Les mille et une nuits d’Étienne Dinet

Le 10 décembre 2020, par Claire Papon

Le plus connu des peintres orientalistes français, amoureux de l’Algérie depuis son voyage dans le désert en 1884, donne sa vision du célèbre recueil arabo-persan.

Étienne Dinet (1861-1929), Le Bain des filles du Djenn’s, clair de lune, huile sur toile, 81 65 cm.
Estimation : 180 000/220 000 €

Dès le début du XVIIIe siècle, les histoires inventives et hautes en couleur contées par Shéhérazade pour distraire le sultan Shahryar de son projet funeste – épouser chaque soir une vierge avant de la faire exécuter à l’aube – jouissent en Occident d’un succès considérable, qui se prolongea jusque dans les années 1920. Peint en 1904, notre tableau représente des êtres fantasmagoriques dotés d’ailes et d’une grâce incomparable : les filles du Djenn’s, le roi des esprits magiques, qui peuvent changer le cours de la vie des mortels. Si certains djinns sont pieux et animés de bonnes intentions, d’autres maléfiques, aussi appelés efrits, sont généralement représentés sous des traits effrayants. «Des hauteurs du ciel descendent les filles du sultant des Djenn’s […] qui retirent leurs vêtements de plumes […] L’une des adolescentes est tombée à la renverse, le dos sur le dos de la rivière […] Assise sur un des rochers qui borde l’oued, Aziza […] regarde l’eau qui embrasse les corps et les cuisses», peut-on lire dans Tableaux de la vie arabe sous la plume de Slimane ben Ibrahim en regard d’un tableau de son ami Dinet. Ici aussi, l’artiste met en scène cet instant de volupté dans une oasis en saisissant sur le vif les jeux de ces femmes-enfants. Le site enchanteur éclairé par la lumière des nuits du désert, la beauté des filles du Djenn’s font écho aux Mille et Une Nuits. La palette flamboyante, les reflets satinés de la lune sur la peau des femmes, leurs visages rieurs et leurs gestes théâtraux, la nature verdoyante témoignent de la vision sublimée de cet Orient si cher au peintre.

Panorama (avant-vente)

Preneur d’astres

Le 10 décembre 2020, par Claire Papon

Non signé et non daté, cet astrolabe (proposé en live par Gros & Delettrez, dimanche 13, à 30 000/ 50 000 €) est probablement marocain. Il a vu le jour entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Réalisé en laiton martelé et gravé, muni d’une mère, d’une araignée, de quatre tympans, une alidade, un clou et une clavette (diam. 11,8 cm), il porte une dédicace à la zaouïa de Ouezzane. Connue comme «la ville aux quarante-quatre saints», cette cité du rif occidental a accueilli au XVIIe  Moulay Abdallah Cherif, grand maître du soufisme issu de l’illustre lignée marocaine des Idrissides. De nombreuses villes sont mentionnées sur notre instrument, dont Malaga et Grenade, ainsi que la région du Sind (entre l’Inde et le Pakistan actuel).

Agenda
San surprise, ou presque, la plus haute marche du podium est promise à un tableau d'Étienne Dinet. C'est une toile intitulée Le Bain des filles du Djenn's au clair de lune pour laquelle 180 000/220 000 € sont espérés. Du même, on pourra préférer une œuvre inondée de soleil et à la palette réduite, datée 1888, Midi en juillet à Bou-Saâda, annoncée à 80 000/100 000 €, tandis que 35 000/45 000 € sont demandés d'une Halte de chameliers devant Nazareth, datée 1840, signée Antoine-Alphonse Montfort. Une somme d'altitude semblable, 30 000/50 000 €, est avancée sur un astrolabe maghrébin en laiton martelé et gravé du XIIe siècle. Des œuvres contemporaines, des textiles, des photographies, des manuscrits et des livres, dont un exemplaire en trois volumes des Monuments de l'Égypte et de la Nubie d'après les dessins exécutés sur les lieux… de Champollion le Jeune (Paris, 1845, 15 000/20 000 €) et d'autres issus d'une bibliothèque marocaine, ainsi qu'un ensemble de lampes de mosquée complètent cette sélection.
dimanche 13 décembre 2020 - 03:00 - Live
Etude Gros & Delettrez - 22, rue Drouot - 75009
Gros & Delettrez
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