Pompéi au Grand Palais : immersion ou naufrage ?

Le 22 juillet 2020, par Jean-Louis Gaillemin

« Immersive », l’exposition parisienne privilégie la « réalité virtuelle » au détriment des objets, avec éruption volcanique en prime. Le triomphe de l’illusion ?

© gedeon programmes

La découverte d’Herculanum et Pompéi au XVIIIe siècle, dont on savait par Pline le Jeune la fin tragique, avait enflammé l’imagination des amoureux de l’Antiquité. Mieux encore qu’à Rome, on allait pouvoir errer dans une ville, entrer dans les maisons admirer leur décor, s’attarder sur les exèdres de la voie des tombeaux. Un palais fut créé à Portici pour exposer les objets de fouille : peintures, meubles, objets, marbres et bronzes, les éditions apparaissent ainsi que les premiers faux. Les peintres contemporains multiplient vedute et scènes de genre, chacun y projetant ses fantasmes. Chassériau donne à son Tepidarium des allures de harem, John Martin voit dans l’éruption du Vésuve une fin du monde, Karl Brioullov crée une toile de plus de quatre mètres sur six qui fera le tour de l’Europe avant d’atterrir à l’Ermitage. Les héros de Nerval, Gautier ou Jensen divaguent dans la ville fantôme en proie à leurs hallucinations d’anticomanes, comme cette Gradiva qui enchantera Sigmund Freud et les surréalistes. Le Pompeianum de Louis Ier de Bavière, la maison pompéienne du prince Napoléon, avenue Montaigne, la villa des Papyrus de Paul Getty face au Pacifique donnent corps au rêve. Du cinéma, avec Les Derniers Jours de Pompéi, à la bande dessinée d’Alix et Enak, aucun domaine n’échappe à la pompéiomanie et il était fatal que la 3D nous propose à son tour ses « promenades immersives ». Pour ce faire, la VR (virtual reality) et l’AR (augmented reality) ont été mises à contribution ! La visite de la « maison au jardin » est à ce titre exemplaire : « L’expérience VR, c’est une expérience immersive, on est plongé en plein milieu d’une maison dans le triclinium » ; « on avait envie de vivre à 360 degrés, de se mettre à la place d’un Pompéien de l’époque. » D’un clic, on peut faire tourner le décor de la « maison au jardin », grimper au plafond, s’attarder dans les grotesques puis s’évader dans le jardin où converse un couple en costume d’époque. Hélas, ce passage magique de la ruine à la restitution nous met nez à nez avec un décor bien quelconque dont le seul mérite est d’avoir été restauré récemment. L’AR n’est pas en reste : « Grâce à votre téléphone mobile, vous faites apparaître en réalité augmentée la sculpture restaurée de Livie, chez vous, dans votre salon, dans votre jardin. » Rechromisée, fardée, avec des yeux de spectre, Livie est une poupée grandeur nature que l’on peut faire tourner ou mettre cul par-dessus tête avant de l’installer au pied de son lit. Dans l’exposition, les films rivalisent d’images et de sons, d’autres projections animent les façades des maisons de silhouettes de Pompéiens ou d’archéologues. Dans une maison, les fresques de la villa des Mystères entament un ballet avec d’autres célèbres décors. Acmé de ce spectacle psychédélique : le drame final s’annonce tous les quarts d’heure par un tremblement du sol. Mais quelle pauvreté que cette éruption précoce et précipitée de poussière grisâtre, nous sommes loin de la puissance onirique des tableaux de Volaire ou de Valenciennes. Quelques rares objets nous permettraient une immersion plus intime et plus calme, mais leur seul mérite est de provenir de fouilles récentes. En sortant, une visite à la librairie s’impose : tout est là, romans, beaux livres, bandes dessinées, DVD, cahiers de coloriage, mais aussi du vin, de l’huile d’olive et autres spécialités culinaires de Campanie, de quoi organiser en rentrant chez soi un festin pompéien.

à voir
Pompéi, Grand Palais,
avenue Winston-Churchill, Paris VIIIe, tél. : 01 44 13 17 17.
Jusqu’au 27 septembre 2020.
www.grandpalais.fr
expo-pompei-la-realite-augmentee

 
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