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Tout Garouste au Centre Pompidou

Publié le , par Christophe Averty

Peinture Contemporain Garouste Centre Pompidou

Gérard Garouste (né en 1946), Le Rabbin et le Nid d’oiseaux, 2013, huile sur toile,... Tout Garouste au Centre Pompidou
Gérard Garouste (né en 1946), Le Rabbin et le Nid d’oiseaux, 2013, huile sur toile, 162 130 cm, collection particulière.

Toute rétrospective compose un récit, retrace un chemin. Celui que Gérard Garouste arpente depuis un demi-siècle de création tient d’un long poème, d’une épopée hybride, nourrie des grands textes de l’humanité dont le peintre exhume les sens, les codes, les secrets. Quelques mots (« En chemin le passeur… »), placés en exergue, aux premières cimaises, invitent le visiteur à le suivre. À la manière d’un cadavre exquis, augmenté d’une ligne à chaque nouvelle section du parcours, un texte surréaliste se dessine peu à peu, évoquant poétiquement l’évolution de son regard sur le monde des hommes. C’est qu’ici écrit et peinture, mythe et poésie vont de pair. Offrant un accrochage chronologique, aéré et limpide, aux 120 toiles présentées – 90 sont issues de collections particulières –, Sophie Duplaix, commissaire de l’exposition, égrène les temps du peintre, du Classique et de l’Indien (1970), à ses œuvres récentes, Correspondances (2021). On peut y lire l’engagement définitif du peintre dans la figuration, à une époque où régnait l’art abstrait. On y décèle sa passion pour les ciels ténébristes du Greco et les mouvantes vibrations du Tintoret, où s’harmonisent fulgurance et folie, jeu et joie, mystère et révélation. On s’y confronte surtout à une œuvre au cheminement constant, qui, construite et lisible comme un livre sans fin, se déploie en chapitres, explorant toujours plus loin les mystères et les passions de l’âme humaine. Au fil des 19 salles qui composent cette rétrospective – la précédente remonte à 1988 –, le peintre nous ouvre son théâtre où les corps, les sens et les signes se tordent, où les portraits de ses proches entrent dans le mythe, où rien n’est jamais sûr. Est-il alors surprenant que le Palace, haut lieu des nuits parisiennes au tournant des années 1980, fut pour lui un point de départ ? Là, Garouste a planté ses décors éphémères –que restitue un diaporama plongé dans l’obscurité rougeoyante de la nuit. De là, le conteur, explorateur du verbe et du rêve, s’embarquera dans les mystères de l’univers. Sa toile intitulée Adhara (du nom de l’étoile la plus brillante de la constellation du Chien), remarquée par le marchand Léo Castelli, le propulse sur le marché international de l’art. L’allégorie, contenue dans la légende comme dans les textes bibliques ou talmudiques, devient son ressort, nourrissant une mythologie personnelle où le peintre invitera, en les étudiant, Dante Cervantès ou Kafka. Coloriste virtuose, il jongle tout autant avec les références littéraires que les profondeurs chromatiques dans Le Pendu, le vase et le miroir. Son installation monumentale, La Dive Bacbuc, sorte de lanterne magique ménagée d’indiscrets points de vue, a quelque chose d’un duchampien Étant donnés. De rapprochements en analogies, le peintre unit l’histoire de la peinture à une exégèse personnelle de l’écrit, du signe et du sentiment. Il bâtit un récit à tiroirs, aux fonds secrets, un dialogue de l’esprit et des consciences dont il est à la fois le narrateur, le témoin et l’acteur. Comme une apothéose, son triptyque Le Banquet, rapprochant Kafka de la Kabbale, tient d’un coup de théâtre, d’une question introspective. Passeur de mystères qui résonnent en chacun, Gérard Garouste, en peintre de la pensée humaine, offre son œuvre comme une empreinte laissée au futur, un alphabet à sans cesse redéchiffrer.

« Gérard Garouste », Centre Pompidou,
place Georges-Pompidou, Paris (IV
e), tél. : 01 44 78 12 33
Jusqu’au 2 janvier 2023.
www.centrepompidou.fr 
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