Vu Cao Dam, une femme à son balcon

Le 25 juin 2020, par Philippe Dufour

Une paire de peintures évoque l’art délicat de Vu Cao Dam. Exaltant une fois de plus la figure de la femme, elle forme un diptyque illustrant les heures du jour. Bel exemple de sa production des années 1940, l’ensemble suscitera l’intérêt des collectionneurs internationaux, ceux de son pays natal en tête.

Vu Cao Dam (1908-2000), Jeune Indochinoise accoudée à une balustrade (détail reproduit) et Jeune Indochinoise se coiffant, 1948, paire de peintures verticales, encre et couleurs sur soie marouflée sur carton, la première signée et datée, 73,8 34,3 cm (sans cadre).
Estimation : 50 000/80 000 €

En partie dissimulée derrière un paravent, une jeune femme peigne ses longs cheveux noirs, s’étudiant peut-être dans un miroir, accroché au revers du panneau de laque et invisible à nos yeux. Une autre –peut-être est-ce la même –, saisie à un moment différent de la journée, observe l’agitation de la rue, appuyée à la balustrade de son balcon et habillée de l’étroite tunique fendue, l’ao dai ; sur sa tête bien coiffée se dessine le turban tonkinois traditionnel… Ainsi peut-on imaginer comment débute, autour de 1940, la journée d’une élégante à Hanoï, avant de quitter son intérieur pour visiter temples et boutiques. À l’époque de l’Indochine française, la grande cité du Nord est la capitale du Tonkin ou Viet Bac («Nord-Vietnam»). Ses familles de lettrés et de notables tirent un grand orgueil de sa qualité d’ancienne capitale, qui a brillé sous la dynastie des Tran (1225-1400) et a été depuis supplantée par la cour des Nguyen à Hué. C’est aussi la ville que l’administration coloniale a choisi pour établir la fameuse École supérieure des beaux-arts, à l’origine de tant de talents, parmi lesquels l’auteur de nos deux scènes : Vu Cao Dam. Bien qu’ayant quitté sa terre natale en 1931, pour n’y plus revenir, le peintre élira comme modèle définitif a femme vietnamienne, qu’elle soit à sa toilette, plongée dans ses pensées ou apprêtée pour la promenade. Magnifiée toujours, comme dans ces deux compositions verticales aux subtils chromatismes, des contrastes complémentaires d’orange et de bleu pour l’une, des camaïeux de gris et de beige pour l’autre.
De la sculpture à la peinture
L’œuvre peinte de Vu Cao Dam, empreinte d’une infinie délicatesse, fait parfois oublier qu’à ses débuts il s’est affirmé en tant que sculpteur d’une rare puissance. C’est en 1926 qu’il entre dans la prestigieuse école, remarqué et soutenu par son directeur et fondateur Victor Tardieu (1870-1937) ; le jeune homme, issu comme beaucoup d’élèves de la bourgeoisie locale, devient alors l’un des deux premiers étudiants de la section sculpture. Il se spécialise dans la réalisation des bustes, d’abord modelés puis coulés dans des fontes de bronze, prenant pour modèles les membres de son entourage, ou encore des types populaires vietnamiens. Au terme de son cursus de cinq années, Vu Cao Dam va bénéficier d’une bourse pour poursuivre ses études à Paris, où il participe à l’Exposition coloniale de 1931. Mais il faut attendre la Seconde Guerre mondiale pour qu’il se mette vraiment à peindre… en raison de la pénurie de métal, réquisitionné par l’occupant allemand. Autre grand changement dans sa vie : il s’installe définitivement dans le Midi, en 1949, avec femme et enfants, dans la villa Les Heures claires, à Saint-Paul-de-Vence. Débute alors une période de reconnaissance et de succès, auxquels les galeries méridionales ne sont pas étrangères, notamment celle de Paul Hervieu à Nice et celle des Amis des arts à Aix-en-Provence... C’est peut-être dans l’une d’entre elles que la famille de leur dernier propriétaire, établie dans cette même région, a pu acquérir nos sereines scènes de genre vietnamiennes.

vendredi 03 juillet 2020 - 14:00 - Live
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