Un trésor de pièces d’or découvert en pays bigouden

Le 16 septembre 2021, par Anne Doridou-Heim

En 2019, un couple de propriétaires et trois artisans mettent à jour un trésor comprenant des monnaies des règnes de Louis XIII et Louis XIV. Une divine surprise dont le dénouement sonnant et trébuchant se fera aux enchères.

Le trésor de pièces d’or lors de sa découverte.
Estimation globale : 250 000/300 000 €. L’ensemble est vendu à l’unité.

Voici un article qui porte bien son nom, «Découverte», puisque c’est à celle d’un trésor enfoui qu’il convie le lecteur : le genre d’aventure et de surprise que tout un chacun rêve de connaître au cours de sa vie. De celles aussi dont on se dit souvent : «Cela n’arrive qu’aux autres !» Cette histoire-ci, bien réelle, est survenue dans la vie tranquille d’un couple ayant acquis une propriété en pays bigouden et de trois tailleurs de pierre embauchés pour réaliser leurs travaux de rénovation. Elle démarre avec la révélation fortuite de deux contenants remplis de pièces d’or. Des louis d’or plus exactement, qui vont déverser leur pluie bienfaitrice sur les bienheureux découvreurs. L’acquisition de la propriété sise à Plozevet (près de Quimper) remonte à 2012, mais ce n’est qu’en 2019 que le couple décide de lancer un chantier afin de réunir deux des bâtiments, une grange et une ancienne étable. Pour mener à bien, dans le respect des règles de l’art, ces travaux d’importance, les propriétaires font appel à trois artisans, des tailleurs de pierre dont l’un est compagnon du devoir. Ceux-ci entament comme prévu les opérations. Mais, par un beau matin d’octobre 2019, ils mettent au jour une boîte en métal nichée dans un mur, qui se révèle remplie de pièces d’or. Quelques jours plus tard, la chance se répète, cette fois du fait d’une bourse dissimulée au-dessus d’une poutre.
Épargne royale

Au total, 239 pièces d’or remontant au XVIIe siècle sont inventoriées. Dans l’ensemble, les monnaies sont dans un très bel état de conservation – un point qui a son importance pour les collectionneurs et les musées. Parmi elles, 23 ont été frappées sous Louis XIII, les 216 autres portant l’effigie de son fils, le Roi-Soleil, que l’on voit aux différents âges de sa vie, mais toujours sous son meilleur profil. La plus ancienne, un écu de la juridiction d’Amiens (700/800 €), est datée de 1638, les plus récentes de 1692, dont un double louis «à l’écu» parisien (2 600/3 000 €). Les pièces seront bien entendu vendues à l’unité, assorties d’estimations courant de 600 à 15 000 €. Revenons à la découverte proprement dite. Si elle remonte à 2019, le secret en a été jalousement gardé après la déclaration effectuée par les propriétaires à la mairie de leur résidence, en respect de leurs obligations légale : le temps de mener une enquête administrative diligentée par le service régional d’archéologie préventive de Rennes, concernant d’une part son authenticité et d’autre part une éventuelle traçabilité dans les archives départementales. Il est ressorti de celle-ci que la partie la plus ancienne du manoir remontait au XIIIe siècle et que la propriété appartenait jusqu’au milieu du XVIIIe siècle à une famille comptant de riches commerçants et des exploitants agricoles. Il faut, à ce stade, se plonger dans l’histoire de la région.
Au cas où…
Au XVII
e siècle, la mer d’Iroise constituait un axe de circulation privilégié du transport des vins de Bordeaux vers l’Angleterre et des céréales vers le nord de l’Europe. Mais l’incertitude liée aux guerres était aussi dans tous les esprits… rien d’étonnant donc à ce qu’un solide bas de laine ait été rempli en prévision d’heures plus sombres. Autre indice d’un lien avec le transport des marchandises, les monnaies retrouvées proviennent de dix-neuf villes françaises, offrant ainsi une véritable balade dans les juridictions, d’Amiens à Toulouse en passant par Rouen, Poitiers, Rennes et d’autres cités du vaste royaume de France. Le louis d’or, monnaie inspirée de la pistole espagnole et créée sous Louis XIII le 31 mars 1640, représente l’écrasante majorité du lot. Ainsi, M. Vieu, consultant en numismatique mandaté par la maison de ventes pour expertiser l’ensemble, souligne la présence d’un double louis d’or «à la mèche longue» de 1646, frappé par l’atelier de Dijon, l’une des pièces les plus rares de l’ensemble (15 000 €), mais aussi celle d’un louis XIII «à la croix des Templiers», un modèle parisien de 1640 (8 000/12 000 €). On l’a vu, le trésor s’arrête à l’année 1692. Décès brutal de l’épargnant ? Vraisemblablement, les héritiers de celui-ci n’étaient pas informés de son existence, ce qui a peut-être permis que son pécule arrive intact jusqu’à nous. L’histoire n’est pourtant pas finie, les archives départementales enquêtant pour essayer de retrouver le nom du prévoyant.
«Il est l’or !»
En matière de découverte de trésor, la loi française est précise. Cette qualification n’est valide – au sens de l’article 716 du Code civil – que s’il est avéré que le ou les biens découverts le sont par le pur fait du hasard, et sans propriétaire identifié. Pour être parfaitement clair, les pièces trouvées lors d’une recherche programmée et/ou avec l’aide d’un équipement spécialisé – notamment la traditionnelle poêle à frire – sont exclues de ce cadre. La loi a été modifiée le 7 juillet 2016 afin de renforcer la lutte contre le trafic des biens culturels. Dorénavant, pour tout ce qui touche au patrimoine archéologique revêtant un intérêt scientifique ou historique reconnu, et quel que soit le lieu de sa découverte, il existe une présomption de propriété de l’État. De fait, la personne qui découvre fortuitement une chose cachée ou enfouie a nécessairement conscience qu’elle n’en est pas propriétaire et ne peut donc arguer qu’elle en a la possession de bonne foi, et c’est pourquoi elle doit la déclarer. L’État dispose d’un délai de cinq ans pour enquêter et décider de son acquisition. Mais en l’espèce, sonnante et trébuchante, c’est la date d’achat du manoir bigouden (soit 2012) qui a fait foi et non celle de la trouvaille du magot, postérieure au jour d’entrée en vigueur de la nouvelle loi. Le trésor revient donc pour moitié à l’ «inventeur», c’est-à-dire celui qui l’a découvert – en l’occurrence les trois artisans –, et pour l’autre moitié aux propriétaires du bien dans lequel il se trouvait, suivant l’ancienne législation. Cette découverte soulevant les passions bien au-delà de nos frontières, les résultats devraient être à la hauteur de l’engouement suscité par cette bonne fortune.

mercredi 29 septembre 2021 - 14:00
Angers - 12, rue des Arènes - 49000
Ivoire - Deloys - de la Perraudière / d’Oysonville
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