PAD Genève, l’affirmation

Le 24 janvier 2019, par Agathe Albi-Gervy

Trois mois avant l’inauguration de la nouvelle bouture monégasque, le PAD Genève revient pour une deuxième édition. L’association du salon français avec Artgenève lui ouvre de nouveau l’accès au salon d’art contemporain. Un mariage prometteur.

Daniel Davau (né en 1962), Singe doré, modèle 2017, bronze, fonderie Deroyaume, 58,5 x 43 x 35 cm. Galerie Dumonteil.


Cette année représente bien, pour le PAD Genève, celle de l’affirmation. Son partenariat avec Artgenève  le salon d’art moderne et contemporain auquel huit années d’existence ont conféré une assise solide sur le marché européen  lui a permis de bénéficier d’une force de frappe certaine dès son coup d’essai. Patrick Perrin et Thomas Hug, leurs directeurs respectifs, ont fait le pari de réveiller Genève, ville à laquelle Gagosian et, en mars dernier, Pace, ont déjà accordé leur confiance en y ouvrant un bureau. Même s’il peut sembler trop tôt pour l’affirmer, l’association entre les deux manifestations s’annonce comme une belle réussite. Le salon du design gagne autant d’exposants qu’il en a perdus  à savoir douze  et certaines pointures, tels Chahan, Dumonteil, Patrick Gutknecht, Marcilhac, Phoenix Ancient Art, Lucas Ratton ou Van der Straeten, ont signé pour un nouveau tour. D’autres noms familiers se sont laissé tenter par l’aventure, qu’ils soient originaires de Suisse et de France  comme Suzanne Syz, Chastel-Maréchal, Meubles et lumières ou Mermoz , de Grande-Bretagne (Objet d’émotion), de Grèce (Veta Stefanidou Tsoukala) ou des États-Unis (Todd Merrill). La Maison Rapin elle-même, troquant cette année Genève pour l’édition inaugurale du PAD Monaco (du 26 au 28 avril), nous a confié que son absence était uniquement imputable à son emploi du temps : la Brafa, foire à laquelle elle participe pour la première fois, se tient aux mêmes dates.
 

Barberini & Gunnell, table basse et table d’appoint Nuage, 2018, marbre onyx et laiton doré, 73 x 55 x 54 cm et 170 x 110 x 44 cm. Priveekollektie.
Barberini & Gunnell, table basse et table d’appoint Nuage, 2018, marbre onyx et laiton doré, 73 x 55 x 54 cm et 170 x 110 x 44 cm. Priveekollektie.Courtesy of Priveekollektie

De multiples atouts
Pour l’heure, on ignore encore si les vingt mille visiteurs ayant fréquenté l’an dernier les deux salons réunis ont été suffisamment satisfaits de la formule pour décider de revenir. En revanche, les marchands du PAD interrogés par nos soins sont unanimes, louant d’une même voix les avantages de cette communion. D’un témoignage à l’autre, les mêmes arguments se dégagent, l’un soulignant les indubitables bénéfices d’exposer sous le même toit que l’hôte, et non en aparté. C’est encore davantage le cas pour les stands d’antiquités ou d’arts extra-européens, qui ont apprécié le fait «d’être au milieu des autres, pour un mariage finalement assez naturel», remarque Lucas Ratton, lequel ajoute : «C’est une collaboration beaucoup plus intéressante que si l’on avait été entièrement cloisonnés et relégués dans un coin.» Bien sûr, plus que tout autre chose, ils espèrent rencontrer une nouvelle clientèle. Certes, les mêmes nationalités se retrouvent aussi bien à Paris et Londres qu’à Genève et Monaco, mais les collectionneurs ne se déplacent pas forcément à chacune des éditions. Les nouveaux exposants, à l’image de Karry Berreby ou Portuondo, comptent précisément rencontrer en Suisse une clientèle d’une part plus internationale, et plus variée d’autre part. Ils tablent sur le carnet d’adresses d’Artgenève pour leur ouvrir l’accès à des amateurs d’arts moderne et contemporain à la recherche, avec une exigence égale, de mobilier ou d’objets d’art pour leurs intérieurs. Certains marchands feront l’effort de mêler sur leurs stands une grande variété de matériaux et de styles, pour tenter de capter un panel de collectionneurs le plus large possible. Portuondo exposera ainsi des tableaux à côté de ses pièces mobilières. Pour autant, nul ne compte modifier ses propositions habituelles pour s’adapter à un quelconque goût : ils resteront au contraire fidèles à leur identité.

 

Yves Boucard (né en 1953), Viva, suite de six chaises en bois, 2018, h. : de 110 à 120 cm. Galerie Latham.
Yves Boucard (né en 1953), Viva, suite de six chaises en bois, 2018, h. : de 110 à 120 cm. Galerie Latham.© Magali Koenig

Une sélection tellurique…
Lucas Ratton proposera notamment deux masques  un senoufo de Côte d’Ivoire et un fang du Gabon, issu de la collection Laprugne  également caractérisés par «de belles formes, une esthétique soignée se rapprochant du style apprécié par les amateurs de design. Il faut faire en sorte que ceux-ci s’intéressent à l’art africain». Pour sa première participation au PAD Genève, la Galerie Mermoz a, quant à elle, sélectionné de précieux exemples des cultures antiques mexicaines, tels qu’un personnage mezcala en pied de plus de trente centimètres ou un masque anthropomorphe de Teotihuacán. Du côté du mobilier, il semblerait que le contemporain domine en nombre. Salvagni, Armelle Soyer, Chahan, Latham, Van der Straeten, Privekollektie, Hom Le Xuan, Veta Stefanidou Tsoukala et Todd Merrill seront là pour le défendre. Le vintage sera représenté chez Gutkecht pour les années 1920, chez Modernity et Marcilhac pour les années 1930 et 1940, Meubles & lumières s’attachant au milieu de siècle et Chastel-Maréchal au design brésilien des «sixties». La tendance reine de l’année 2018  le bronze doré et le laiton  se prolongera dans les allées, déclinant ses multiples teintes et ses degrés de brillance sous toutes les formes, soulignant par exemple les courbes inspirées de la si séduisante décennie 1970. La couleur or fera vibrer le squelette d’une paire de chaises de Markus Haase chez le new-yorkais Todd Merrill, articulera les différents segments des tables et lampadaires du créateur et éditeur Achille Salvagni, soutiendra les fières créations d’Hervé Van der Straeten, structurera les différents blocs géométriques de couleurs vives de Hom Le Xuan et prendra même forme humaine dans une paire d’appliques dites au «Visage double» de Roseline Granet, représentée par la galerie Martel-Greiner.

 

Piero Fornasetti (1913-1988), commode Architettura, années 1970, bois recouvert de lithographies, laiton, 83 x 101 x 55 cm. Galerie Portuondo.
Piero Fornasetti (1913-1988), commode Architettura, années 1970, bois recouvert de lithographies, laiton, 83 x 101 x 55 cm. Galerie Portuondo.

… et terrestre
Cette prédilection pour les métaux dorés s’allie à celle des marbres et autres pierres : des matériaux froids et minéraux, venus tout droit de l’art déco et des années 1970, réchauffés par des courbes et des utilisations parfois inattendues. Chez Armelle Soyer, les appliques et suspensions géométriques de l’Australien Christopher Boots s’irisent de cristaux de roche et de quartz bordés de LED, trompant l’œil qui croit voir les objets en feu. Julia et Horacio Portuondo, marchands espagnols installés aux Puces de Saint-Ouen, jouent sur les apparences avec une commode de Piero Fornasetti issue de sa fameuse série «Architettura», dont certains meubles figuraient à l’exposition que le musée des Arts décoratifs de Paris a consacrée au designer italien en 2015. D’autres pièces sélectionnées pour Genève reflètent une dernière tendance particulièrement prégnante depuis plusieurs années, celle relative au travail du bois et aux formes issues de la nature. Aline Chastel, de la galerie Chastel-Maréchal, s’attachera à défendre le design brésilien des années 1960, l’une de ses passions. Le clou de son stand : un confident en péqui sculpté par Zanine Caldas pour sa maison personnelle de Joatinga, au sud de Rio de Janeiro. Latham, lui, exalte la nature au premier degré avec un fauteuil en bouleau et les chaises d’Yves Boucard en branches d’arbre, une table basse en orme de Pierre Chapo et des sculptures en bois peint de Manuel Muller. Bien qu’il nous ait confié que cette thématique et le monde animal ne constituaient plus pour lui un critère exclusif, Pierre Dumonteil apportera en Suisse une cheminée en bronze de Jean-Marie Fiori, dont le foyer n’est autre que la gueule d’un «gentil yéti», ainsi qu’un singe en bronze de Daniel Davau. Bref, une sélection qui a suffisamment de caractère pour permettre au PAD Genève de transformer l’essai.

 

3 QUESTIONS
À THOMAS HUG,
DIRECTEUR D’ARTGENÈVE

Accentuer l’offre d’Artgenève en matière de design et d’arts décoratifs paraissait-il une nécessité ?
Cette initiative répond à un besoin des exposants et des visiteurs. Avant la collaboration avec le PAD, Artgenève avait accueilli à chaque édition quelques exposants spécialisés dans le design. Ces derniers étaient un peu perdus dans le groupe de galeries modernes et contemporaines, et méritaient d’être mieux représentés au travers d’un salon spécialisé. C’est désormais le cas avec le PAD. Les collectionneurs et amateurs d’art clients d’Artgenève sont également sensibles à la proposition du PAD ; ils attendaient aussi de leur côté cet enrichissement.

Cette initiative a-t-elle porté ses fruits, dès la première édition ?
Elle a été très bien accueillie dès la première édition, en offrant une belle complémentarité aux visiteurs. Les galeristes spécialisés dans le design voient un réel potentiel dans la clientèle de l’Arc lémanique. Nous avions connu une dynamique similaire lors de la création du salon avec les galeries d’art contemporain. À l’exemple des décorateurs d’intérieur, la présence du PAD a aussi attiré à Genève un public différent de celui d’Artgenève.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du «collectionnisme» en faveur d’un plus grand éclectisme ?
À mes yeux, cette tendance est une bonne chose, si tant est que cette ouverture conserve un degré d’exigence élevé par rapport à la qualité des divers objets collectionnés. Une plus grande diversité dans les domaines artistiques collectionnés peut d’ailleurs aussi être bénéfique à l’appréciation des domaines d’intérêt initiaux. 

Côte d’Ivoire, fin du XIXe siècle. Masque sénoufo, f, bois, 32 cm. Galerie Lucas Ratton.
Côte d’Ivoire, fin du XIXe siècle. Masque sénoufo, f, bois, 32 cm. Galerie Lucas Ratton.© Vincent Girier-Dufournier


À VOIR
PAD Genève Palexpo, 30 route François-Peyrot, Le Grand-Saconnex, Suisse.
Du 31 janvier au 3 février 2019.
padgeneve@pad-fairs.com
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