Une américaine à Paris

Le 24 avril 2019, par Caroline Legrand
Elizabeth Eyre de Lanux (1894-1996), paire de fauteuils, chêne foncé et paille, vers 1929, 70 64 46 cm.
Estimation : 15 000/20 000 

Rare sur le marché, Elizabeth Eyre de Lanux est de plus une artiste totalement hors norme, aux multiples facettes, mais aussi une personnalité du monde parisien et new-yorkais de l’entre-deux-guerres, amie de Picasso, Duchamp, Capa ou Neruda. L’«Amazone de l’art déco» est l’autrice de deux paires de fauteuils bas à structure ajourée, aux montants incurvés en chêne foncé, assises et dossiers garnis en paille, présentés à Marseille. Ce modèle est emblématique des créations de la designer américaine, aux formes robustes et modernistes s’inscrivant dans la pleine période art déco. Alors qu’elle travaille pour le bureau de presse étrangère du Comité sur l’information publique, en 1918, elle rencontre Pierre Combret de Lanux (1887-1955), un écrivain et membre de la haute commission française des États-Unis. Mariés très vite, ils partent pour la France juste après l’armistice. Elizabeth poursuit alors ses études de peinture à Paris, dans les académies Ranson et Colarossi, puis expose ses dessins, portraiturant notamment des célébrités comme l’écrivaine américaine Natalie Clifford Barney, qui deviendra son amante. C’est lors d’un séjour outre-Atlantique, entre septembre 1920 et avril 1922, qu’elle se lance dans la réalisation d’éléments de menuiserie. De retour en France, grâce à un article qu’elle écrit pour le magazine américain Town and Country, elle rencontre Eileen Gray puis la créatrice anglaise Evelyn Wyld, avec laquelle elle partage un atelier à la fin des années 1920. Les deux femmes réaliseront des ensembles décoratifs pour de petits appartements très personnalisés, Wyld créant des tapis et Eyre de Lanux des meubles simples et modernes, utilisant des matériaux précieux, variés et parfois insolites comme le linoléum et le liège, qui furent très appréciés des Français comme des Américains. Elles exposeront ensemble aux Salons des artistes décorateurs et à la première édition de celui de l’Union des artistes modernes en 1930. Elles ouvriront même, deux ans plus tard, à Cannes, une galerie nommée Décor, qui malheureusement fermera ses portes pour cause de crise économique. Abandonnant en 1935 sa carrière de décoratrice, elle consacrera la fin de sa vie aux fresques, à l’écriture, à la photographie, aux rencontres et aux voyages.

mardi 30 avril 2019 - 14:30 - Live
Marseille - 224, rue Paradis - 13006
Maison R&C, Commissaires-Priseurs Associés
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