en Chine, cette pièce est revendue sur réitération des enchères et évaluée à 8 000/10 000 €. 
samedi 22 mai 2021 - 14:00 - Live
Hôtel des Ventes Giraudeau - 246-248, rue Giraudeau - Hôtel des Ventes Giraudeau 246-248, rue Giraudeau - 37000
Hôtel des ventes Giraudeau
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