Velázquez en examen à Orléans

Le 31 août 2021, par Christophe Averty

Un tableau provenant d’une collection privée ressurgit au cœur de l’exposition orléanaise consacrée à l’artiste du Siècle d’or. Sur les traces sévillanes du Saint Thomas de Velázquez.

Diego Velázquez (1599-1660), Saint Simon, collection particulière. 
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Le musée des beaux-arts d’Orléans tient d’un tribunal d’exception. Mais ici, point de crime ni d’accusé. Le commissaire n’emprisonne pas le suspect mais le libère. Et loin d’une sanction, la sentence des juges, replaçant les faits dans leur réalité et leur contexte, ne vient qu’appuyer une hypothèse. Ici, collectionneurs intuitifs et historiens de l’art perspicaces mènent l’enquête, à l’instar de fins limiers. Telle est la démarche qu’embrasse et cultive, au fil de ses expositions, le musée dirigé par Olivia Voisin. « Les recherches historiques et scientifiques comme les comparaisons et déductions qui sous-tendent la présentation d’une œuvre au public sont autant d’étapes, la plupart du temps invisibles aux visiteurs. Or, ce travail en coulisses qui constitue le sel de notre métier est aussi, révélé au grand jour, un moyen souverain pour entrer dans une œuvre, éclairer un pan méconnu de la vie d’un artiste et dévoiler les découvertes qu’elle aura suscitées. Il serait égoïste de garder tout cela pour soi », confie la directrice. Ainsi en 2017, le musée proposait-il la première rétrospective consacrée au pastelliste Jean-Baptiste Perronneau (1715-1783). En 2019, « Et in arcadia… » retraçait le destin des sculptures conservées dans les réserves du musée. Puis, en 2020, la découverte d’un ensemble de dessins de l’Orléanais Jean-Marie Delaperche (1771-1843) révélait toute une famille d’artistes et son histoire. Aujourd’hui, l’exposition « Sur les traces du Saint Thomas de Velázquez » offre de nouveaux rebondissements. Point de départ : le séjour peu connu du peintre dans la florissante Séville, premier port européen tourné vers l’Amérique. Velázquez a alors 20 ans et, comme ses aînés, se plie à l’exercice de l’apostolado – la représentation des apôtres du Christ. Des quatorze toiles réalisées seules, croyait-on, en subsistent trois, réunies dans l’exposition : Saint Thomas, identifié en 1920 par Roberto Longhi, conservé au musée, une tête d’apôtre provenant du Prado, et un Saint Paul du musée de Barcelone. En contrepoint, les commissaires Guillaume Kientz et Corentin Dury ont réuni les aînés et maîtres de Velázquez tels Francisco Pacheco (Cárcel dorada), Jusepe de Ribera (Saint Jacques le Majeur) ou encore Luis Tristán (Saint Mathias). Ainsi mesure-t-on les emprunts, influences et fulgurances de l’artiste que l’on peut comparer au traitement de ses pairs, de Gérard Seghers (Saint Pierre pénitent) à Jacques Callot (Le Martyre des apôtres). Quant aux toiles de la main du maître, leur étude infrarouge – également présentée – dissèque touche, pigments, emplois et technique du peintre. Mais soudain, un élément nouveau est venu nourrir l’enquête, prolongeant l’histoire de Velázquez à Séville. Un Saint Simon, en mains privées, acquis sur le marché londonien dans les années 1990, est signalé aux commissaires. De mêmes proportion, posture et facture que les autres portraits d’apôtres, la toile, études pigmentaires et radiographies probantes à l’appui, a rejoint in extremis les trois chefs-d’œuvre, et suscité de la part de Guillaume Kientz une publication scientifique destinée à établir l’attribution de ce Saint Simon à Velázquez ou à son atelier. Bien que les découvertes ne soient jamais prévisibles, l’esprit qui les conduit semble bel et bien constituer, au musée orléanais, une « marque de fabrique » pour éclairer l’histoire et mieux la partager.

« Dans la poussière de Séville. Sur les traces du Saint Thomas de Velázquez »,
musée des beaux-arts, place Sainte-Croix, Orléans (45), tél. 
: 02 38 79 21 86,
Jusqu’au 14 novembre 2021.
www.orleans-metropole.fr 
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