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La Gazette Drouot Personnalités - Interview

Partie de campagne pour la galerie Christophe Gaillard

Le 25 novembre 2021, par Stéphanie Pioda

Après une première vie dans le monde de l’opéra, Christophe Gaillard est devenu un des galeristes parisiens phares en à peine une petite dizaine d’années. Il vient d’ouvrir un lieu d’art dans l’Orne et s’apprête à ouvrir un nouvel espace à l’étranger fin 2022...

Partie de campagne pour la galerie Christophe Gaillard
© Photo Rebecca Fanuele

Vous avez ouvert en juin dernier, dans l’Orne, La Résidence - Le Tremblay, espace pensé comme un prolongement de la galerie parisienne. Pourriez-vous le présenter ?
Conçue comme un endroit généreux de partages réciproques, La Résidence - Le Tremblay est composée de trois entités, avec tout d’abord un atelier, qui permet à des artistes de préparer les futures expositions à la galerie. Hannah Whitaker l’a inaugurée pour élaborer celle que nous présentons actuellement, suivie de Cate Giordano et de Letha Wilson. C’est l’occasion de faire découvrir leur travail dans le contexte même de la création à des commissaires, des critiques, des conservateurs ou des collectionneurs. Dans ce bâtiment, l’artiste dispose d’une pièce à vivre et d’un atelier à l’étage, tandis que le rez-de-chaussée est aménagé en une salle d’exposition de 130 mètres carrés, qui accueillera également dès avril 2022 des séminaires et des symposiums autour de la sculpture. Ensuite vient le parc de quatorze hectares. Il a vocation à accueillir des sculptures, notre exigence étant d’éviter d’en faire un musée…
Quelle œuvre a inauguré ce projet ?
Il s’agit de la grande fontaine Marcello dove sei ??? qu’Hélène Delprat a choisi d’installer juste devant le château. L’idée est que chacune des créations soit en relation avec le lieu, conçue et créée précisément pour un emplacement précis. En aucun cas il ne sera possible d’acheter une œuvre préexistante et de penser son emplacement dans un second temps. Le troisième espace est le château du XVIIIe siècle, dans lequel nous recevrons les visiteurs une nuit ou plus, pour prendre le temps d’échanger, de croiser les affinités électives, de provoquer des rencontres autour d’un artiste avec un journaliste, un commissaire d’exposition, un collectionneur. Bref, retrouver du temps dans notre monde surconnecté.
Le château vous appartient-il en propre ?
Oui, et la galerie est locataire comme pour n’importe quel lieu parisien. Nous avons déjà d’autres projets : un petit musée verra le jour en 2024 avec les réserves de la galerie en
sous-sol. J’ai déjà fait les plans.

Ce bâtiment historique a-t-il nécessité d’importants travaux ?
Le château avait été abandonné plusieurs années et se trouvait dans un état pitoyable. Il a souffert de l’humidité en raison d’infiltrations, mais aussi parce qu’il pleuvait à l’intérieur ! Des pierres étaient tombées... Plus d’une année a été nécessaire pour refaire la toiture et la façade. Les quatre-vingt-dix-huit fenêtres ont toutes été changées ! Donc oui, les travaux ont été très lourds et nous avons tout étudié dans les moindres détails pour que la restauration fasse sens et qu’un tel lieu soit aménagé avec le plus grand soin. Par exemple, après moult réflexion, nous avons choisi de peindre les menuiseries en gris-noir plutôt qu’en blanc, pour plus de discrétion. Je me suis énormément documenté et ai lu en particulier une thèse où l’on apprend qu’à l’époque on peignait des fausses pierres sur l’enduit, ou que les huisseries étaient ocre jaune ou bordeaux.


 

Fontaine d’Hélène Delprat  (née en 1957) à La Résidence - Le Tremblay, Orgères, Marcello dove sei ???, 2021, galerie Christophe Gaillard,
Fontaine d’Hélène Delprat (née en 1957) à La Résidence - Le Tremblay, Orgères, Marcello dove sei ???, 2021, galerie Christophe Gaillard, produite avec la participation du Centre national des arts plastiques (avance remboursable). 
Courtesy de l’artiste et de la galerie Christophe Gaillard. © Photo Rebecca Fanuele


Votre conception du métier de galeriste a-t-elle évolué depuis 2007 ?
Lorsque j’ai ouvert ma galerie, je n’étais pas galeriste mais marchand, puisque j’étais exclusivement tourné vers le second marché. J’avais fait mes armes en appartement et développé cette expertise-là. C’est à partir de la rencontre avec Chiharu Shiota, deux ans plus tard, que j’ai commencé le métier de galeriste. Au fil des années, la part du marchand s’est effacée à son profit. Pour moi, il n’y a pas plus de noblesse à être marchand ou galeriste.
Continuez-vous le courtage ?
Si la part du galeriste est prédominante, je continue d'en faire, mais très peu, car en ce domaine j’aime être propriétaire des œuvres que je dois vendre. Je les garde trois mois, un an, dix ans, et les présente comme si elles faisaient partie de la galerie. Mon activité peut se répartir ainsi : 5 % de courtage, 25 % en tant que marchand et 70 % comme galeriste.
Un bon modèle économique ?
Je ne me pose pas la question. Tous les jours, je fais en sorte que la galerie ait les moyens de ses ambitions et puisse poursuivre ses projets. Je ne regarde pas cela de façon analytique, même si un modèle économique est présenté, guidé par cette structure qui emploie dix personnes et gère désormais trois espaces. Vendre uniquement des œuvres à 2 000 € n’est pas injouable.
Quelle est la fourchette de prix des œuvres ?
De 1 500 à 150 000 €, avec des exceptions jusqu’à 300 000 €.


 

Vue de l’exposition de Richard Nonas (1936-2021) en 2019 : « (parenthesis) ; (Corner to Corner, in Place) ». Courtesy de l’artiste et de l
Vue de l’exposition de Richard Nonas (1936-2021) en 2019 : « (parenthesis) ; (Corner to Corner, in Place) ».
Courtesy de l’artiste et de la galerie Christophe Gaillard © Photo Rebecca Fanuele


Quel type de galeriste êtes-vous ?
Je suis très prudent et considère que les prix de l’art contemporain sont trop élevés. J’ai refusé plusieurs fois de travailler avec certains artistes parce que leur cote était trop haute. J’ai l’impression que ce marché est parfois déconnecté de la réalité : le collectionneur lambda qui était actif dans les années 1960-1970 n’a pas les moyens d’acheter une œuvre à 25 000 € d’un artiste peu connu. Lorsque Hélène Delprat est arrivée à la galerie, elle n’avait pas montré son travail depuis un certain temps, et ce volontairement. Nous avions alors dû reprendre les prix où ils s’étaient arrêtés quinze à vingt ans avant, c’est-à-dire autour de 16 000/18 000 € pour une grande toile. Dix ans plus tard, nous sommes à 30 000/35 000 €.
De quelle façon construisez-vous la cote des artistes ?
Je suis un marchand qui rachète les œuvres de ses artistes, et nous ne devons pas être très nombreux à procéder ainsi. Cela pose la question du second marché et des estates. Je suis abasourdi lorsque je vois certains demander 60 000 € en galerie alors que la même œuvre est adjugée 1 000 € en salle des ventes ! Lorsque le collectionneur s’aperçoit de cet écart, on le perd. Je ne dis pas qu’il faut vendre en galerie au prix adjugé aux enchères, mais s’il y a une telle différence, le galeriste a l’obligation de racheter les œuvres en salle. Depuis quelques années, personne n’a pu enchérir sur les œuvres de Michel Journiac ou de Daniel Pommereulle : je soutiens le marché jusqu’à ce que les prix en galerie et aux enchères se stabilisent, à 5 ou 10 % près.
Cela doit impliquer un budget assez important…
Lorsque je m’occupe d’un artiste, je regarde combien d’œuvres sont passées en ventes publiques les trois dernières années, ce qui me donne une idée du budget que je dois investir annuellement pour soutenir les prix ou acheter si personne n’enchérit. Pour moi, Jean Degottex est l’un des plus grands artistes du XXe siècle en France, mais j’estime ne pas avoir les reins assez solides pour le soutenir… cela contrairement à Pierre Tal Coat, que je considère comme l’un des grands noms français, à l’égal de certains Italiens, tels Alberto Burri ou Lucio Fontana. Il est dans une constante recherche d’ascétisme, comme Degottex d’ailleurs, et va «enlever le geste» pour être au plus profond. Ses prix sont de plus en plus soutenus sur le second marché, jusqu’à décrocher récemment un record à 50 000 €. Ensuite, si j’ai accepté de le représenter, c’est aussi parce que Pierrette Tal Coat, sa fille, est extrêmement professionnelle. Le travail d’archivage est très documenté et bien géré, il ne peut ainsi y avoir aucune suspicion sur les œuvres. Les ayants droit sont pleinement investis de leur mission, ce qui n’est pas toujours le cas.

Christophe Gaillard
en 5 dates
2007
Ouvre sa galerie rue de Thorigny à Paris.
2012
Première exposition avec Hélène Delprat, « En finir avec l’extension du pire ».
2015
La galerie déménage en octobre
au 5, rue Chapon, toujours dans le 3e arrondissement, avec deux espaces distincts : Main Space et Front Space.
2021
Ouverture en juin, au château du Tremblay, de La Résidence - Le Tremblay.
2022
Ouverture prévue en fin d’année
d’un nouvel espace hors France.
à voir
« Shadow Detail. Hannah Whitaker » et « Valley of Fire. Letha Wilson »
Jusqu’au 18 décembre 2021
Galerie Christophe Gaillard,
5 rue Chapon, Paris IIIe.
www.galeriegaillard.com

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