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Pionnières des Années folles au musée du Luxembourg

Publié le , par Frank Claustrat

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, Paris devient l’épicentre de l’art moderne et des avant-gardes. Les artistes femmes jouent alors un rôle de premier plan, dévoilé au musée du Luxembourg.

Tamara de Lempicka (1898-1980), Suzy Solidor, 1935, huile sur toile (détail), Cagnes-sur-Mer,... Pionnières des Années folles au musée du Luxembourg
Tamara de Lempicka (1898-1980), Suzy Solidor, 1935, huile sur toile (détail), Cagnes-sur-Mer, château-musée Grimaldi.
© Tamara de Lempicka Estate, LLC/Adagp, Paris, 2022/Photo François Fernandez

Au-delà de la notion de styles et du combat pour leur reconnaissance sociale, des artistes engagées, entre 1918 et 1929, réalisent l’exploit de tracer un chemin féministe, profitable à l’humanité. Tel est l’axe choisi par Camille Morineau, commissaire générale de l’exposition « Pionnières. Artistes dans le Paris des Années folles », et directrice d’AWARE (Archives of Women Artists, Research and Exhibitions). Quarante-cinq artistes sont ainsi présentées dans un parcours chronologique. « Les Années folles », chrononyme qui « charrie un imaginaire joyeux, teinté d’audace et d’exubérance, oscillant entre avant-gardes artistiques et culture de masse » – comme le précise l’historienne Myriam Juan dans un récent essai, Les Années folles –, sont le résultat de quatre années de guerre destructrices. À la ville comme à la campagne, les femmes ont dû remplacer les hommes partis au front. L’avenir, à réinventer, est entre leurs mains. C’est précisément le sujet du tableau qui sert d’introduction à l’exposition : La Mort et la Femme – un tête-à-tête saisissant entre un soldat-squelette et une survivante portant un masque à gaz –, réalisé en 1917 par Marie Vorobieff, dite Marevna. Si l’œuvre de cette artiste russe relève d’un cubisme de guingois, il n’en va pas de même avec les peintures et sculptures exposées dans la salle intitulée « Comment les avant-gardes se conjuguent au féminin ? » L’abstraction, vue par la Française Marcelle Cahn, la Danoise Franciska Clausen, la Britannique Marlow Moss, la Hongroise Anna Prinner, dite Anton Prinner, ou encore l’Autrichienne Anna Béöthy-Steiner, suit respectueusement l’enseignement reçu de Fernand Léger ou d’Amédée Ozenfant. Trop, sans doute. Pour autant, on ne retrouve pas un professionnalisme équivalent chez «Les garçonnes », ces femmes insoumises dont l’objectif est leur émancipation. De manière audacieuse, usant de plans serrés comme au cinéma, la Lettone Aleksandra Belcova et la Française Jacqueline Marval montrent effectivement la femme libérée, ici dans une activité sportive. Le regard de l’Espagnole Maria Blanchard se veut plus intime : le sentiment maternel qui émane de ses tableaux relève ostensiblement du spirituel. À l’opposé, la Polonaise Mela Muter s’attaque, elle, brutalement à la chair, imposant la notion de beauté « crue » à propos du nu féminin. Pour parler d’érotisme, la surréaliste danoise Rita Kernn-Larsen use de la métaphore (Fleur de rose, 1929) ; la Russe Marie Vassilieff, du rébus, quand elle questionne le cas de l’androgyne et des personnes qui ne se reconnaissent dans aucun des genres, ni masculin ni féminin (Nu aux deux masques, 1930). Les chefs-d’œuvre sont plus rares dans les dernières salles de cette exposition, néanmoins à voir. Parmi les plus brillantes, figure la Polonaise Tamara de Lempicka, laquelle traite le thème des « deux amies » de manière explicite. Celui du « troisième genre », par la Danoise Gerda Wegener, est, lui, implicite. Qui reconnaît aujourd’hui sur ses toiles son mari Einar, devenu au fil du temps sa muse et son modèle préféré, plus connu sous le nom de Lili Elbe ? La forme cryptée de l’art serait-elle l’arme fatale des artistes femmes des années 1920 ? À la fin du parcours, la Brésilienne Tarsila do Amaral (avec La Famille, 1925) et la Française Juliette Roche (dans Sans titre, dit American Picnic, vers 1918) nous interrogent à demi-mot sur d’autres sujets tabous, comme le métissage.

« Pionnières. Artistes dans le Paris des Années folles », musée du Luxembourg,
19, rue de Vaugirard, Paris 
VIe, tél. : 01 40 13 62 00.
Jusqu’au 10 juillet 2022.
museeduluxembourg.fr 
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