facebook
Gazette Drouot logo print

Ole Høstbo, l’avant-garde hier et aujourd’hui

Le 07 février 2019, par Mikael Zikos

Le fondateur de la galerie Dansk Møbelkunst a contribué à la création du marché du design scandinave. Spécialisé dans le mobilier du XXe siècle et les maîtres ébénistes danois, il étend son champ d’action avec une collection contemporaine.

Ole Høstbo, l’avant-garde hier et aujourd’hui
Ole Høstbo, fondateur et directeur de la galerie Dansk Møbelkunst à Copenhague.
Photo : Stine Christiansen/Dim Dam Dom/IDEAT Editions 


Comment avez-vous débuté dans votre activité ?
Il y a trente ans, par passion, j’ai commencé à collectionner du mobilier conçu par des designers ou produits dans des ateliers d’ébénisterie, au fil de mes trouvailles dans les marchés aux puces de Copenhague. En 1992, j’ouvrais mon magasin. À cette époque, l’intérêt des professionnels et du public se portait sur les créations des jeunes designers, car l’on ne pouvait guère acquérir de pièces historiques, rares et onéreuses. Nous n’étions que deux marchands à faire ce travail de recherche à Copenhague.
Quels ont été vos premiers coups de cœur ?
Le premier luminaire dont j’ai fait l’acquisition fut un exemplaire de la lampe Artichoke de Poul Henningsen, dessinée en 1958. Mon premier meuble danois était une 45 Chair de Finn Juhl. Sa forme organique et son ergonomie rendent ce siège intemporel. Et Finn Juhl est une figure importante, car c’est lui qui a introduit le design au Danemark.
En quoi le mobilier que vous défendez est-il unique ?
Les meubles danois modernes étaient, pour la plupart, réalisés par des ébénistes. Leur qualité était exceptionnelle. De 1927 à 1996 environ, les ébénistes du pays ont appris à concevoir des objets avec des architectes et des designers. Et l’Académie royale des beaux-arts apprenait à ses étudiants comment réaliser des meubles. Le tandem fonctionnait bien. Mais, à partir des années 1960, à Copenhague, beaucoup de manufactures et d’ateliers de fabrication ont fermé, alors que certaines enseignes existaient depuis les années 1920. La manière dont elles travaillaient, où le facteur temps comptait peu, n’est plus adaptée aux impératifs de rentabilité actuels.
Quand le marché du mobilier danois du XXe siècle a-t-il vu le jour ?
Quand j’ai commencé, il y avait peu d’intérêt pour ces meubles au Danemark. Les années 1950 et 1960 ont été les années de diffusion de ces pièces, puis leur prix se sont renchéris dans les décennies suivantes, alors que le public privilégiait de plus en plus l’achat de mobilier neuf en kit, ou se tournait vers les grands éditeurs italiens. Le renouveau de l’intérêt porté par le marché au mobilier de design et d’artisanat danois du XXe siècle date véritablement des années 1990, quand les collectionneurs japonais, puis américains, sont venus au Danemark pour le découvrir et l’acheter. Les Européens, Belges, Français et Suisses en tête, ont ensuite pris la relève.
Comment votre clientèle s’est-elle constituée ?
Les particuliers puis les professionnels, comme les architectes d’intérieur, viennent à nous. Ils recherchent avant tout la qualité du dessin de ces meubles, et celle de leur facture. Les collectionneurs d’art expriment aussi un fort intérêt pour des pièces ayant une valeur historique, mais, paradoxalement, ils ne privilégient pas forcément le nom du créateur ou son importance dans l’histoire du design. Ils aiment avant tout vivre confortablement avec les meubles qu’ils achètent.

 

La galerie Dansk Møbelkunst, à Copenhague, comprend un showroom, un atelier de restauration de meubles ainsi que des archives consacrées aux designers
La galerie Dansk Møbelkunst, à Copenhague, comprend un showroom, un atelier de restauration de meubles ainsi que des archives consacrées aux designers et manufactures de meubles danois.


Que retenez-vous de vos participations aux foires d’art, d’antiquités et de design ?
La cartographie de ces événements évolue… et leur importance varie, aussi nous nous adaptons. Nous avons par exemple participé à la FIAC à Paris, à la Brafa de Bruxelles, à The Salon à New York ou encore au PAD à Paris. Parfois, nous avons eu des surprises, comme lors de notre première participation à Art Brussels, où nous avions vendu l’intégralité de notre stand le premier jour. Design Miami Basel reste un moment très important pour nous, tout comme la Tefaf, à laquelle nous sommes fidèles depuis sept ans. Nous participerons aux prochaines éditions de cette foire à Maastricht et à New York.
Comment votre métier a-t-il évolué ?
L’exercer était plus facile il y a quelques années. Les pièces intéressantes sont aujourd’hui plus difficiles à trouver. De plus, après des années d’engouement, le marché du mobilier danois vintage est en phase de ralentissement et ce, malgré les derniers records aux enchères pour des pièces muséales. Je pense notamment aux 319 000 € obtenus chez Artcurial en octobre dernier pour un fauteuil Grasshopper de 1938, réalisé par Niels Vodder, connu à seulement deux exemplaires, et provenant de surcroît de la maison de Finn Juhl .
Est-ce l’unique raison pour laquelle vous avez décidé de proposer une collection de mobilier actuel ?
Non : cela répond aussi à une volonté d’inscrire la création contemporaine dans la tradition danoise de l’ébénisterie ; de proposer une petite production de meubles et objets réalisés par des ateliers indépendants, d’une grande qualité, avec un respect de cette histoire, et en étroite relation avec le créateur. J’ai, pour ce faire, pris contact avec le designer chypriote Michael Anastassiades, dont j’admire le travail en matière de luminaires, et le Danois Claus Bjerre, issu du design industriel.
Comment avez-vous travaillé ensemble sur cette première collection ?
Michael Anastassiades et Claus Bjerre partagent les mêmes exigences en termes d’esthétique et de technique. Nous avons défini ce projet en échangeant à la suite des premiers dessins, puis choisi de concert les matériaux, et l’atelier danois susceptible de mener à bien le projet.
Quelles sont les particularités de ces meubles et comment s’inscrivent-ils dans l’histoire du mobilier danois, telle que vous la défendez ?
Le bois est au centre de cette collection, dont la conception perpétue le savoir-faire de l’ébénisterie danoise. Michael Anastassiades a ainsi réalisé une table et un paravent. Ils sont produits chacun en dix-huit exemplaires et deux épreuves d’artiste. Un tabouret a été édité en vingt-huit exemplaires et deux épreuves d’artiste, en pin d’Oregon, une essence utilisée par Arne Jacobsen ou encore Mogens Koch. Le paravent, réalisé en contreplaqué doublé, révèle les veines du bois. Sa structure est très légère en comparaison du tabouret et de la table, car elle est renforcée par un squelette métallique. Leur aspect à la fois rustique, minimal et sculptural les rend aussi décoratifs. Le coffre créé par Claus Bjerre s’en distingue. Sa méthode de fabrication et d’assemblage est expérimentale. Cent vingt pièces de bois prédécoupées et enchevêtrées constituent ce meuble, qui reprend la forme populaire en Scandinavie du coffre de mariage. Son rendu sublime le pin de Kalmar suédois utilisé. L’intérieur du coffre, quant à lui, est tendu de cuir naturel.
Quels sont vos autres projets ?
Nous sommes heureux que cette collection rencontre l’adhésion de notre clientèle, notamment des architectes d’intérieur. Nous travaillons donc déjà à la réalisation de nouvelles pièces, avec des designers danois. Nous espérons les dévoiler au printemps. Entretemps, notre galerie parisienne, dont l’ouverture en 2002 a marqué la reconnaissance internationale de notre activité, présentera une exposition consacrée à Finn Juhl. 

 

Collection Halfway Round (2018), de Michael Anastassiades pour Dansk Møbelkunst : (de gauche à droite) paravent, tabouret et table de salle manger, ré
Collection Halfway Round (2018), de Michael Anastassiades pour Dansk Møbelkunst : (de gauche à droite) paravent, tabouret et table de salle manger, réalisés en pin d’Oregon. DR
Ole Høstbo
en 5 dates
1992 Ouverture de Dansk Møbelkunst, à Copenhague
2000 La galerie déménage dans un nouvel espace
2012 Ouverture d’une galerie à Paris (53 bis, quai des Grands-Augustins, 6e)
2018 Production d’une collection de mobilier contemporain
2019 Exposition «Finn Juhl» à la galerie parisienne (28 mars - 4 mai, www.dmk.dk)

Gazette Drouot
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne