Sebastiano Ricci : une découverte majeure

Le 26 septembre 2019, par Caroline Legrand

Cette esquisse de Sebastiano Ricci évoque l’une des plus célèbres commandes du peintre vénitien, celle de La Communion des apôtres. Une découverte majeure, puisque l’original a disparu au XIXe siècle. Explications.

Sebastiano Ricci (1659-1734), La Communion des apôtres, toile. 49,5 37 cm.
Estimation : 8 000/12 000 

La Communion des apôtres de Sebastiano Ricci est une œuvre souvent évoquée. Pourtant, elle a disparu au XIXe siècle, suite à la destruction du couvent du Corpus Domini à Venise ; ce dernier était situé dans le quartier de Cannaregio, à l’emplacement de la gare Santa Lucia et de l’actuel immeuble de la poste.
La démolition fut décidée par le décret napoléonien du 23 
avril 1810, parachevant la suppression des monastères. L’église a été dépouillée en 1815, puis ses peintures rapidement éparpillées. Si l’original de La Communion des apôtres de Ricci n’a jamais réapparu depuis cette époque, plusieurs témoignages et gravures du XVIIIe siècle l’ont immortalisé. Ainsi, lors de son voyage en Italie aux côtés de l’abbé de Saint-Non, Jean-Honoré Fragonard visita de nombreux monuments, et en rapporta une multitude de dessins destinés à illustrer leur Voyage pittoresque de Naples et de Sicile. Il put admirer à Venise, en 1764, plusieurs œuvres de Ricci, dont celles de l’église du Corpus Domini. Parmi les autres personnalités ayant eu la chance d’observer cette peinture figure Charles Nicolas Cochin. Dans son Voyage d’Italie (1752), il décrit «un tableau en deux compartiments. Dans l’un, on voit la Communion des apôtres ; dans l’autre, le lieu de la Cène que les apôtres préparent : ce morceau est de Sebastiano Ricci. Il est très bien composé, agréable et de bon ton ; les ombres font un peu rouge, et souvent trop transparentes». Partisan du retour à un classicisme pur et équilibré, le sévère critique d’art qu’était Cochin émet quelques réserves sur cette œuvre baroque, mais il n’est pas passé à côté de cette peinture majeure de celui qui donna son second souffle à l’école de peinture vénitienne, à l’aube du XVIIIe siècle. S’inspirant des grands maîtres du XVIe siècle comme Véronèse (il offrira ainsi sa propre version des Sacre Conversazioni du maître à la basilique San Giorgio Maggiore), Ricci réussit à redonner tout son sublime à la peinture de la cité des Doges. Le chemin vers une peinture lumineuse et vivante  servie par des couleurs claires, harmonieuses et des modelés parfaitement maîtrisés  passera par de nombreux voyages.
Un initiateur
Après une formation dans sa ville natale, dans les ateliers de Mazzoni et de Cervelli, Sebastiano Ricci passe par Bologne et Parme, où il sera influencé par le travail de Ludovico Carrache et de Guido Reni. À Rome, ce sont les grands décors de Pietro Cortona qui marqueront un moment essentiel dans l’élaboration de son style décoratif, plein d’aisance et de mouvement. Fort de ces différentes expériences, et attentif au travail de ses illustres aînés en tête desquels Véronèse, Ricci revient à Venise au début du XVIIIe siècle, prêt à donner la pleine mesure de son talent. Au fil des années, ses compositions se déploient, de plus en plus ascendantes et dynamiques, sur des fonds animés et évanescents, qui feront de Ricci l’initiateur de la peinture rococo vénitienne. Son talent et sa réputation internationale rendront son prestige à Venise  et susciteront des vocations, comme celle du plus célèbre représentant du XVIIIe : Tiepolo.

Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne