Une paire de boîtes en laque d'époque Qianlong pour porte-bonheur

Le 19 novembre 2020, par Sophie Reyssat

En forme de pêche de longévité, cette paire de boîtes multiplie les symboles auspicieux, et témoignent de l’excellence de l’artisanat à l’époque Qianlong.

Chine, époque Qianlong (1736-1795), paire de boîtes en forme de pêches de longévité en laque rouge, noire, verte et jaune, notamment sculptées sur le couvercle d’un caractère chun – printemps  – dans lequel se trouve Shoulao assis avec son cerf sous un pin, diam. 46 46 16,5 cm.
Estimation : 200 000/300 000 €

Cette paire de boîtes fait partie d’un ensemble d’objets chinois acquis au début des années 1960 par un entrepreneur florissant, conseillé par le grand collectionneur René Grog. Il est rare de trouver de tels objets en paire et leur taille est remarquable. Elle permettait sans doute de contenir neuf autres boîtes au modèle, destinées à conserver de petits trésors. On retrouve le même nombre de pêches de longévité et de chauves-souris porte-bonheur sur les côtés des objets, deux motifs volontiers réunis sur les présents célébrant un événement. Le nombre neuf renforce leur puissance évocatrice : cet homophone du mot signifiant « longtemps » est aussi le plus haut nombre à un chiffre, et désigne donc à la fois l’accomplissement et le renouveau. Il est aussi associé à l’empereur. Comme il était d’usage, ces boîtes, qui accueillent deux dragons impériaux à cinq griffes, ont pu être offertes à Qianlong (1736-1795) pour marquer un anniversaire de son long règne et souhaiter prospérité au souverain. Elles sont en effet éminemment symboliques, jusque dans leur forme de pêche. Ce fruit évoque dans la mythologie taoïste les pantao, produits par un arbre qui ne fleurit que tous les mille ans dans le verger de la reine-mère de l’Ouest, Xiwangmu, et dont la consommation rend immortel. À ce titre, les pêches constituent l’un des attributs récurrents du dieu de la longévité Shoulao. Il est représenté avec son cerf sous un pin toujours vert, au cœur du caractère chun signifiant « printemps », sculpté sur les couvercles. Ces « boîtes à trésors de la longévité du printemps », dites chunshou baohe, recèlent d’autres symboles auspicieux réunis dans le panier jubaopani, plein de sapèques, de coraux, de perles et de ruyi, ce champignon réputé médicinal et associé à la quête de l’immortalité. Autant de bienfaits que l’on souhaite éternels, comme le souligne l’emblème bouddhique du nœud sans fin couronnant cette accumulation d’objets précieux. Pour façonner un tel décor dans d’innombrables couches de laque, nécessitant pas moins d’une semaine de séchage entre chaque application, les artisans ont déployé des trésors de patience et de savoir-faire. Comble de sophistication, ils ne se sont pas contentés du rouge habituellement employé, mais ils l’ont associé à des couches sous-jacentes de laque noire, verte et jaune, dévoilées par la profondeur de la sculpture. Un tour de force technique pour des objets rares, dignes de l’empereur.

jeudi 10 décembre 2020 - 14:00 - Live
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