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Tanguy, atteindre l’inexprimable

Publié le , par Anne Foster
Vente le 09 novembre 2018 - 14:00 (CET) - Salle 2 - Hôtel Drouot - 75009

Surgi «coiffé du paradisier grand émeraude», selon André Breton, Yves Tanguy incarne la magie du surréalisme. Son art énigmatique le place parmi les poètes dont il était si proche. En témoigne ce gage de la naissance d’une amitié indéfectible.

Yves Tanguy (1900-1955), La Couche sensible, 1933, huile sur panneau, dédicacée «À M.... Tanguy, atteindre l’inexprimable
Yves Tanguy (1900-1955), La Couche sensible, 1933, huile sur panneau, dédicacée «À M. L. Mayoux son ami», 17,3 x 34,8 cm.
Estimation : 120 000/180 000 €
© ADAGP, PARIS, 2018

Des concrétions, des formes biomorphiques et, çà et là, des volumes peut-être imaginés par des manufacturiers en folie émaillent l’espace comme des fleurs sauvages bordant un champ. L’interprétation de cette œuvre est aussi aléatoire que la technique picturale d’Yves Tanguy est précise, minutieuse même. À l’instar de ses autres peintures, le titre a été choisi a posteriori, probablement avec Marie-Louise Mayoux, épouse de Jehan, poète rencontré l’année d’exécution de cette toile, marquant le début d’une amitié qui durera jusqu’au décès de l’artiste. La palette est cependant sombre, toute de nuances de gris et de noir, de brun et de beige, avec, presque au centre, une sorte de langue carmin. Cette disposition linéaire se détache sur un fond se diluant par strates dans une teinte rouge, transformant l’ensemble en une vision quelque peu inquiétante. Les deux amis le savent : cette année 1933 résonne encore des bouleversements du krach de 1929, voit l’arrivée d’Hitler au pouvoir et les crises politiques secouer l’Europe. Le peintre exprime «les mécanismes productifs de la pensée inconsciente», commente André Breton, qui le considère comme le plus pur des artistes surréalistes. Tanguy confiait à James Thrall Soby combien il était intéressé par cette façon de faire «où un motif en suggérait un second, puis un troisième, un quatrième, de façon imprévisible». Sans formation artistique, ce Breton, né à Paris, garde en mémoire les paysages sévères, les alignements de menhirs, les traces de la marée sur la grève, les galets et autres objets abandonnés par les vagues. Il organise ses visions spontanées dans un espace sans délimitations réelles, comme le poète dispose ses vers sur la page. Le hasard objectif cher aux surréalistes l’accompagne depuis l’adolescence : à Paris, il côtoie Pierre Matisse sur les bancs du lycée ; à Lunéville, en 1920, il se lie avec Jacques Prévert lors de son service militaire ; sa révélation devant Le Cerveau de l’enfant de De Chirico, exposé dans la galerie Paul Guillaume en 1923, est une expérience vécue quelques années auparavant par Breton lequel achète l’œuvre en 1916 et le point de départ de sa décision de peindre. En peu de temps, il met au point son vocabulaire esthétique, son style et sa palette, sans rupture. Aléatoire, intemporel, énigmatique, inexplicable… autant d’adjectifs accolés à son art. La meilleure définition, si l’on ose employer ce terme en parlant de Tanguy, revient à Breton en 1941 : «Les êtres-objets strictement inventés qui peuplent ses toiles jouissent de leurs affinités propres qui traduisent de la seule heureuse manière la manière non littérale tout ce qui peut être objet d’émotion dans l’univers.»

vendredi 09 novembre 2018 - 14:00 (CET) - Live
Salle 2 - Hôtel Drouot - 75009
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