Vanitas, omnia vanitas…

Le 20 octobre 2017, par Sylvain Alliod

Une table, quelques fruits, un coquillage brisé, la transparence d’un verre, il n’en faut pas plus pour exprimer la brièveté de la vie ou l’immortalité.

Attribué à Jan Jansz de Heem (1650-1695), Nature morte aux citron, grenade, verre et nautile, huile sur panneau parqueté, 56 x 83 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €

Cette composition a été attribuée à Jan Jansz de Heem en 1990 par l’historien d’art et professeur suédois Ingvar Bergström. On doit à ce spécialiste un ouvrage de référence sur la peinture de natures mortes hollandaises du XVIIe siècle. Il est notamment à l’origine du classement des vanités en trois groupes. La première concerne celles évoquant les biens terrestres et leurs plaisirs : objets précieux, armes, nourritures, jeux, instruments de musique… La seconde fait allusion au caractère transitoire de la vie humaine et compte par conséquent, entre autres, les crânes, instruments de mesure du temps, moyens d’éclairage, fleurs et fruits en décomposition. Enfin, la dernière renvoie aux symboles de résurrection et de vie éternelle. Et de cette troisième, il en est question dans notre panneau avec la grenade qui symbolise la résurrection du Christ, et donc l’immortalité. Par sa forme ronde, elle est également l’image de l’éternité, et par la multiplicité de ses grains, elle figure les perfections divines. Ouverte, elle est la charité chrétienne pour tous les hommes ou encore l’image des chrétiens réunis dans la communauté de l’Église. Incarnation de la chasteté, elle s’oppose à l’abricot qui représente la sexualité… mais aussi la Sainte-Trinité. De quoi en perdre son latin ! À moins que la branche chargée de fruits qui côtoie le raisin ne porte des pêches. Laissons alors la parole à Olivier Le Bihan : «La branche de pêcher, confondue avec le “Persea” que les anciens Égyptiens dédiaient à Osiris emprunte à Plutarque sa valeur moderne d’hiéroglyphe de Vérité. Elle fait allusion au discours que le Christ adresse aux apôtres après la Cène quand il proclame “je suis la vraie vigne et mon père est le vigneron” (Jean, 15, 1). En se rapportant au calice, les pêches prêtent à la formule proverbiale : “In vino veritas”». Le peintre qui a exécuté notre tableau a-t-il poussé la métaphore aussi loin ? Jan Jansz de Heem est l’un des fils  issus du second mariage  d’un peintre anversois de natures mortes et de fleurs réputé, Jan Davidsz de Heem. Il fut bien entendu formé dans l’atelier de son père et il l’aurait secondé au début de sa carrière. Avant de partir s’établir à Londres, sans doute après 1684, où il remporta lui aussi un vif succès. Comme son père, il a peint des compositions savamment agencées, sujettes à de multiples interprétations. Le panneau qui nous intéresse se remarque par sa relative sobriété, sans orfèvrerie ostentatoire ou riches étoffes brodées. Une simple table de bois à peine voilée accueille un nautile  précieux objet de collection brisé  et permet à un citron à moitié pelé de dérouler sa peau. Symbole de l’écoulement du temps…

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