Une redécouverte étonnante et instructive

Le 08 novembre 2018, par Caroline Legrand

Des fruits à profusion… Cette toile de François Desportes et de son atelier, jusqu’ici seulement connue par une étude et une réplique postérieure, pourrait exciter bien des appétits. La table est mise !

François Desportes et son atelier (1661-1743), Nature morte au surtout garni de fruits, toile signée et datée «Desportes 1728», 94,5 x 79 cm.
Estimation : 8 000/12 000 €

Toute une histoire ! Figurant dans un inventaire de 1975-1977 du château de Villeprévost, dans l’Eure-et-Loir, ce tableau est depuis resté, par descendance, dans la famille. Si le marché le découvre aujourd’hui, il est déjà connu, pour partie, au travers d’une étude de François Desportes, conservée à la manufacture nationale de Sèvres. Celle-ci serait préparatoire à une œuvre aujourd’hui disparue, mais copiée, avec des variantes, par l’un de ses élèves, son neveu Nicolas Desportes dans une toile aujourd’hui conservée en mains privées. Bien que cette peinture soit de plus grand format que la nôtre, elle présente néanmoins, selon les experts, un aspect plus raide, qui pousserait ici à une attribution au maître en personne, notamment pour les pièces d’orfèvrerie et les porcelaines, mais aussi à son atelier dans lequel exerçaient alors ses principaux élèves, notamment son fils Claude-François (1695-1774)  qui reprendra son atelier de la galerie du Louvre à sa mort, en 1743  et son neveu Nicolas (1718-1787), le fils en secondes noces de son jeune frère Jean. En 1728, François Desportes est à la tête d’un important atelier, capable d’absorber les nombreuses commandes tant royales que privées. Le jeune garçon, débarqué à Paris de ses Ardennes natales à l’âge de 12 ans, a fait bien du chemin.

Incroyable empilement
C’est son oncle, Hugues, alors marchand de bois dans le faubourg Saint-Antoine, qui le premier lui remet des crayons entre les mains. Il le place ensuite, en 1676, chez un peintre de sa connaissance, Nicasius Bernaerts (1620-1678), un Flamand, élève de Frans Snyders, vivant dans le quartier du faubourg Saint-Germain, entouré d’artistes de même origine. Un passage forcément fondateur pour Desportes, qui goûte alors à la peinture de nature morte et animalière. Mise à part une courte période dédiée au portrait, le peintre vouera sa carrière à ces thématiques. Il choisit un domaine encore à ses balbutiements en France, mais offrant de grandes perspectives ! François Desportes saura lui donner toute sa dimension, grâce à son style alliant avec brio le réalisme flamand et l’esthétique décorative baroque. Si ses chasses et natures mortes de gibier étaient très appréciées du roi, ses natures mortes de fruits trouvèrent également leur clientèle. Il n’est que de voir cet incroyable empilement de plats en porcelaine et d’orfèvrerie contenant force raisins, abricots, pêches ou figues. Les couleurs chaudes des fruits s’opposent aux tons froids de leurs contenants avec virtuosité. S’éloignant du parti pris moralisateur des Flamands, Desportes choisit le plaisir simple de la nature, de sa délectation sensuelle. Il n’hésite pas à mélanger les motifs, animaux et fruits ou, comme ici, des fruits dans un paysage extérieur. Dès les premières années du XVIIIe siècle, en même temps que son ami Blin de Fontenay, Desportes peint des natures mortes de ce type, à la manière des tables dressées en gradins qui ornaient les tapisseries dès le Moyen Âge, dans une impressionnante profusion ostentatoire, aux formats symétriques, verticaux et imposants. L’un des plus beaux exemples en est le Buffet d’orfèvrerie conservé au Metropolitan Museum de New York, dans lequel le motif central du premier étage n’est pas sans rappeler cette toile.

samedi 17 novembre 2018 - 14:15
La Flèche - Hôtel des ventes, 5, rue Pape-Carpantier - 72200
Cyril Duval Enchères
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