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Une maison pour les artistes

Le 19 avril 2018, par Mikael Zikos

plus Connue sous son acronyme, la Fondation nationale des arts graphiques plastiques, «le plus important dispositif privé d’aide à la production artistique en france», est prête à se réinventer.

Une maison pour les artistes
Emmanuel Van der Meulen (né en 1972), Cielo rettangolare, 2012, technique mixte sur toile, 403 x 198 cm, vue d’exposition à la villa Médicis, Rome, 2012.
Courtesy de l’artiste et galerie Allen, Paris


Nombre d’artistes se sont succédé à l’hôtel Salomon de Rothschild à Paris, à deux pas de la place de l’Étoile. L’art y rayonne même depuis la fin du XIXe siècle. Laurence Maynier, l’actuelle directrice de la Fondation nationale des arts graphiques plastiques (Fnagp) installée dans cet hôtel particulier de style néo-Louis XVI depuis 1976 , connaissait les lieux pour y avoir monté des expositions. Suite à sa nomination, elle y est dans un premier temps revenue avec l’envie de les redécouvrir. «Tout le monde avait connaissance de cette propriété des Rothschild, mais moins de l’incroyable étendue de son histoire.» Depuis 1873, période à laquelle la jeune veuve du baron Salomon de Rothschild (1835-1864) fit ériger cette bâtisse de 3 600 mètres carrés pour s’y installer avec sa fille un chantier de huit années ayant convoqué tous les plus grands artisans de Paris , jusqu’à aujourd’hui, l’identité particulière du domaine est intacte. Hormis la destruction d’une partie de l’ensemble architectural de la folie Beaujon construite à la fin du XVIIIe siècle sur les modèles des ruines antiques , des premières montagnes russes de Paris ayant occupé l’endroit à l’orée du XIXe et de la rotonde où vécut Honoré de Balzac (1799-1850) cédée à la baronne puis démolie et rebâtie à l’identique en 1890 , l’hôtel a en effet survécu au temps qui passe, tout lui en rendant grâce. Livres rares et objets d’art de l’Antiquité au XXe siècle, en provenance d’Europe, du continent asiatique et de l’Iran, forment la collection du baron Salomon de Rothschild, avant-dernier fils du fondateur de la dynastie. Un ensemble initié par lui tout aussi prématurément qu’il mourra une crise cardiaque le terrasse à l’âge de 29 ans , mais qui sera célébré dans un cabinet de curiosités (voir Gazette no 28 du 14 juillet 2017, pp. 116-121) érigé par sa veuve, Adèle (1843-1922). Un petit temple de l’éclectisme, rendu accessible au public depuis l’an dernier. Des premiers prêts pour de grandes expositions organisées à Paris, jusqu’à son important legs de biens aux institutions françaises facultés de droit et de médecine de Paris, Bibliothèque nationale de France, musée du Louvre, etc. , la baronne Adèle de Rothschild a trouvé sa raison d’être dans une passion délibérément tournée vers les arts, tandis que sa fille Hélène voguait de courses automobiles en écriture de romans et de poésie. C’est dans cet élan romantique ultime que naîtra la fondation Salomon de Rothschild, une «maison d’art au profit des artistes vivants», selon la dernière version de son testament.
 

Raphaël Zarka (né en 1977), Cadran solaire no 1 (Ambroise Bachot), 2017, encre sur papier, 61 x 46 cm.
Raphaël Zarka (né en 1977), Cadran solaire no 1 (Ambroise Bachot), 2017, encre sur papier, 61 x 46 cm.Photo : Vincent Everarts/Courtesy de l’artiste et galerie Michel Rein, Paris et Bruxelles


Une affaire de femmes
Le patrimoine même de l’hôtel Salomon de Rothschild bénéficie de la création de la fondation, chapeautée par des figures éminentes : le couturier Jacques Doucet (1853-1929) y installe sa bibliothèque d’art et d’archéologie. À partir des années 1960, d’importantes organisations s’établissement également rue Berryer, à l’instar du Centre national d’art contemporain, qui intégrera plus tard le Centre Pompidou. C’est à ce moment-là que se cristallise le désir du fondateur du Centre, Bernard Anthonioz en charge de la création artistique au ministère des Affaires culturelles sous André Malraux , de mettre sur pied une fondation afin d’administrer non seulement le legs de la baronne, mais aussi les biens immobiliers à Nogent-sur-Marne, Champigny et Paris des sœurs Madeleine Smith-Champion et Jeanne Smith respectivement peintre et amatrice de photographie , dont l’État fut dépositaire en 1944. En hommage à la volonté de ses bienfaitrices de créer «une maison de retraite pour des artistes et des écrivains», les premières années de la Fnagp seront dédiées à l’établissement d’une Maison nationale des artistes (MNA), à Nogent-sur-Marne, pouvant accueillir soixante-quinze personnes. Dans cet Ehpad pas comme les autres, aménagé dans l’une des deux maisons des sœurs Smith  ceinte d’un vaste parc , une programmation culturelle accessible à tous se tient régulièrement. Le peintre Jacques Monory (né en 1924) y fait actuellement l’objet d’un accrochage, et la photographe Laure Albin-Guillot (1879-1962), l’une des premières femmes y ayant résidé, y sera célébrée du 13 septembre au 25 novembre prochain. La Maison concrétise définitivement la vision des trois femmes à l’origine de la Fnagp à partir de l’année 1976, date de la mise en place d’un parc d’ateliers pour tous les artistes, sans critères d’âge ou de nationalité. La Fondation en gère aujourd’hui près d’une centaine, de Nogent jusqu’à Paris. Succédant à Gérard Alaux, son directeur de 2002 à 2016, Laurence Maynier passée par l’École nationale supérieure des beaux-arts, avant d’avoir été notamment en charge du développement culturel de la Cité de la céramique de Sèvres & Limoges est aujourd’hui aux commandes, avec une énergie à la mesure de sa bienveillance et de l’étendue de ses challenges.

 

Jacques Monory (né en 1924), Suppléments/Stop no 1, 1993, huile sur toile et objet, 150 x 160 cm.
Jacques Monory (né en 1924), Suppléments/Stop no 1, 1993, huile sur toile et objet, 150 x 160 cm.Courtesy de l’artiste


Un écosystème d’aide à la création sans équivalent
«Il fallait tout d’abord faire comprendre auprès des artistes et des professionnels de l’art l’articulation singulière de la Fondation», explique Laurence Maynier. L’une de ses spécificités tient à son statut de fondation reconnue d’utilité publique un label créé avec la loi Tepa de 2007 , que sa directrice assure devoir prochainement «réviser», tout comme le nom lui ayant été donné. Ce statut, octroyé suite à une procédure de reconnaissance par l’État, permet notamment à la Fnagp de proposer à ses donateurs de bénéficier d’avantages fiscaux incitatifs en particulier pour ceux assujettis à l’IFI (ex-ISF). Mais c’est surtout son patrimoine qui fait sa grande singularité dans le domaine culturel, et qui permet à la Fondation de financer la création. Ainsi, en sus des revenus de ses ateliers, de dons extérieurs et de legs, d’une aide de l’État, des départements ainsi que des résidents de la MNA pour un total de 3,67 M€ , ses revenus locatifs annuels s’élèvent à eux seuls à près de 2,23 M€. Principalement issues de la présence à l’hôtel Salomon de Rothschild de la Maison des artistes, la plus importante association d’artistes plasticiens en France  à ne pas confondre avec la MNA , de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), de celle des Auteurs dans les arts graphiques et plastiques (Adagp) et de la Société nationale des beaux-arts (SNBA) entre autres, ces finances ont permis de créer deux dispositifs d’aide à la diffusion de l’art et à la production d’œuvres. Conçue comme un centre d’art pour les expressions contemporaines, la photographie et les arts graphiques, la Maison d’art Bernard-Anthonioz (MABA) s’est ouverte dans la deuxième maison des sœurs Smith de Nogent-sur-Marne en 2006, et est depuis une plateforme d’action discrète pour les commissaires d’exposition y étant invités un métier que la Fnagp entend d’ailleurs soutenir financièrement, par une formation dédiée. «À l’avenir, le développement du Grand Paris et des échanges avec les FRAC devrait faire circuler l’art de la Maison», espère Laurence Maynier. La force de la Fondation repose donc sur sa prestigieuse aide à la production d’œuvres d’artistes résidents en France, initiée en 2011 et qui en fait le plus important financeur de ce type dans l’Hexagone. Pour les 500 000 € distribués chaque année environ 15 000 € étant alloués par projet , les dossiers reçus traitant l’image en mouvement ont actuellement la faveur de la commission. Cette dernière est composée de Guillaume Cerutti, président de la Fnagp et par ailleurs directeur général de Christie’s, de deux représentants du ministère de la Culture et de quatre personnalités du monde artistique. Pour Laurence Maynier, «l’examen de ces dossiers est un véritable observatoire de l’art qui se fait aujourd’hui». Les exemples sont nombreux : de Boris Achour (né en 1966) à Pierre Ardouvin (né en 1955), présents aussi bien dans les agendas culturels français et étrangers que sur le marché de l’art, de nombreux artistes ont un jour été soutenus par la Fondation : 279 aides ont été attribuées l’an dernier. «Nous aimerions désormais en exposer les résultats à l’international, précise la directrice, déployer cet esprit humaniste cher à la Fnagp.»

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