Une amitié fidèle

Le 30 septembre 2016, par Caroline Legrand

La préemption par le musée Eugène-Delacroix du portrait de George Sand par le maître en personne donne lieu à un accrochage spécial autour de cette précieuse amitié… Entre deux artistes accomplis et deux personnalités complexes.

Eugène Delacroix (1798-1863), George Sand habillée en homme, 1834 huile sur bois, 26 x 21,5 cm.
Préempté 187 500 € par le musée Delacroix le 17 avril 2016 à Fontainebleau. Osenat OVV. MM. Maket.

Elle avait une vie sociale riche, lui vivait dans la solitude ; elle était une républicaine convaincue, lui se gardait de s’engager en politique ; elle était une éternelle amoureuse, lui ne faisait pas grand cas de ces frivolités. Et pourtant une amitié sans faille naquit entre George Sand et Eugène Delacroix à l’automne 1834. Ces deux êtres si totalement opposés dans leur vie privée vont se rejoindre dans leur passion commune pour les arts. Leur rencontre, dans des conditions bien particulières, sera le point de départ d’une amitié indéfectible, ponctuée par une correspondance fournie dans laquelle la jeune femme se confie sur sa vie amoureuse, mais aussi sur leur goût partagé pour Shakespeare ou Byron, la musique et l’art espagnol. Bien que les deux artistes devaient déjà se connaître de réputation, il fallut l’intermédiaire d’un homme pour les présenter officiellement. Son nom ? François Buloz. Ce célèbre éditeur, directeur de la Revue des Deux Mondes, est totalement séduit par cette personnalité rebelle, cette plume passionnée et féministe. En 1834, son roman Lélia sera publié en séquence dans la revue. François Buloz a une idée pour illustrer ces pages : il demande à Eugène Delacroix de réaliser un portrait de l’écrivain. Les séances de pose se dérouleront durant le mois de novembre 1834 dans l’atelier du maître. Ce dernier découvrira une femme dévastée par sa rupture tumultueuse avec son terrible amant, Alfred de Musset. Bien loin de la femme forte et engagée, Delacroix apprend à connaître une amoureuse fragile et égarée qui, dans un geste désespéré, s’est coupé les cheveux pour les offrir en gage de remords à son bien-aimé. On découvre ainsi superbement George Sand dans ce portrait pleinement romantique, ses grands yeux noirs perdus dans le vide, le visage fatigué, et vêtue en costume d’homme.
Un retour à la maison
Delacroix fut sensible au malheur de George. Leur amitié commença ainsi, dans une sincérité totale. Ce portrait qui servit de modèle à la réalisation d’une gravure pour le journal resta dans la collection de François Buloz puis de ses descendants jusqu’à sa préemption le 17 avril dernier à Fontainebleau par le musée Eugène-Delacroix. Un tableau et un achat qui se présentèrent comme une évidence à sa directrice, Dominique de Font-Réaulx. Exemple parfait du style romantique prôné par le maître, il illustre de surcroît l’une des amitiés les plus fortes de la vie de Delacroix. Par ailleurs, cette peinture assista aux premières heures du musée Delacroix, inauguré en 1932 par la Société des amis d’Eugène Delacroix. Son président Maurice Denis exigea en effet qu’elle soit présente à l’exposition sur «Eugène Delacroix et ses amis». C’est un retour à la maison qui est ainsi célébré depuis le 23 septembre avec un nouvel accrochage, dédié à la relation entre George Sand et Eugène Delacroix, et directement inspiré par cette préemption. Ce portrait réaliste et romantique y sera confronté aux photos de Nadar des années 1860 la montrant à l’âge mûr. On pourra également découvrir des lettres de leur correspondance, rarement exposées, mais aussi L’Éducation de la Vierge, une grande toile peinte par Delacroix pour l’église de Nohant en 1842, lors d’un de ses séjours dans la maison de son amie. Une exposition en hommage à une amitié intime et artistique.

À SAVOIR
Nouvel accrochage autour de George Sand et Eugène Delacroix au musée national Eugène-Delacroix, 6, rue de Fürstenberg.
Jusqu’au 23 janvier 2017
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