Thomas Hug, de Genève à Monaco

Le 17 avril 2019, par La Gazette Drouot

Le directeur d’Art Monte-Carlo, dont la 4e édition se déroule du 26 au 28 avril au Grimaldi Forum, plaide en faveur des salons à taille humaine, Gage de qualité et de bonnes relations entre galeristes et collectionneurs.

 

Après avoir mis sur orbite Art Genève au début de la décennie, Thomas Hug applique depuis 2016 son modèle de salon d’art cosy à Monaco, sous la bannière de Palexpo, le palais des Congrès de Genève. Ce passionné de musique, venu à l’art contemporain à la faveur d’un long séjour à Berlin  il y a fondé l’enseigne COMA, mêlant expositions et performances musicales , réunit, du 26 au 28 avril, une cinquantaine de galeries européennes et américaines triées sur le volet. Si l’art déco débarque à la faveur d’un partenariat noué avec le Pavillon des arts et du design (PAD), son directeur est plus que jamais convaincu que l’avenir des foires passe par un format privilégiant qualité et discussions. Il veut d’ailleurs faire du rendez-vous monégasque une sorte de Forum de Davos de l’art contemporain et cherche à cette fin de nouveaux partenaires financiers. Au-delà de ces deux «foires mères» annuelles, Thomas Hug projette d’exporter sa signature  et les meilleures galeries de son panel  à Moscou dès 2020, sans pour autant envisager une fréquence aussi régulière. D’autres endroits «judicieux» pourraient suivre…
Comment êtes-vous passé de la musique classique à celui de l’art contemporain ?
Après des études musicales à Genève, j’ai continué à Berlin, et c’est là que j’ai tissé des liens dans le monde de l’art contemporain, avec des artistes, des galeristes, des critiques… Moi qui, jusque-là, n’avais été confronté, à travers la musique, qu’à des artistes décédés, j’ai découvert un univers vivant, dynamique et concret socialement parlant… Un ami m’a proposé d’ouvrir un espace avec lui, et j’ai accepté. En plus des expos que programmait notre galerie, baptisée COMA, Centre for Opinions in Music and Art, elle proposait des performances musicales, dont j’avais la charge. L’aventure a duré cinq ans et nous avons eu la chance de participer tout de suite aux plus grandes foires internationales, comme Art Basel, son édition à Miami ou Frieze… De retour à Genève, j’ai mis à profit cette expérience pour organiser en 2012 le premier salon Art Genève sous l’égide de Palexpo. Je ne me voyais pas galeriste sur le long terme, j’aspirais à quelque chose de plus global.
Après Genève, la création en 2016 d’Art Monte-Carlo sur le même modèle constituait-elle une suite logique ?
Avec le succès d’Art Genève, nous avons bien sûr ressenti l’envie de grandir, mais ce sont surtout les galeries que nous exposons en Suisse qui nous ont incités à faire quelque chose sur la Côte d’Azur. On a tout de suite été bien accueillis à Monaco, notamment par l’équipe du Grimaldi Forum et sa directrice Sylvie Biancheri. Il y avait un manque dans le marché de l’art contemporain à Monaco et, après leur avoir présenté une quinzaine de lettres d’intention des meilleures galeries avec lesquelles nous collaborons, nous sommes rapidement tombés d’accord avec le centre de congrès. Avec Palexpo, j’ai une très grande liberté de fonctionnement, je peux travailler comme un indépendant. Cela m’a permis d’élaborer la stratégie qui me paraissait la meilleure, de m’entourer de la meilleure équipe et de réaliser les investissements que je jugeais nécessaires.

 

Objects my friends, curaté par Martine Bedin, Art Monte-Carlo 2017.
Objects my friends, curaté par Martine Bedin, Art Monte-Carlo 2017. PHOTO THOMAS LANNES. COURTESY ART MONTE-CARLO

Existe-t-il des passerelles naturelles entre Genève et Monaco ?
Au-delà de la francophonie et d’un art de vivre proche, ce sont deux pôles au pouvoir d’achat important. Beaucoup de collectionneurs que nous rencontrons à Genève ont souvent également une résidence sur la Côte d’Azur. Et, pour les galeries, c’est la même chose : leurs clients se trouvent à la fois sur la Riviera française et sur la «Riviera romande»… Il y a beaucoup de parallèles, et je crois que, pour l’une comme pour l’autre, le développement de nos salons à une échelle internationale est source de fierté : Genève peut ainsi se positionner par rapport à Zurich, pour les galeries, ou Bâle, pour la foire, et Monaco, j’en suis convaincu, est aussi en train d’éclore comme place de marché.
La Principauté de Monaco vous apporte-t-elle son soutien ?
Oui, elle nous soutient à travers divers partenariats, l’affichage, etc. Ses responsables ont compris que l’on avait beaucoup à leur apporter, tant au niveau du public qu’en termes d’image, en réunissant au Grimaldi Forum les meilleures galeries occidentales. En termes de prestige, c’est se positionner dans le domaine de l’art parmi les plus grands événements européens, comme elle a su le faire avec la Formule 1, le tennis ou le yachting.
Comment voyez-vous le développement d’Art Monte-Carlo, sachant que l'espace au Grimaldi Forum est limité ?
Il existe un plan d’extension autour du Grimaldi Forum, mais je reste de toute façon très attaché au format de notre salon, à sa dimension «boutique», privilégiant la qualité et les relations entre galeristes et collectionneurs. Le but n’est pas d’y exposer deux cents galeries… En revanche, ce que nous souhaiterions développer dans les deux ou trois années qui viennent, c’est la partie forum, un peu sur le modèle de Davos. Les grands acteurs du monde de l’art pourraient se rencontrer ici chaque année pour débattre de grandes thématiques. Il s’agit d’aller au-delà des traditionnels art talks et nous nous employons à trouver des partenaires financiers pour ce projet. Monaco est une place idéale pour de telles rencontres.
Comment lutter contre la fair fatigue ?
Comme je l’ai dit, je crois en notre modèle de foire à taille humaine, entre boutique fair et salon d’art, le mot «salon» résume bien cette dimension idéale qui laisse la place aux rencontres et aux discussions. Ce que les galeries adorent, c’est pouvoir échanger avec les collectionneurs, et il en est de même pour ces derniers. Beaucoup d’amis sont rentrés de Frieze Los Angeles enchantés par la taille humaine de la foire, propice à de véritables échanges [la première édition s’est déroulée du 15 au 17 février avec seulement 70 galeries, ndlr]. Le risque, c’est que ce ne soit plus le cas dans quelques années. Sur Art Basel Miami Beach, il est désormais impossible de discuter avec qui que ce soit !

 

The Visitor, Jeff Mills, Art Monte-Carlo 2018.
The Visitor, Jeff Mills, Art Monte-Carlo 2018. COURTESY ART MONTE-CARLO

Comment voyez-vous votre métier évoluer dans les années à venir ?
Ce n’est pas les métiers qui sont menacés, c’est la qualité de l’offre. Je reste optimiste sur l’avenir des foires d’art, même s’il y en a quelques-unes qui ne devraient objectivement pas exister. Je pense qu’il va y avoir un grand ménage au niveau mondial d’ici quelques années et que ce sera une bonne chose pour celles qui restent. Si la localisation et le projet sont judicieux, ça marche. Les galeries essaient certes de lever le pied, parce que leur problème, c’est de pouvoir présenter sur les foires des œuvres importantes, d’avoir toujours quelque chose de qualité à proposer. Les artistes doivent produire, et ils ne peuvent pas toujours suivre le rythme des événements. Pour nous, que ce soit à Genève ou à Monaco, c’est différent. Nous n’avons pas 300 stands à remplir, et si une galerie ne peut pas venir une année, une autre la remplace. Et c’est très bien ! Mais comme les résultats commerciaux suivent, elles sont plus enclines à s’investir à nos côtés.
Après avoir collaboré avec le PAD sur Genève, vous renouvelez l’expérience à Monaco…
Notre salon étend effectivement son offre en accueillant le PAD, qui inclut les arts décoratifs, le design historique et contemporain, ainsi que les arts premiers. Cette section compte une trentaine d’exposants dans un espace qui était précédemment dédié aux fondations et aux musées. En accueillant le PAD, notre salon s’enrichit. Nous avons tous à y gagner.

THOMAS HUG
En 5 dates
2006 Ouverture de la galerie COMA, à Berlin, qui fermera en 2010
2012 Création d’Art Genève
2016 Première édition d’Art Monte-Carlo
2018 Première édition de la Monaco Art Week
2019 Art Monte-Carlo s’associe au PAD 1 an après le premier essai genevois.
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