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Sous le signe du griffon des Romanov

Publié le , par Caroline Legrand

Offert par Nicolas II au général Brun, un kovch d’honneur se présentera à Cannes avec des armes redoutables. De quoi faire batailler les collectionneurs.

Sous le signe du griffon des Romanov
Saint-Pétersbourg, 1899-1908. Kovch d’honneur offert par Nicolas II au général Brun en 1907, réalisé par l’orfèvre Isaac (Julius) Rappoport (1851-1917) pour la maison Fabergé en argent, or et diamants, 40 x 49 x 28,5 cm, poids : 7 700 g.
Estimation : 40 000/60 000 €

Du haut de ses quarante centimètres, un dauphin s’apprête à plonger dans cet étincelant kovch. À la proue, un griffon  symbole héraldique de la dynastie des Romanov  est armé d’un glaive et d’un bouclier, ce dernier arborant en son centre le chiffre impérial de Nicolas II en argent doublé d’or, ponctué de diamants taille ancienne et roses couronnées. Impressionnant ! Une pièce qui brille des derniers feux de la Russie impériale. Ce kovch d’honneur fut en effet offert par le tsar au général Brun, en 1907, et a été conservé dans sa descendance jusqu’à ce jour. Les souverains de Russie réservaient cet immense honneur à leurs serviteurs les plus méritants depuis le XVIe siècle, une coutume inaugurée par Ivan le Terrible. Visiblement, Jean Jules Brun (1849-1911) avait su conquérir le respect de Nicolas II. Ce militaire à la brillante carrière est promu général de division en 1904 et, deux ans plus tard, siège à la direction de l’état-major général de l’armée. À ce titre, il est envoyé en 1907 en Russie. Sa mission ? Consolider l’alliance franco-russe, lancée en 1892 par Sadi Carnot et Alexandre III, tout en réglant certaines questions militaires. Une mission parfaitement accomplie à la vue de ce présent, mais aussi de son glorieux retour en France marqué par sa nomination comme ministre de la Guerre par Aristide Briand et par sla croix de grand officier de la Légion d’honneur.
Objet de luxe et de convoitise
À l’origine, le kovch servait à boire, son manche sur le côté lui donnant la forme d’une cuillère ou d’une louche. Esquissant le profil d’un drakkar, il renverrait également aux origines scandinaves des souverains russes. Ce récipient serait apparu il y a de nombreux siècles, mais les premiers réalisés en métal n’ont vu le jour qu’au milieu du XIVe, à Novgorod. Selon sa taille, il est affecté à différents usages, louche et coupe notamment. Le plus petit permet de boire de l’hydromel à la cour et de porter le traditionnel toast de bienvenue. Au XVIe siècle, le kovch investit les sphères impériales et devient un objet de luxe et de convoitise, offert par les tsars au cours d’un banquet en remerciement de services rendus à la Couronne, qu’ils soient civils ou militaires. Un peu passé de mode, il connaît un regain de faveur à la fin du XIXe siècle grâce à l’engouement pour l’«historicisme», mais aussi par l’attrait des nombreux objets d’art et de décoration réalisés à Moscou ou à Saint-Pétersbourg par les grandes maisons d’orfèvrerie, telles Fabergé, Ovtchinnikov et Morozov… Sur ce modèle, c’est la marque de l’orfèvre Isaac Julius Rappoport que l’on peut lire. Il travaillait pour la maison Fabergé, fournisseur de la cour impériale depuis l’année 1884. L’histoire de cette entreprise remonte quant à elle à 1800, quand la famille Fabergé  des protestants d’origine picarde  s’installe en Russie, sous le règne de Catherine II. Elle connaît un premier succès avec sa boutique de joaillerie à Saint-Pétersbourg. À partir de 1870, Pierre-Karl Fabergé reprend la boutique de son père et décide de diversifier la production, profitant de la mode pour les petits objets de luxe, avec les célèbres œufs de Pâques, des animaux en pierres précieuses et semi-précieuses, mais aussi des pièces d’argenterie. L’Europe entière est bientôt séduite… et le charme opère toujours !

jeudi 05 avril 2018 - 13:30 (CEST) - Live
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