Toujours, la Joconde sourit

Le 20 janvier 2017, par Vincent Noce

© Creative Commons, Flickr, cea+

La semaine dernière, nous nous étonnions de la propension du service public à nous servir le plat réchauffé de médiocres documentaires étrangers sur l’art. Arte, qui n’en est pas à son coup d’essai, s’apprête à nous asséner le 21 janvier une production britannique, Le Mystère de la Joconde révélé. Cette enquête porte non pas tant sur la peinture la plus célèbre au monde que sur une vague copie, qu’elle s’efforce de porter au statut d’original, à coups de poncifs éculés (l’œuvre serait «trop parfaite pour avoir été réalisée par le cercle de Léonard»). L’émission est dictée par un historien de l’art-producteur (oui, la fonction existe), Andrew Graham-Dixon, qui reprend les codes du genre : ériger des hypothèses hasardeuses en autant d’audaces bousculant l’histoire de l’art. «Ces révélations remettent en question tout ce que l’on savait sur ce chef-d’œuvre incontournable.» Comme on peut le constater, la modestie est de mise dans ce récit, qui emprunte à la conquête sexuelle… «La Joconde : le mystère de son sourire énigmatique reste entier. Au bout de cinq cents ans, elle nous livre enfin ses secrets» ; «Je suis tombé à la renverse... J’en ai des frissons, c’est une incroyable découverte » ; et même «la découverte du siècle»  pourtant à peine naissant, à ce que l’on sache. Émaillée de détours et de faux-semblants, l’intrigue devient de plus en plus obscure. Les interrogations fantaisistes sur l’identité du modèle servent de prétexte à l’inévitable voyage pittoresque, en l’occurrence à Florence en quête du palais de Francesco del Giocondo, l’époux de Monna Lisa (et non pas «Mona», comme l’écrit Arte : ce n’est pas son prénom, mais une appellation courtoise équivalant à «Ma dame»). Le raisonnement tortueux passe par les sourcils de la belle. Mentionnés dans une note de Vasari une quarantaine d’années plus tard, ils ne se voient pas sur le portrait du Louvre. L’explication la plus simple est qu’il n’a jamais vu le tableau, qui avait été emporté en France alors qu’il était à peine né. De ce détail, cependant, naît sous nos yeux le mythe de l’existence présumée d’une première version du portrait, peinte par Léonard de Vinci. Qui pourrait bien être tiens ! cette copie tardive, sur toile, d’assez maigre facture, découverte il y a un siècle en Angleterre. Comme elle appartient à un consortium basé à Singapour, l’enjeu financier n’est pas des moindres. Tout ceci ne fait pas très sérieux. Mais le pire est à venir. Le documentaire fait soudain un crochet par un laboratoire privé, qui se trouve associé depuis quelques années à plusieurs découvertes non moins miraculeuses. À partir d’un soupçon d’ombre perçu sur la composition, on nous raconte qu’il existerait une autre tête sous celle de la Joconde. Il y aurait donc deux portraits en un. En réalité, aucun examen scientifique conduit par le Louvre n’accrédite cette vision. Le plus perturbant dans cette histoire est que, lors de sa diffusion en 2015 par la BBC, cette émission a été proprement démolie par la critique pour ses invraisemblances et son manque de fiabilité, sans apparemment émouvoir quiconque au sein de la chaîne publique franco-allemande…

À partir d’un soupçon d’ombre perçu sur la composition, on nous raconte qu’il existerait une autre tête sous celle de la Joconde.

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