Raden Saleh, un peintre javanais qui dialogue entre Orient et Occident

Le 23 septembre 2021, par Vanessa Schmitz-Grucker

Peintre javanais formé en Europe, Raden Saleh trace une œuvre à cheval sur l’Orient et l’Occident. Ce paysage luxuriant de l’île de Java témoigne aussi des échanges entre Européens et Indonésiens.

Raden Syarif Bastaman Saleh (1811 ou 1814-1880), Route descendant du mont Megamendung, 1861, 134 165,5 cm, huile sur toile.
Estimation : 1/1,5 M€

Directement acquise auprès de l’artiste par le négociant allemand et fervent amateur d’art, Eduard Cassalette, la toile a été conservée dans la même famille jusqu’à nos jours. Elle vient compléter le corpus de l’œuvre d’un artiste plutôt rare, Raden Saleh. Ce prince indonésien parcourut l’Europe vingt-trois ans durant : protégé par Horace Vernet, il exposa au Salon de 1847 et vit même ses œuvres acquises par le roi Louis-Philippe en personne. Il rentre aux Indes en 1851 et exécute, dix ans plus tard, cette Route descendant du mont Megamendung, voie qui traverse l’île de Java d’est en ouest et passe par le col qui permet de franchir le mont. Selon Stéphane Pinta du Cabinet Turquin, le tableau serait le premier à représenter ce relief topographique. Mais ne nous y méprenons pas : derrière cette véritable ode à la nature javanaise, parsemée de détails botaniques, se cache aussi une discrète narration. Au-delà du paysage, au centre de la toile, pris dans un halo de lumière, un chariot, probablement une voiture de poste, aborde la pente à toute allure, forçant les personnages au premier plan à s’écarter du chemin. Très influencé par l’école de peinture allemande du XIXe siècle, notamment les paysages de Johan Christian Dahl, Raden Saleh fait du genre un de ses thèmes de prédilection tout en y intégrant l’héritage javanais. Il avait probablement eu accès, en France, au traité de peinture de Pierre-Henri de Valenciennes (1799), grand théoricien du paysage, et avait étudié auprès d’Antoine Payen, l’artiste naturaliste de Tournai. Toutes ces influences sont perceptibles dans ce tableau : jeu d’ombres et de lumière mais aussi profusion de détails traités dans un geste romantique – Saleh était un grand admirateur de Delacroix – restituent l’ample générosité de l’île de Java. Cette forêt vierge et inexploitée tranche avec les forêts plantées et organisées de l’Allemagne natale des Cassalette. Le tableau est proposé avec deux albums de photographies de cette famille d’entrepreneurs érudits qui avait trouvé à Java un terrain favorable à l’art : les négociants européens passaient commande, entre autres, aux photographes, produisant ainsi des recueils comme nos deux exemplaires qui figurent parmi les plus anciens connus, avec celui du pharmacien de Batavia du Rijksmuseum. Et ce n’est probablement pas un hasard si l’œuvre a désormais quitté l’Allemagne pour le marché français : c’est à Vannes, en 2018, que Maître Ruellan a frappé le record mondial de l’artiste – 8,9 M€ – pour La Chasse au taureau sauvage (voir Gazette 2018 n° 5, page 109).
 

jeudi 02 décembre 2021 - 15:00 - Live
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