Le bouillon montmartrois en 1908

Le 09 juillet 2020, par Agathe Albi-Gervy

La jeune peintre Émilie Charmy est ici immortalisée par son confrère, le Montmartrois Pierre-Paul Girieud. Nous sommes en 1908, dans un Montmartre en pleine effervescence, entre fauvisme et expressionnisme.

Pierre-Paul Girieud (1876-1948), Portrait d’Émilie Charmy, huile sur carton, 1908, 105 76 cm.
Estimation : 40 000/50 000 

« L’expression du caractère dans une ligne décorative ». C’est ce que Pierre-Paul Girieud indique dans une lettre adressée à son ami Georges Dufrénoy comme étant son centre d’intérêt principal dans l’exécution de ce portrait. Émilie Charmy est ici immortalisée à l’âge de trente ans. Sa propre carrière de peintre est en train de connaître ses premiers grands succès. En avril 1908, son ami Pierre-Paul Girieud la prend pour modèle dans une autre toile, vendue aux enchères par la même maison Karl & Faber en 1999, et aujourd’hui conservée dans les collections du musée Lenbachhaus de Munich. Tandis que la version allemande assoit le modèle sur un siège dont n’est dessinée qu’une ligne courbe cernée de noir, le tout sur un fond monochrome orange, la présente version semble plus naturaliste : les pupilles des yeux sont indiquées, le modelé des épaules, du décolleté et des bras sont davantage conformes à la réalité, et les cernes qui détachent la silhouette d’un fond paysagé indistinct se font moins saillants. Cette toile serait donc postérieure à celle de Munich. Elle semble avoir été particulièrement appréciée d’Émilie Charmy et de sa famille, ayant été conservée dans le cadre intime jusqu’à ce jour. Entre fauvisme et expressionnisme, cette œuvre incarne la maîtrise atteinte par son auteur, alors grande figure du Montmartre effervescent du début de siècle. Exposé par Berthe Weil dès 1901, par Kahnweiler en 1907, Girieud rencontre son ami Kandinsky en 1904. Premier Français à adhérer aux principes de la Nouvelle Association des artistes munichois (NKVM) lors de sa création en 1909 à Munich, il sert alors de lien entre les avant-gardistes parisiens et allemands. Il rencontre Émilie Charmy à l’occasion des expositions collectives qui unissent leurs œuvres, et celles de Matisse, dans la galerie de Berthe Weil près de Pigalle – c’est là même que Charmy rencontre également, en 1906, son futur compagnon Charles Camoin.

Agenda
La vente s'ouvre sur le chapitre consacré à l'art moderne, rythmé par les plus grands noms des avant-gardes européennes : un portrait de la peintre Émilie Charmy se révèle sous le pinceau de son confrère fauve Pierre-Paul Girieud (40 000/50 000 €), lorsque plus loin Max Liebermann peint l'avenue de Tiergarten à Berlin (250 000/350 000 €), tandis que Vassily Kandinsky pose son regard sur des montagnes (200 000/300 000 €) et Gabriele Münter immortalise le petit Gustl Blab (150 000/250 000 €). Du côté des sculptures, notons un bronze d'Henry Moore représentant Deux figures assises contre un mur (120 000/150 000 €). La seconde partie de la vente, consacrée à l'art contemporain, est dominée par deux sculptures d'Eduardo Chillida (l'une à 150 000/200 000 €).
jeudi 16 juillet 2020 - 11:00 ; 14:00 - Live
Karl & Faber - Amiraplatz 3 - 80333
Karl & Faber
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