Zona Maco, la quinzaine heureuse

Le 15 février 2018, par La Gazette Drouot

La foire mexicaine d’art contemporain, clôturait récemment sa quinzième édition. Principal rendez-vous du marché d’Amérique latine, elle avait mis au programme la qualité et l’enthousiasme.

Zona Maco México Arte Contemporáneo 2017.
PHOTO MAURICIO AGUILAR

Comme les années passent vite ! Zona Maco, la foire au logo en forme de tête de mort colorée, célébrait ses 15 printemps. Et les organisateurs à commencer par Zélika García, la fondatrice et directrice historique avaient mis pour l’occasion les petits plats dans les grands : sélection renforcée, savant équilibre entre galeries AAA et acteurs locaux, collectionneurs en nombre et ambiance festive. Côté chiffres, vingt-sept pays étaient représentés, l’événement attirait 60 000 visiteurs et s’accompagnait de la 8e édition de Zona Maco Diseño, une foire dans la foire consacrée au design. Sous la houlette de Cecilia León de la Barra, cette dernière réunissait trente-sept exposants. Pour cette édition 2018, pas moins de 170 galeries investissaient le hall D du centre Citibanamex (du nom de la grande banque américaine)… Mais, comme chaque année, c’est bien dans la section New Proposals une nouvelle fois supervisée par Humberto Moro que l’on faisait les vraies découvertes. «Rien n’est impossible à montrer sur Zona Maco», confiait le commissaire, décrivant bien l’état d’esprit du programme. L’espace laisse donc sa chance aux artistes très jeunes ou sous-représentés. Onze des vingt-six galeries de New Proposal étaient mexicaines et sept de celles-ci jouaient complètement à domicile. L’Europe était également très bien représentée avec notamment deux espaces parisiens Maëlle Galerie et la galerie du Palace. Les sculptures en cuir et ciment de Paolo Peroni rencontraient beaucoup de succès sur le stand de Raffaella De Chirico, venue de Turin ; tout comme la magnifique autant que rustique corde en coton imbibée de cyanotype de Simone Scardino (Summer Solstice, 2016). Efrain Lopez, sur le stand de sa galerie de Chicago, présentait les œuvres d’Henry Chapman, Amalie Jakobsen et Anuar Maauad. Il était aux anges : «Je suis ravi. Les ventes ont été fortes. Nous avons placé la plupart de nos œuvres d’Anuar Maauad et d’Amalie Jakobsen dans des collections locales. Je pense que la foire a fait un excellent travail en attirant aussi bien les collectionneurs locaux qu’étrangers. Nous reviendrons sans aucun doute l’année prochaine.»
Bonne ambiance et nombreux contacts
Les grosses pointures ont également su tirer leur épingle du jeu. Sean Kelly de la galerie new-yorkaise du même nom  a trouvé «l’ambiance excellente». «C’était notre seconde participation à la foire. Notre activité était déjà fortement en hausse par rapport à l’année dernière. Nous avons vendu plusieurs œuvres de Jose Dávila et de Sam Moyer.» Et d’ajouter : «J’ai surtout été surpris par le nombre et la qualité des nouveaux contacts que nous avons noués. C’était un plaisir de participer à un événement où les gens sont si accueillants, l’ambiance si bonne et le public si cultivé.» Les affaires étaient bonnes également pour les marchands locaux. Kurimanzutto, une galerie basée à Mexico, initialement fondée dans les années 1990 à New York en tant qu’espace d’exposition nomade, a retenu l’attention de la presse et du public grâce notamment à l’approche sociale et communautaire prise par la galerie. La pièce maîtresse était signée Damián Ortega : une collection de cent cubes uniques, en céramique, peints à la main. Chaque cube de l’artiste mexicain était vendu au prix de 500 $, et l’intégralité des profits ont été reversés à Cooperación Comunitaria, une fondation qui aide les familles rurales mexicaines. Cet argent devrait servir à la construction de cent maisons à Oaxaca, pour aider les victimes du récent tremblement de terre. La galerie Kurimanzutto a par ailleurs reçu le prix Tequila 1800 Colección. Julia Villaseñor est ravie : «Les cubes de Damián Ortega ont été accueillis avec beaucoup d’enthousiasme par le public. Nous en avons vendu environ les trois quarts à ce jour et nous pensons qu’ils seront tous épuisés d’ici la fin de la semaine.»
Liberté créative
De manière générale, les exposants locaux sont heureux de retrouver année après année de nouveaux acheteurs sur la foire. C’est le cas de Céline Benoiste, de la galerie Curro, à Zapopan, dans le centre du Mexique : «Nous avons vendu aussi bien auprès de collectionneurs que nous connaissions déjà que de nouveaux amateurs internationaux et mexicains. Nous allons continuer de travailler ces contacts toute l’année.» Dans l’ensemble, et malgré certains esprits chagrins, tous les exposants interrogés étaient enthousiastes quant à leur participation, avec, pour tout le monde, de belles ventes à la clé. Mais, au-delà de l’aspect marchand, ce qui ressort de cette édition anniversaire, c’est le sentiment de légèreté et de liberté créative qui régnait sur la manifestation. Rien de ce qui est exposé n’est incongru, déplacé ou inintéressant. Tous les exposants avaient fait l’effort de présenter des pièces singulières et alléchantes. L’organisation et sa sélection est, de ce point de vue, à saluer. Avoir réussi à attirer en nombre de grands collectionneurs internationaux prouve bien que la création, l’expérimentation et le marché peuvent cohabiter. La «marque» a également su étoffer son offre. En plus d’une section design, elle a développé deux nouveaux rendez-vous depuis, respectivement, 2014 et 2015 : un salon d’antiquités et un salon de photographie organisés tous deux en septembre. Zona Maco est donc une belle réussite, qui fait
désormais de Mexico une destination artistique de premier plan.

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