Zona Maco, phare de l’art en Amérique latine

Le 18 février 2020, par Pierre Naquin et Hugues Cayrade

La 14e édition de la foire mexicaine se déroulait du 5 au 9 février dans la capitale du pays. En dépit du contexte économique difficile, exposants et public de qualité étaient au rendez-vous. Un peu de casse aussi…

Lautario Bianchi (né en 1975), Berghain y el fin de la opacidad como utopia, 2019.

Zona Maco réunissait à Mexico cette année quatre salons en un : outre l’art moderne et contemporain, promu par quelque 120 galeries locales et internationales, les secteurs de la photographie, du design et des antiquités étaient représentés, de même que vingt-six pays, par des exposants venus des Amériques, d’Europe et d’Asie. Malgré des relations tendues avec le voisin états-unien et une situation locale peu enviable – le prix des carburants a fortement augmenté et le peso a atteint son plus bas niveau mi-janvier –, le public n’a pas boudé son plaisir face à une telle diversité. À l’heure du premier bilan, organisateurs et exposants affichent une certaine satisfaction au regard de la fréquentation et des ventes réalisées pendant la foire. Celle-ci aura, par ailleurs, été marquée par l’annonce de l’annulation d’Art Basel Hong Kong, qui devait se tenir du 19 au 21 mars, pour cause de coronavirus (voir l'article Art Basel Hong Kong 2020 n’aura pas lieu de la Gazette n° 6, page 138) et, dans un registre plus léger, par la bévue d’une critique d’art mexicaine qui, le samedi, sur le stand de la galerie OMR (Mexico), a involontairement fait exploser une sculpture en verre de Gabriel Rico, d’une valeur de 19 000 $, en posant dessus une canette de soda. D’aucuns y auront vu un symbole ; d’autres, un porte-bonheur… «La foire s’est bien passée. J’y ai rencontré des conservateurs de musées états-uniens, comme le MoMA, le Lacma, le Guggenheim, ainsi que de plusieurs institutions d’Amérique latine. Pour moi, Zona Maco, c’est un peu l’Art Basel hispanique», commente Mauricio Aguirre, de l’enseigne péruvienne et équatorienne NASA(L), qui parle d’un «public cinq étoiles». «Nous participons à la foire depuis dix ans et nous constatons chaque année un intérêt croissant chez les collectionneurs mexicains», déclare de son côté Claes Nordenhake, de la galerie berlinoise homonyme. «Les nouveaux musées du Mexique appréhendent l’art contemporain d’une manière qui fait du pays un marché vraiment intéressant. Il ne faut pas oublier que son territoire est aussi grand que celui du Japon, et que la population de Mexico City est aussi importante que celle de Tokyo.» Julien Cuisset, de l’enseigne Le Laboratoire, installée dans le quartier de Condesa, va plus loin dans l’analyse : «Je suis satisfait de la participation du public local, constitué de grands et nouveaux collectionneurs, architectes, institutionnels, curateurs, mais moins de celle des administrateurs des musées et des collectionneurs internationaux : ils sont quasi systématiquement canalisés vers les trois plus grandes galeries mexicaines, ce qui a pour conséquence d’atomiser le marché, d’uniformiser les collections, et ne reflète pas la richesse de l’écosystème mexicain.» «C’est le forum d’art le plus international d’Amérique latine, estime pourtant Danielle Goebel, dont la galerie Pablo Goebel Fine Arts, basée à Mexico, est spécialisée en art moderne. Les gens ne comprennent pas toujours très bien l’art contemporain et ils voient dès lors l’art moderne comme une bouffée d’air frais.» «Pour nous, la foire ne s’est pas aussi bien passée que prévu. La situation économique au Mexique est préoccupante et il régnait une certaine incertitude, tempère Mora Bacal, de la Ruth Benzacar Galería, à Buenos Aires. C’était comme s’il y avait plus de conservateurs que de collectionneurs…»
«Semaine stimulante»
«Zona Maco s’est peut-être déroulée un peu plus lentement que les années précédentes, mais nous nous y attendions en raison de la situation générale du pays», remarque également le galeriste danois Nils Stærk, qui participe à la foire mexicaine depuis ses débuts et voit dans son public «un mélange de collectionneurs très qualifiés, de nouveaux acheteurs et de touristes de l’art». «Une semaine stimulante», confie Maria Mones Cazón, de la galerie argentine Isla Flotante. «La fusion des quatre salons a généré plus de visiteurs», remarque Enrique Guerrero, un autre local de l’étape. «Beaucoup de monde, mais pas dans l’art contemporain», regrette le galeriste espagnol Gregorio Cibrián Mendinueta. Giada Brusoni, de l’enseigne milanaise Mimmo Scognamiglio, qui présentait les œuvres textiles d’un artiste américain, n’a, semble-t-il, pas trouvé non plus son public sur la foire mexicaine.
Bonnes affaires
Plus de 200 000 $. C’est en tout cas le chiffre d’affaires réalisé par l’enseigne américaine Sundaram Tagore, qui, pour sa première participation, présentait à Zona Maco des œuvres de Sohan Qadri, Ricardo Mazal, Miya Ando et Chun Kwang Young. Nouvelle venue elle aussi, la galerie Richard Gray, de Chicago, est d’autant plus satisfaite qu’elle a reçu le prix du meilleur stand. «Le soutien de la communauté des conservateurs, collectionneurs et créateurs de Mexico et de sa région s’est manifesté pendant toute la durée de la foire, et nos artistes ont été très bien accueillis», se félicite sa responsable, Valerie Carberry. Rachael Palacios, de Heather Gaudio Fine Art — une enseigne installée à New Canaan, dans le Connecticut —, évoque elle aussi «un résultat à six chiffres» alors que María Rodríguez, de Yusto/Giner (Malaga), admet que son chiffre d’affaires à Zona Maco est «plus important comparé à d’autres salons». «Nous avons vendu les quatre œuvres que nous présentions d’Amaryllis DeJesus Moleski, entre 4 500 et 7 500 $, ainsi que plusieurs pièces de February James dans une gamme de 3 000 à 7 500 $», annonce Nikola Cernetic, de la galerie turinoise Luce. Ilan Karpio, du Projets IK (Lima, Pérou), a, pour sa part, enregistré les ventes de trois sculptures de Gwladys Alonzo, de deux peintures de Regina Parra, d’une œuvre d’Allan Villavicencio et d’une petite installation de Samuel Lasso. «Nous présentions un solo show de Santiago Parra, et toutes les œuvres se sont vendues auprès de collectionneurs américains et mexicains», indique le marchand londonien Jean-David Malat. Satisfaction encore du côté de la galerie Lisson (Londres et New York), qui donnait notamment à voir des œuvres de Spencer Finch, Ryan Gander, Hugh Hayden, Jason Martin, Laure Prouvost ou Pedro Reyes, et présente parallèlement les nouvelles sculptures de Richard Long à la Cuadra San Cristóbal, de l’architecte coloriste Luis Barragán. Le million de dollars était en vue à la fin de la semaine.
Promesses de ventes…
«L’installation multimédia expérimentale du sculpteur Juan Betancurth et de l’artiste sonore Daniel Neumann a reçu une réponse très positive du grand public et des conservateurs», s’enthousiasme la galeriste new-yorkaise Iliya Fridman, venue à Zona Maco dans une logique plus promotionnelle que commerciale. «Les peintures d’Otto Zitko et de Secundino Hernández ont toujours du succès ici», assure Pablo Flórez, de la madrilène Heinrich Ehrhardt, sans pour autant fournir de chiffre, tandis que Nick Olney, de l’enseigne new-yorkaise Kasmin, reconnaît avoir bien vendu, avec le sculpteur Alma Allen, installé près de Mexico, et Bosco Sodi, qui travaille entre New York et Oaxaca. Satisfait des contacts pris cette année avec d’importants collectionneurs de Guadalajara, Timothy Hawkinson, de l’enseigne Marc Straus (New York), explique : «Zona Maco est une foire qui a toujours généré d’importantes ventes après coup.» Ce que confirme l’Italienne Giorgia Lucchi Boccanera : «Si toutes les promesses se confirment en transactions, je dirais que les ventes ont été très bonnes.» «Je m’attends à plus de résultats après le salon», avoue également Enrique Rivero Lake, établi à Mexico City. L’art contemporain hispanique sera de nouveau à l’honneur à Madrid à la fin du mois avec ARCO.

sur le Web
zsonamaco.com
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