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Un Miró onirique de 1926

Publié le , par Christophe Provot
Vente le 04 avril 2023 - 14:30 (CEST) - Salle 2 - Hôtel Drouot - 75009

Jusqu’ici inconnue, cette toile de Miró appartient au tout début de sa période surréaliste, l’une des plus riches et des plus expressives. S’y exprime déjà cet attrait pour la couleur qui ne le quittera plus.

Joan Miró (1893-1983), Composition, 1926 huile sur toile signée et datée en bas à... Un Miró onirique de 1926
Joan Miró (1893-1983), Composition, 1926 huile sur toile signée et datée en bas à droite, 22 16 cm. 
Estimation : 350 000/400 000 €. 
Adjugé : 514 448 €
© Successió Miró / Adagp, Paris, 2023

Le plus surréaliste d’entre nous. » C’est ainsi que le poète André Breton qualifiait Joan Miró. C’est dire l’importance que son art revêtait à ses yeux. En 1926, à 33 ans, le Catalan sort d’une période difficile, ayant notamment souffert de la faim, alliée à une effervescence intellectuelle quasi délirante. En lutte avec la tradition, le réalisme, et même le cubisme, il cherche à se frayer un chemin personnel au-delà de ce qui existe afin d’inventer un langage nouveau. Cela fait deux ans environ qu’il adhère aux thèses prônées par ses amis Breton, Aragon et Éluard. Il sera d’ailleurs de ceux qui signeront l’acte de naissance du mouvement. Un an auparavant, en 1925, Benjamin Péret préfaçait l’exposition personnelle de Miró à la galerie Pierre (Loeb) à Paris, où il sera de nouveau présent quelques mois plus tard pour la première exposition d’ensemble des peintres surréalistes. Son adhésion au groupe coïncide avec le retour glorieux de la couleur, que l’on retrouve déjà dans Le Carnaval d’Arlequin (1924-1925) ou La Naissance du monde (1925). Il réalise, à partir de cette année, la série des « Peintures de rêve » à laquelle appartient notre toile. Plus que tout autre chose, ce qui distingue cette œuvre est son atmosphère purement onirique. Sur un fond uni, monochrome et qui domine l’ensemble de la composition – en l’occurrence un bleu azuréen, immatériel et mystérieux – se détachent des formes et des coulées semblables à des étoiles ou des comètes, des formes surgies de son inconscient. Miró se livra avec enthousiasme au processus de l’automatisme, privilégiant le rêve au réel, forgeant un univers symbolique et merveilleux. À l’inverse de bon nombre d’artistes surréalistes, dans ses peintures, les valeurs picturales précèdent la signification : la disposition des taches colorées sur la surface, foisonnantes ou rares selon la période, plus ou moins vives, dispersées ou coordonnées, précède le sens qu’il va leur donner dans un second temps. L’année 1926 marque ainsi un tournant dans sa carrière. À Mont-roig, dans la ferme acquise par ses parents dans les environs de Tarragone, Miró quitte les espaces en apesanteur pour retrouver la notion de sol, donnant naissance à la série des Paysages imaginaires. C’est aussi l’année où il crée, avec Max Ernst, les décors de Roméo et Juliette pour les Ballets russes, ce qui vaudra aux deux amis de s’attirer les foudres de leurs comparses, Breton en tête. Miró doit beaucoup au surréalisme, et surtout à cette idée de laisser libre cours à son imaginaire. Mais l’inverse est également vrai. Et il est important de ne pas l’oublier.
 

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