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La Loïe Fuller, le spectacle de la vie vu par Toulouse-Lautrec

Publié le , par Caroline Legrand

Loïe Fuller fut l’une des égéries du Paris de la fin du XIXe. La danseuse et son voile tournoyant s’animent dans une de ses rares représentations par Henri de Toulouse-Lautrec.

Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901), La Loïe Fuller sur la piste, vers 1893, huile... La Loïe Fuller, le spectacle de la vie vu par Toulouse-Lautrec
Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901), La Loïe Fuller sur la piste, vers 1893, huile sur papier marouflé sur carton, étiquette d’écolier au dos du carton numérotée «34», 49 56 cm (détail).
Estimation : 60 000/80 000 
Adjugé : 99 200 

Aux premières loges, idéalement placés, nous assistons au spectacle de Loïe Fuller qui fit fureur durant l’année 1892 aux Folies Bergère. De dos, la silhouette de la danseuse américaine se détache en quelques coups de pinceau, nés d’un geste rapide mais précis, d’où jaillit tout naturellement la vie. Bras levés, elle manipule un voile – accessoire principal de sa célèbre danse serpentine –, le faisant tournoyer au-dessus de sa tête dans un mouvement circulaire, auquel le contour rouge de la piste semble faire écho. Lui aussi totalement séduit par Loïe Fuller, Henri de Toulouse-Lautrec ne l’a pourtant peinte qu’à trois reprises, en 1892 et 1893. Outre cette œuvre, il laisse une huile sur papier calque, Au music-hall : la Loïe Fuller, passée par la collection Wildenstein, et une huile sur carton, La Loïe Fuller aux Folies Bergère, conservée au musée d’Albi. C’est à partir de cette dernière que l’artiste a réalisé une affiche en 1893, éditée à soixante exemplaires par André Marty, où la silhouette de la danseuse se transforme en torche colorée, dans une saisissante économie de moyens et avec une rare force d’expression. Toulouse-Lautrec poussa le zèle jusqu’à déposer sur chacune de ces épreuves fraîchement tirées de la poudre d’or – un procédé inspiré du travail d’Utamaro. Il avait créé là l’une de ses affiches les plus modernes. Malheureusement, Loïe Fuller choisit de se tourner vers d’autres artistes pour sa promotion à venir… S’ils ne se sont pas entendus, la danseuse et le peintre partagent néanmoins cette originalité qui en fit de grandes figures de la scène artistique au tournant du XXe siècle. Pleinement ancrés dans leur temps, ils participèrent à cette époque de changement et de progrès, tant économiques que sociétaux. Ainsi le monde du spectacle, et celui de la danse en particulier, fut un terrain particulièrement propice à l’émancipation des femmes – et Loïe Fuller devint une figure emblématique de ce combat. Aidée par son frère éclairagiste, celle qui ne déposa pas moins de dix brevets et copyrights a aussi révolutionné son art en utilisant les technologies les plus récentes. Lors de ses représentations, la « fée lumière » se plaçait sur un carré de verre éclairé par-dessous, puis faisait tournoyer son ample costume à l’aide de baguettes ; des projecteurs latéraux frappaient à leur tour le tissu, des miroirs renvoyant inlassablement son image… Les danseuses, parmi lesquelles encore Jane Avril ou la Goulue, furent d’inépuisables sources d’inspiration pour Toulouse-Lautrec aussi bien dans ses peintures que pour les affiches, qui constituaient alors une nouvelle forme d’expression dans laquelle il brilla par son vocabulaire direct et synthétique. Il faut dire que depuis toujours, le mouvement, la vitesse, que ce soit à cheval ou dans la folie des nuits parisiennes, l’inspirent, comme la pleine expression de cette vie dont il ne se lassera jamais. Des qualités que l’on retrouve dans cette huile sur papier, auxquelles s’ajoute son pedigree. Ayant tout d’abord appartenu à l’historien d’art Emmanuel Bénézit, elle passa ensuite dans les collections du marchand Marcel Guiot puis, en 1946, de Georgette Brisset, épouse Bessou, commerçante issue d’une famille de mandataires aux Halles, pour rester dans la descendance familiale en Touraine, à Mettray, jusqu’à aujourd’hui.

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