facebook
Gazette Drouot logo print

Tefaf New York Fall 2018, encore un effort !

Le 15 novembre 2018, par Pierre Naquin

La foire prend ses marques outre-Atlantique. À raison de deux éditions par an, le public adopte cette nouvelle venue européenne. Quel bilan pour une 5e édition marquée par un froid glacial sur Park Avenue ?

Tefaf New York Fall 2018, encore un effort !
Sur le stand de la galerie Axel Vervoordt.
PHOTO MARK NIEDERMANN COURTESY TEFAF


Il était dit que construire une marque ne serait pas chose aisée. Les organisateurs des versions new-yorkaises de la Tefaf l’apprennent par l’expérience. Déjà cinq éditions en deux ans pour les Européens et la première sans l’aide opérationnelle des équipes d’Artvest. Avant même le début des festivités, les organisateurs et les exposants avaient mis toutes les chances de leur côté pour faire de cette édition 2018 un beau succès : objets magnifiques sur tous les stands, scénographie toujours aussi élégante, sans oublier les huîtres et le champagne. Le vetting, symbole de l’exigence et de la qualité des salons Tefaf, impressionnait les visiteurs. «Certains de mes clients, ici, n’avaient jamais acheté d’antiquités chinoises auparavant. La très haute exigence du vetting de la Tefaf étant internationalement reconnue, ces acheteurs se sentaient davantage en confiance pour sauter le pas», explique ainsi Maria Kiang (Hong Kong). Pour sa première participation à une foire hors d’Asie, elle vendait dès les premiers jours un plateau «feuille de lotus» ainsi qu’une tasse en agate. Elle cédait également, les jours suivants, un appui-rouleau en racine au plasticien Ai Weiwei. «J’ai reçu sur mon stand aussi bien des institutions publiques et privées que des collectionneurs ou des curieux.» Le bijoutier new-yorkais Peter Schaffer (À la Vieille Russie), souligne l’apport de la foire à la ville : «Recevoir un événement de ce calibre manquait à New York. Nous sommes ravis du nombre de visiteurs et des ventes que nous avons pu réaliser, tout comme de la qualité des pièces qui étaient présentées. La devise d’À la Vieille Russie pourrait s’appliquer à la foire : “Là où l’inhabituel devient commun.” Cet effort de toutes les galeries quant à la marchandise est payant.» Boris Vervoordt, de la galerie Axel Vervoodt (Belgique) se félicite également de ses ventes tout en «attendant d’autres achats de la part d’institutions, qui devraient prochainement se déclencher».
Météo capricieuse
L’Adoration des bergers de Christoph Gertner était cédé par Jaime Eguiguren dès les premiers jours, de même que Sainte Radegonde prenant le voile, de Pierre Puvis de Chavannes, vendu par les Français de Talabardon & Gautier. Interior, Light of Spring du Danois Carl Vilhem Holsøe trouvait également preneur sur le stand de la galerie britannique MacConnal-Mason, tout comme le Portrait du duc de Rivière (1828) d’Élisabeth Vigée Le Brun, sur le stand des Wildenstein ou la Madeleine pénitente (1717) de Caterina de Julianis chez Carlo Virgilio (Rome). La plus belle vente revenait certainement à Trinity Fine Art, qui, avec le Portrait d’un jeune noble de Giuseppe Maria Mazza, réalisait une cession à sept chiffres. Côté objets d’art, Charles Ede vendait plusieurs pièces en bronze ainsi qu’une terre cuite dès le vernissage. Malheureusement, dès le second jour, la pluie s’abattait sur New York, ce qui n’incitait pas à se balader vers les berges de l’Armory. La fréquentation s’en ressentit immédiatement. Le buzz et l’excitation du vernissage n’ont pas survécu au mauvais temps. «Alors que l’on s’attendait, en raison de l’embellie économique aux États-Unis à l’heure actuelle, à un très grand succès, notre participation s’est révélée moyenne», indique Robert Bowman de Bowman Sculpture (Londres). Les ventes se poursuivaient néanmoins les jours suivants : Elizabeth Rolleston with Her Son Samuel (1776), de Joshua Reynolds, trouvait preneur chez les Britanniques de Lowell Libson & Jonny Yarker ; Daxer & Marschall cédait une toile de Georges Seurat (Un soir, Gravelines, 1890) ; l’anglais Ronald Phillips vendait deux tableaux de Thomas Chippendale (A George II Giltwood Eagle et A George III Ormolu Mounted White Painted Oval Wine Cooler), quand L’Ombre et la Lumière (1910), de Léon-Ernest Drivier, trouvait preneur sur le stand de Taylor Graham. Haboldt Pictura réalisait une belle opération en cédant cinq toiles, du XVIe et du XVIIe siècle, de Luca Cambiaso, Jacob
Jordaens, Jacob Van Ruisdael, Cornelis Ketel et Julius Porcellis. Même chose pour les Anglais de Robilant + Voena, qui vendaient quatre tableaux :
Allégorie de la Renommée, d’Artemisia Gentileschi, pour environ 200 000 $, Madone à l’Enfant avec l’enfant saint Jean, de Domenico Puligo, autour de 250 000 $, Saint Côme et saint Damien, attribué à Bonifacio Bembo, pour 160 000 $ et un triptyque de natures mortes de Mario dei Fiori autour de 280 000 $. Malgré ces belles transactions, il reste que, pour la plupart des exposants, on est bien davantage dans la construction d’une marque et d’une clientèle locale que face à un salon établi où les ventes seraient la norme. Étant donné les prix pratiqués par les organisateurs, il va leur falloir trouver une solution pour attirer davantage d’acheteurs sous peine de voir s’épuiser la patience (ou la trésorerie) des marchands fidèles aux équipes de la Tefaf et à ses choix. «Alors que la Tefaf est universellement reconnue et respectée en Europe, il lui reste à conquérir ses titres de noblesse aux États-Unis. La concurrence des ventes aux enchères et des autres événements fait que les collectionneurs sont bombardés d’invitations en tout genre. Il faudra du temps pour que cette “jeune” foire s’inscrive comme une date à ne pas manquer», conclut Robert Bowman. Si cette seconde édition d’octobre montre une belle progression dans la satisfaction des exposants, du chemin reste donc encore à parcourir pour faire de la Tefaf une marque globale aussi appréciée dans le Nouveau Monde que dans l’Ancien. Mais on y croit ! 

Gazette Drouot
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne