Un Toulouse-Lautrec historique

Le 15 avril 2021, par Anne Doridou-Heim

Un amateur prenait le mors aux dents pour s’approprier l’œuvre d’un jeune talent de 16 ans tout juste, mais déjà prêt à galoper vers sa maturité artistique. Alentour, la poésie régnait. 

Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901), Jeune cavalier enfourchant sa monture, 1880, huile sur panneau, 23,5 13,7 cm.
Adjugé : 183 300 

Lorsqu’il peint ce petit panneau montrant un Jeune cavalier enfourchant sa monture, Henri de Toulouse-Lautrec est, à 16 ans, le fils choyé d’une comtesse. Pourtant, déjà, un mal incurable le ronge (voir l'article Toulouse-Lautrec fait cavalier seul page 45 de la Gazette n° 12). Il ne pourra pas en ralentir la progression mais, en contrepartie, c’est à corps perdu qu’il se jette dans la peinture. Cette œuvre – une redécouverte – est d’autant plus touchante par son sujet. On peut voir dans ce cavalier de dos, non identifiable mais de petite taille, une image qui renvoie à l’artiste lui-même, à sa passion pour le cheval, qu’il a été contraint d’abandonner. De l’étalon – où l’on peut percevoir tout l’héritage de Géricault –, on sent la fougue : les naseaux frémissants, l’animal est prêt à reprendre sa course folle comme pour mieux tromper l’impuissance face à la maladie. Magistralement brossée, la petite huile s’emballait vers un résultat de 183 000 €. À ses côtés sur les cimaises, bien plus calme, une Marine à l’île de Groix (44 61 cm), exécutée par l’aristocrate polonais Wladyslaw Slewinski (1856-1918), retenait 74 100 €. Il fait partie de ces artistes venus de toute l’Europe suivre les traces de Paul Gauguin et Émile Bernard à Pont-Aven. Lui séjourne au Pouldu, à l’auberge de Marie Henry en 1890, et se lie avec l’Irlandais O’Conor. Cette toile, qui a été exposée au musée de Pont-Aven en 1981, par sa simplicité plastique et sa lumière atone, présente une fusion picturale du synthétisme ambiant et de l’âme slave de l’auteur. Beaucoup de poésie aussi émane d’une huile d’Albert Marquet (1875-1947) réalisée alors que le peintre était en Égypte, ce qui lui a valu un résultat de 54 600 €. En février 1928, lassé des réceptions officielles, Marquet décide de quitter Le Caire et de se rendre à Assouan. Installé à l’hôtel Old Cataract, il peint plusieurs vues du Nil et de l’île Éléphantine, dont ce Nil à Assouan (32,5 40,5 cm), apaisé et lumineux.

vendredi 02 avril 2021 - 16:00 - Live
Salle 6 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Gros & Delettrez
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne